L’autonomie comme faux remède aux impasses actuelles
L’idée d’une autonomie accrue pour la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane revient avec insistance dans le débat public. Pourtant, cette revendication se heurte à une réalité brutale : celle de territoires déjà en grande difficulté dans l’exercice des compétences dont ils disposent aujourd’hui. Poser la question d’un élargissement des pouvoirs locaux sans avoir réglé les dysfonctionnements structurels relève moins d’une stratégie de développement que d’une fuite en avant.
Un basculement structurel, et non une crise passagère
Les Antilles françaises connaissent un basculement structurel profond, marqué par l’épuisement d’un modèle économique fondé sur la consommation, les transferts sociaux et la dépendance à la commande publique. La perspective d’une récession sévère à partir de 2028 constitue désormais un horizon crédible.
L’étau financier des collectivités locales
La baisse de la consommation intérieure entraîne une contraction des recettes fiscales tandis que les charges sociales augmentent. Les collectivités sont prises dans un étau : moins de ressources, plus de dépenses, et une obligation croissante d’assurer les services publics essentiels.
La démographie, angle mort des politiques publiques
La Guadeloupe et la Martinique ont perdu des dizaines de milliers d’habitants, principalement des jeunes actifs. Cette hémorragie humaine affaiblit le tissu productif et accentue la dépendance aux solidarités publiques.
Révolution technologique et destruction de l’emploi
L’intelligence artificielle transforme profondément le marché du travail. Près de 40 % des emplois seront affectés, ce qui représente un risque majeur pour des territoires déjà fragilisés.
Transports en Martinique : une défaillance systémique
Le TCSP et le réseau de bus se sont transformés en gouffres financiers. Retards, grèves, insécurité et désaffection des usagers illustrent un échec manifeste de gouvernance.
Air Antilles à Saint-Martin : l’illusion de l’autonomie gestionnaire
La faillite d’Air Antilles, malgré des investissements publics massifs, révèle les risques d’une intervention publique sans stratégie industrielle solide.
L’eau en Guadeloupe : l’essentiel n’est plus assuré
Les coupures d’eau récurrentes symbolisent l’incapacité chronique à gérer des infrastructures vitales, alimentant défiance et fragilisation sociale.
Un environnement macroéconomique contraint
La rigueur budgétaire annoncée limitera les transferts financiers vers l’outre-mer, agissant comme un accélérateur de crise dans des économies très dépendantes de la dépense publique.
Avant l’autonomie, la preuve par la gestion
Avant toute revendication d’autonomie accrue, les territoires doivent démontrer leur capacité à gérer efficacement les compétences existantes.
Conclusion : une illusion politique
Ce qui manque aux Antilles françaises n’est pas un statut supplémentaire mais une vision prospective claire et partagée, capable de préparer l’avenir sans sombrer dans l’illusion institutionnelle.
Jean-Marie Nol, économiste et juriste en droit public




