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    Comment et pourquoi le crédit sera plus cher en Guadeloupe et Martinique et quelles seraient les conséquences sur l’économie ? Une tribune de JM. NOL

    mars 17, 2026Aucun commentaire
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    La montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, cristallisées par la guerre en Iran, agit désormais comme un révélateur brutal des fragilités économiques structurelles des territoires ultramarins français, en particulier la Guadeloupe et la Martinique. Ce choc exogène, initialement énergétique, se propage aujourd’hui à l’ensemble des circuits financiers mondiaux, avec un effet direct et potentiellement durable sur les taux d’intérêt, et par ricochet sur le pouvoir d’achat des ménages antillais.

    Le mécanisme à l’œuvre est désormais bien identifié par les économistes.

    C’est la stagflation qui est un processus par lequel l’économie souffre simultanément d’une forte inflation et d’une croissance faible, voire nulle. La stagflation s’accompagne souvent d’un taux de chômage élevé. Force est de souligner que dans un contexte de stagflation, le produit intérieur brut (PIB) progresse faiblement, voire pas du tout. L’activité peine à se développer, les entreprises ont du mal à augmenter leurs ventes, et les consommateurs hésitent à dépenser et préfèrent augmenter leur épargne. La première conséquence sera le resserrement drastique de la distribution de crédit par les banques . La hausse rapide des prix du pétrole et du gaz, conséquence des tensions sur les routes d’approvisionnement et des incertitudes géopolitiques, alimente une inflation mondiale déjà élevée . Cette inflation agit comme un signal d’alerte pour les banques centrales, au premier rang desquelles la Banque centrale européenne, qui pourraient être contraintes de relever leurs taux directeurs afin de contenir la hausse des prix. Les marchés financiers, toujours en avance sur les décisions institutionnelles, anticipent déjà ce durcissement monétaire, entraînant une remontée des taux obligataires, notamment ceux de la dette française, qui servent de référence à l’ensemble du système de crédit.

     

    Dans ce contexte, la hausse des taux d’intérêt n’est pas une abstraction technique

    Elle  se traduit concrètement par un fort renchérissement du coût de l’argent. Pour les ménages guadeloupéens et martiniquais, cela signifie d’abord une réduction de leur capacité d’emprunt. À revenu constant, ils peuvent emprunter moins, ou doivent accepter des mensualités plus élevées. Cette contrainte est particulièrement lourde dans des territoires où le recours au crédit est déjà structurel pour accéder à la propriété, financer un véhicule ou faire face à des dépenses imprévues dans un environnement marqué par la vie chère.

    Le secteur immobilier apparaît comme l’un des premiers touchés.

    Une hausse des taux de crédit immobilier, même modérée, peut suffire à exclure encore plus fortement une partie des primo-accédants du marché. Dans des économies insulaires où l’offre de logements est déjà insuffisante et les coûts de construction élevés en raison de la dépendance aux importations, cette contraction de la demande risque de provoquer un ralentissement brutal des transactions, voire un gel de certains projets, notamment des collectivités locales . 

    À terme, c’est toute la dynamique de l’aménagement du territoire qui pourrait être affectée, avec des conséquences sociales importantes pour les jeunes ménages , et surtout pour les collectivités locales.  Mais l’impact ne s’arrête pas à l’immobilier.

    Les crédits à la consommation

    Ils sont largement utilisés dans les Antilles pour compenser l’insuffisance de revenus face au coût élevé des biens importés, deviendront eux aussi plus coûteux. Or, ces crédits jouent un rôle d’amortisseur social en permettant de lisser les dépenses dans le temps. Leur renchérissement réduit mécaniquement la consommation des ménages, qui constitue pourtant l’un des principaux moteurs de l’économie locale. Ce phénomène pourrait enclencher un cercle vicieux : baisse de la consommation, ralentissement de l’activité économique, fragilisation de l’emploi, et donc nouvelle dégradation du pouvoir d’achat.

    À cela s’ajoute un effet plus diffus mais tout aussi préoccupant : l’augmentation du coût global de la vie.
    L’inflation importée, liée à la hausse des coûts de transport et de production, se répercute déjà sur les prix alimentaires, énergétiques et des biens de consommation courante. Dans des territoires où une grande partie des produits est importée, cette inflation est particulièrement sensible. Si l’on combine cette hausse des prix avec celle du coût du crédit, les ménages se retrouvent pris en étau entre des dépenses contraintes en augmentation et des marges de manœuvre financières en diminution.

    La situation est d’autant plus critique que les économies guadeloupéenne et martiniquaise reposent en grande partie sur des équilibres fragiles, soutenus par le crédit, la dépense publique et les transferts sociaux. Or, la remontée des taux d’intérêt affecte également les finances publiques. L’État français, dont dépend largement le financement des infrastructures et des politiques sociales dans les outre-mer, voit le coût de sa dette augmenter. À terme, cela pourrait limiter sa capacité à soutenir ces territoires, ou conduire à des arbitrages budgétaires défavorables.

    Un autre élément, souvent sous-estimé, concerne le coût de l’assurance emprunteur, intégré dans le taux effectif global (TAEG).

    Dans un contexte international instable, marqué par des risques géopolitiques accrus, les assureurs pourraient revoir à la hausse leurs tarifs, notamment pour certains profils ou zones considérées comme plus exposées. Même si cette dynamique concerne plus directement certaines régions du monde, elle participe d’un mouvement global de renchérissement du coût du crédit.

    Enfin, au-delà des effets immédiats, c’est la question de la confiance qui se pose.

    Les anticipations des ménages jouent un rôle central dans les décisions d’investissement et de consommation. Si les Guadeloupéens et les Martiniquais intègrent l’idée d’un avenir économique incertain, marqué par des taux durablement élevés et une inflation persistante, ils pourraient adopter des comportements de précaution, réduisant leurs dépenses et retardant leurs projets. Ce repli, rationnel à l’échelle individuelle, devient problématique à l’échelle collective, car il freine la croissance.

    Ainsi, la hausse des taux de crédit, alimentée par les répercussions économiques de la guerre en Iran, ne constitue pas un simple ajustement financier. Elle agit comme un multiplicateur de vulnérabilités dans des économies déjà exposées à de fortes contraintes structurelles. Entre contraction du crédit, inflation importée et fragilisation des finances publiques, le pouvoir d’achat des ménages antillais se trouve menacé dans ses fondements mêmes. Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de savoir si les taux vont augmenter, mais jusqu’à quel point les sociétés guadeloupéenne et martiniquaise pourront absorber ce choc de la crise brutale à venir sans voir s’aggraver durablement les inégalités et les tensions sociales.

    Jean Marie Nol économiste et juriste en droit public

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