Au Château La Favorite, la soirée des vœux de l’Ordre des experts-comptables et de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Martinique a réuni, ce 30 janvier, de nombreux professionnels du chiffre et partenaires économiques. Plus qu’un rendez-vous protocolaire, cette rencontre a été l’occasion de parler franchement de la situation économique du territoire et des transformations en cours dans ces métiers clés pour la vie des entreprises.

Se retrouver pour mieux regarder l’avenir
Dès l’accueil, l’ambiance était conviviale. Les échanges allaient bon train entre confrères, partenaires et invités. Dans un quotidien souvent rythmé par les dossiers urgents et les écrans, cette soirée permettait simplement de se voir, de discuter et de prendre du recul.
La présidente de l’Ordre, Valérie-Anne Lauhon, a ouvert la séquence des discours avec un message clair et accessible. Elle a rappelé que le contexte économique reste tendu pour de nombreuses entreprises martiniquaises : tensions de trésorerie, incertitudes, besoin constant d’adaptation. Mais elle a aussi souligné l’énergie et l’ingéniosité des entrepreneurs locaux.
Selon elle, le rôle de l’expert-comptable est justement d’apporter de la lisibilité dans un environnement flou : aider à comprendre, à décider et à avancer. Transformer l’inquiétude en trajectoire, c’est devenu une part centrale du métier.
Facturation électronique : entre crainte et opportunité
Sujet incontournable, la facturation électronique a occupé une place importante. Cette réforme, désormais confirmée, suscite encore beaucoup de questions chez les dirigeants.
Pour certains, le numérique rime avec complexité. Pourtant, le message porté est simple : bien accompagnée, cette évolution peut améliorer le pilotage des entreprises, la qualité de l’information financière et le suivi des flux. L’Ordre entend donc renforcer la pédagogie pour éviter les blocages et rassurer les TPE, très nombreuses en Martinique.

Prévenir les difficultés avant qu’il ne soit trop tard
Autre axe fort : la prévention. Les difficultés d’entreprise arrivent rarement d’un coup. Elles commencent souvent par de petits signaux ignorés. Un pôle prévention existe au tribunal de commerce pour recevoir les dirigeants en toute confidentialité.
Grâce à leur proximité avec les chefs d’entreprise, les experts-comptables sont souvent les premiers à voir ces signaux faibles. Leur rôle est alors d’orienter, d’alerter et d’aider à trouver des solutions avant que la situation ne se dégrade.
Un regard lucide sur l’économie locale
Le président de la compagnie des commissaires aux comptes, Marc-Emmanuel Paquet, a dressé un constat plus large sur l’année écoulée. Il a évoqué une conjoncture locale morose : investissement en recul, cessations de paiement en hausse, démographie en baisse. Le tourisme fait figure d’exception plus dynamique.
Dans ce contexte, le commissaire aux comptes garde un rôle de repère. Il rappelle les règles, sécurise l’information financière et renforce la confiance des partenaires économiques.
IA, RSE et cybersécurité : des métiers en mutation
Son intervention a aussi mis en lumière les nouveaux chantiers de la profession.
L’intelligence artificielle d’abord : un outil puissant pour gagner du temps et mieux analyser, mais qui demande un cadre et une réflexion éthique. L’idée n’est pas de remplacer l’humain, mais de le libérer des tâches répétitives.
La RSE ensuite, avec la certification de données extra-financières liées à l’environnement et au social. De plus en plus de professionnels se forment sur ces sujets, preuve que le métier évolue vers plus de responsabilité et de transparence.
Enfin, la cybersécurité et la lutte contre la fraude deviennent des enjeux majeurs. Les attaques informatiques peuvent menacer directement la continuité d’une entreprise. Les commissaires aux comptes doivent donc intégrer ces risques dans leurs contrôles et leurs recommandations.
Les commissaires aux comptes face à une année charnière

Ce fut le tour de l’ordre des commissaires aux comptes et à la vision portée par leur président, Marc-Emmanuel Paquet. Son intervention a apporté un éclairage direct sur la réalité économique du territoire.
Il a décrit une année 2025 marquée par la morosité : investissement en recul, hausse des cessations de paiement, climat d’incertitude pour de nombreux acteurs. La démographie en baisse pèse également sur la dynamique économique, même si le tourisme montre des signes plus positifs. Ce tableau sans détour pose le décor dans lequel les professionnels du chiffre doivent intervenir.
Dans ce contexte, le commissaire aux comptes apparaît comme un garant de confiance. Sa mission ne se limite pas à contrôler des comptes : il certifie la sincérité des informations financières et rassure les partenaires, banques, investisseurs et salariés. Cette confiance est un élément clé pour maintenir l’activité économique.
Le président a aussi insisté sur les grandes mutations du métier. L’intelligence artificielle, la RSE, la cybersécurité et la facturation électronique transforment les pratiques. L’IA permet d’aller plus vite et d’analyser davantage de données, mais elle doit rester un outil encadré. Elle ne remplace pas le jugement humain, elle le complète.
Sur la RSE, la profession s’implique de plus en plus dans la certification d’informations extra-financières liées à l’environnement et au social. Cela élargit le rôle du commissaire aux comptes, qui contribue désormais aussi à la transparence durable des entreprises.
Enfin, la cybersécurité et la lutte contre la fraude deviennent centrales. Les attaques informatiques peuvent fragiliser, voire mettre en danger la continuité d’une entreprise. Les commissaires aux comptes doivent intégrer ces risques dans leurs travaux et leurs alertes.
Son message de fond est resté simple : la profession doit s’adapter vite, se former en continu et rester utile aux entreprises. Dans une économie fragile, la confiance et la fiabilité de l’information financière sont plus que jamais essentielles.
L’entrée dans la profession, un moment fort

La soirée a aussi été marquée par les prestations de serment de nouveaux professionnels. Un moment solennel qui rappelle que ces métiers reposent sur la rigueur, l’indépendance et la probité.
Ont prêté serment :
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Vincent Lavigne
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Manuella Beauchesne-Sornin
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Nicolas Chabrier
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Jean-Michel Cassius de Linval
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Maud Raynard
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Camille Relut
Ces nouveaux professionnels rejoignent une communauté fondée sur la rigueur, l’indépendance et la confiance.
Entrer dans la profession, ce n’est pas seulement obtenir un titre. C’est rejoindre une communauté appelée à accompagner les entrepreneurs dans leurs réussites comme dans leurs difficultés.
Des vœux placés sous le signe de la clarté
Au final, les messages des deux institutions se rejoignent : plus de clarté, plus d’anticipation et plus de coopération pour 2026. Dans un environnement instable, experts-comptables et commissaires aux comptes entendent rester des acteurs de confiance au service de l’économie martiniquaise.
La soirée s’est conclue autour d’un cocktail, dans une atmosphère détendue, preuve qu’au-delà des chiffres, ces professions restent avant tout des métiers de relation humaine et d’accompagnement.
Philippe Pied




