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    Home » « Et si le véritable changement était celui de la culture politique martiniquaise ? ». Par Franck A
    Tribunes

    « Et si le véritable changement était celui de la culture politique martiniquaise ? ». Par Franck A

    août 11, 2026Mise à jouraoût 11, 2026Aucun commentaire
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    Dans cette tribune, Franck A., lecteur d’Antilla, livre une analyse personnelle et volontairement critique de la vie politique martiniquaise. Selon lui, les débats récurrents sur l’évolution institutionnelle et statutaire tendent à occulter une autre question, celle des pratiques, des priorités et de la culture politique elles-mêmes.

    L’auteur défend l’idée que la Martinique devrait désormais moins chercher à modifier son cadre institutionnel qu’à mieux utiliser les compétences, les moyens et les appartenances dont elle dispose déjà, notamment au sein de la République française et de l’Union européenne. Il appelle également à une évolution du rapport à l’histoire, aux symboles, à la coopération et à l’évaluation des résultats de l’action publique.

    Les positions exprimées dans ce texte sont celles de son auteur et n’engagent pas la rédaction d’Antilla. Parce que les questions qu’il soulève touchent directement au débat public martiniquais et peuvent susciter des opinions très différentes, nous proposerons, à la fin de cette tribune, un lien vers un sondage permettant à chacun de donner son avis.


    Et si la Martinique changeait enfin…
    non pas de statut, mais de culture politique ?

    Depuis plus de soixante-dix ans, la Martinique interroge son statut. Départementalisation, décentralisation, région, collectivité unique, autonomie, indépendance, on entend même des fanatiques influencés par des régimes totalitaires parler de décolonisation. Le constat est là : les institutions ont évolués, les transferts de compétences ont été faits et pourtant les mêmes débats déconnectés du réel recommencent sans cesse.
    Pendant que l’on débat encore du statut, la Martinique, elle, n’attend pas : elle décline, et les Martiniquais s’épuisent ou s’en vont.

    Et si le problème n’était pas institutionnel ? Et si le véritable changement pour la Martinique était de changer de culture politique ? Personne n’ose se poser ces questions et c’est peut-être là que se trouve la véritable solution.

    Depuis 1946, la Martinique a connu des transformations institutionnelles considérables. La départementalisation qui a ouvert une période d’égalité des droits sociaux et des services publics. La décentralisation qui a renforcé les responsabilités locales. Puis la création de la Collectivité territoriale qui a encore offert de nouveaux pouvoirs locaux.
    Nous avons donc changé l’outil. Plusieurs fois. Il a été modifié. De nombreuses fois. Et pourtant, les difficultés sont toujours là.
    Cela devrait obliger nos élus à regarder en face une évidence encore taboue chez eux : le statut n’explique pas tout. Les Martiniquais, eux, ont déjà tranché en votant : ce n’est pas en changeant de statut que l’on changera la gouvernance.
    Changer de statut ne produit ni nouvelle vision, ni nouveau courage. On peut avoir plus de de pouvoirs et mal les utiliser. On peut avoir plus de pouvoirs et ne pas savoir où l’on veut aller.
    À l’inverse, on peut transformer profondément un territoire en utilisant intelligemment les compétences et les moyens dont on dispose déjà.

    Notre histoire politique d’après-guerre devrait nous guider. La culture politique martiniquaise du XXe siècle s’est construite dans la revendication, le militantisme, la confrontation avec l’État.
    Cette histoire a ses raisons. Elle a produit des avancées majeures pour la population et de grandes figures politiques. Mais depuis les grandes conquêtes sociales et politiques de la génération d’Aimé Césaire, et sa victoire historique qu’a été la départementalisation, une question mérite d’être posée : quelle avancée décisive nos élus peuvent-ils aujourd’hui inscrire à leur bilan ?
    Peut-être faut-il chercher la réponse ailleurs.

    Nous le savons tous : aucune culture politique n’est éternelle. Pourtant, les élus d’aujourd’hui persistent à gouverner avec les méthodes politiques d’hier, comme si la Martinique et le monde n’avaient pas changé. Ce qui fut une force pour conquérir des droits est une faiblesse aujourd’hui. On ne construit pas le XXIe siècle avec les réflexes politiques du XXe.

    Alors, de toute urgence, il faut passer d’une culture politique de la contestation à une culture politique de la construction. D’une culture de la confrontation à une culture de la coopération. Et surtout, d’une culture du symbole à une culture politique du résultat. Voilà la mutation politique que la Martinique n’a jamais faite.

    Cela suppose de sortir de l’enfermement imposé par ces mêmes élus, ces mêmes intellectuels du XXe siècle : le piège mémoriel. La colonisation et l’esclavage appartiennent à l’histoire de la Martinique. Ils doivent être connus, enseignés, étudiés et transmis. Connaître son histoire ne signifie pas lui laisser gouverner notre présent.
    Une société ne peut pas transformer chaque génération en héritière d’une dette. Il faut cesser de transformer chaque sujet d’aujourd’hui en procès du passé.
    La France ne peut pas être le coupable éternel qui serait l’explication de toutes nos difficultés.

    L’ enfermement de la Martinique n’est pas institutionnel. Le véritable enfermement est devenu politique et mental. Et c’est de cet enfermement qu’il faut sortir.

    La Martinique appartient à la République française et à l’Union européenne. Ses habitants sont citoyens français et européens. Ils élisent leurs propres sénateurs, leurs propres députés, leurs propres maires. Ils participent aux élections françaises et européennes, disposent des libertés d’une démocratie constitutionnelle, utilisent l’euro et bénéficient des mécanismes français et européens de solidarité, de protection sociale et d’investissement public.
    La Martinique est pleinement française. Le ressentiment comme programme politique, nous le savons, est une impasse totale. Pourtant, certains ne cessent de remplacer les solutions par des congrès ou des discours.
    À chaque difficulté concrète, la même réponse : un nouveau statut, davantage de pouvoirs pour les institutions. Et pour les Martiniquais, quel progrès ?
    Et pendant que les problèmes s’accumulent, les réponses sont toujours symboliques : des discours, des congrès, des accords-cadres, un drapeau, un hymne, un traité de coopération régionale. Beaucoup de symboles. Et toujours les mêmes problèmes.

    Il existe pourtant une autre voie !!!
    Elle est moins spectaculaire et moins confortable politiquement. Mais infiniment plus ambitieuse.
    Et si nous essayions enfin la coopération pleine et entière avec responsabilité ? Utiliser avec force, intelligence et habileté tout ce que notre appartenance à la France et à l’Europe met à notre disposition.
    Non pas subir cette appartenance. Mais l’utiliser.
    Faire de la Martinique un territoire capable de mobiliser simultanément la puissance publique française, les financements européens, la sécurité juridique d’un grand État, l’euro. Tout simplement coopérer davantage et mieux avec Paris et Bruxelles.

    C’est ce que devrait être une stratégie martiniquaise moderne. Il ne s’agit pas de devenir moins martiniquais. Il s’agit d’utiliser toutes nos appartenances plutôt que de passer notre temps à les opposer.
    La France et l’Europe ne sont pas des obstacles dont la Martinique doit se libérer. Elles sont des leviers puissants dont elle doit apprendre à mieux se servir.

    Le monde qui vient sera difficile. Vieillissement démographique, révolution numérique et intelligence artificielle, transformation du travail, changement climatique, concurrence internationale, tensions géopolitiques : aucun de ces bouleversements n’attendra que nous avons terminé nos querelles historiques et de statuts.

    La question fondamentale n’est pas de savoir comment rejouer les combats du XXe siècle. Elle est de savoir quelle Martinique nous voulons créer.
    C’est cela, le véritable rendez-vous politique.
    C’est ça le prochain grand combat martiniquais.
    Une Martinique qui produit plus. Une Martinique qui attire plus. Une Martinique qui forme ses enfants et leur donne envie de rester, de revenir, d’entreprendre. Une Martinique capable d’être un territoire de stabilité, de création et de rayonnement français, européen et caribéen. Voilà le vrai projet politique.

    Et sa première condition est peut-être la plus difficile : changer notre culture politique.
    Il est temps de nous détourner des discours qui entretiennent indéfiniment les fractures d’hier sans apporter de solutions aux problèmes d’aujourd’hui.
    Il est temps de sortir du piège mémoriel.
    Il est temps de préférer les résultats aux symboles.
    Nous connaissons notre histoire. Nous n’avons pas à l’effacer. Mais nous n’avons pas le droit de l’instrumentaliser et encore moins d’y emprisonner nos enfants.

    Depuis plusieurs années déjà, notre culture politique est arrivée à épuisement.
    La prochaine révolution martiniquaise est là : ne plus changer de statut. Changer de culture politique.

    Car désormais, ce n’est plus à la Martinique de changer de statut. C’est à la politique martiniquaise de changer d’époque.

    Franck A.

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