La presse en Martinique
De la presse de combat aux médias d'aujourd'hui, la Martinique possède une longue histoire d'information et de débat. Ce dossier la retrace, à partir du récit livré par Antilla dans son numéro Spécial 30 ans.
La Martinique n'a pas attendu la modernité pour se raconter. « La presse est née de l'évolution naturelle de la mise en relation d'hommes et de femmes d'origines différentes », écrivait Antilla pour ses trente ans. De cette histoire de rencontres et de luttes est né un journalisme de conscience.
01Une presse née de l'évolution même du pays
« Notre hebdomadaire a vu le jour en 1981. Bien évidemment, la Martinique ne l'a pas attendu pour évoluer. La presse non plus », rappelait Antilla dans son numéro anniversaire. Car la presse martiniquaise est le fruit d'une société façonnée, au fil des siècles, par des apports venus d'Afrique et d'Europe, puis d'Inde, de Chine, enfin de Syrie, de Palestine et du Liban.
De l'abolition de l'esclavage, le 22 mai 1848, à l'affirmation d'une identité, chaque étape de cette histoire fut une évolution, parfois une révolution. Le journal en fut le témoin et l'acteur : un espace où une société plurielle apprenait à se dire et à se penser.
« La pensée d'un peuple est engendrée et titillée par sa géographie, par son histoire, par son éternel questionnement. »
02Une presse de conscience et de combat
Très tôt, le journal devient en Martinique un outil de dignité. La presse militante, à l'image de Justice, porte les combats sociaux et politiques du pays. Son administrateur, le journaliste André Aliker, assassiné en 1934 pour avoir dénoncé une fraude, demeure le martyr de la liberté de la presse dans l'île.
Plus tard, Le Progressiste portera la voix du Parti progressiste martiniquais d'Aimé Césaire, dont la pensée, la Négritude, irrigue durablement le débat d'idées.
03Le Naïf, la presse martiniquaise se professionnalise
Au début des années 1970, un titre change la donne. Le Naïf paraît en 1973, porté par une équipe où figurent Roland Laouchez, Yanes Duquesnay et Henri Pied. En 1974, Tony Delsham, fort de l'expérience de Martinique-Hebdo, du mensuel de bande dessinée M.G.G et de Colik Blag bo kay, rejoint l'aventure.
« Le Naïf devient alors un organe professionnel qui révolutionne la conception même de la presse en Martinique », résume Alfred Fortuné. Une exigence de métier qui prépare la naissance d'Antilla.
04France-Antilles, l'audiovisuel et le paysage moderne
En 1964, dans un contexte politique tendu, naît France-Antilles, dans la mouvance du groupe de Robert Hersant ; il s'imposera comme le quotidien omniprésent des Antilles. Dans les années suivantes, l'audiovisuel, avec la télévision publique (RFO) et des radios comme RCI, transforme à son tour le rapport des Martiniquais à l'information.
C'est dans ce paysage déjà dense qu'un nouveau titre indépendant allait trouver sa place.
05Antilla, une voix indépendante depuis 1981
En 1981, un désaccord au sein du Naïf précipite une nouvelle aventure. Un hebdomadaire voit le jour ; son titre, Antilla, est suggéré par l'écrivain Édouard Glissant. Fondé par Henri Pied et Alfred Fortuné, le journal affiche d'emblée son indépendance vis-à-vis des partis comme des puissances d'argent.
Depuis, Antilla « chemine dans un secteur en pleine mutation technologique », fidèle à sa marque : une parole ouverte à tous les courants d'idées. Au fil des décennies, ses numéros spéciaux ont dressé le portrait des grandes figures et des grands thèmes du pays.

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