Et si la domination la plus puissante n’était pas celle qui s’impose par la force, mais celle qui s’installe dans les esprits ? En s’appuyant sur Étienne de La Boétie*, Patrick Chamoiseau rappelle une évidence dérangeante : le dominé finit souvent par intérioriser le « grand récit » du dominant… jusqu’à participer lui-même à sa propre servitude. Césaire, avec le Cahier d’un retour au pays natal, ouvre une brèche décisive : une catharsis, un « nettoyage » intérieur, préalable indispensable à toute émancipation. Fanon, à son tour, sonde les profondeurs du psychisme colonisé et pose la question d’une refondation radicale, symbolique autant que concrète. De Télumée Miracle à la Martinique contemporaine, la littérature devient alors un outil de libération : non seulement contre l’histoire coloniale, mais aussi face à la domination planétaire du capitalisme, qui enferme les consciences dans l’économie, la consommation… et parfois même dans l’acceptation tranquille de l’inexistence.
Voici son texte…
PRÉSENCE DE LA BOÉTIE.
Formidable séminaire d’échanges et de discussions avec les professeurs de Lettres de l’Académie de Martinique.
… Dans son “Discours sur la servitude volontaire” Étienne de la Boétie nous a rappelé que toute domination entraînait une aliénation de l’imaginaire du dominé. Ainsi, tout dominé intériorise le “Grand récit” qui lui est imposé et participe activement à sa propre sujétion.
Césaire en a tiré la leçon : son “Cahier dun retour au pays natal” n’est rien d’autre qu’une formidable catharsis : l’auto-nettoyage d’un imaginaire colonisé qui inaugure ainsi son émancipation mentale.
Fanon ne fera pas autre chose en explorant le psychisme du colonisé et en oeuvrant à la nécessité d’une violence refondatrice, interne et externe, symbolique et concrète.
Dans “Pluies et vents sur Télumée miracle”, Simone Schwarz-Bart (pour moi la plus grande présence littéraire de la Guadeloupe avec Saint John Perse), détaille l’alchimie poétique et mentale par laquelle son héroïne, sous le pire de la domination, élève jusqu’à une miraculeuse dignité libératrice, sa propre vie inscrite dans celle de son pays.
Aujourdhui, La Boétie nous fixe : nous avons tous interiorisé la domination planétaire du capitalisme et nous participons activement à notre aliénation par l’économie et la consommation. Et ceux qui chez nous se proclament “ultramarins” avec tant de gourmandise, consentent joyeusement à leur propre inexistence dans une situation dominée.
Patrick Chamoiseau
Discours de la servitude volontaire de La Boétie : analyse et résumé pour le bac





