Par Mme Inès Bouchaut-Choisy et Mme Viviane Monnier, conseillères du CESE, rapporteures de la résolution 7 ans après l’avis du CESE : amplifions la lutte contre les violences faites aux femmes dans les Outre-mer
Les chiffres sont terribles : dix femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint dans les Outre-mer en 2024. Dix vies brisées qui ne doivent pas être considérées comme une fatalité passée sous silence. Et comme toujours la majorité d’entre elles a signalé une situation de danger qui n’a pas été entendue et traité. Ce bilan dramatique vient rappeler que les violences conjugales et intrafamiliales atteignent des niveaux particulièrement préoccupants en Outre-mer, deux à trois fois plus élevé qu’en moyenne nationale.
Cette situation, loin d’être nouvelle, avait été pointée par le Conseil économique, social et environnemental dès 2017. Sept ans après ce premier avis, le CESE a jugé indispensable d’alerter de nouveau en publiant une nouvelle résolution pour dénoncer l’aggravation du phénomène. Malgré les mobilisations citoyennes, les efforts des associations, l’engagement de la justice et de nombreux acteurs locaux, les réponses politiques restent encore insuffisantes et trop lentes à être mises en œuvre.
La résolution du CESE l’a rappelé avec insistance : dans les Outre-mer, les obstacles pour porter plainte et être mise à l’abri sont démultipliés, et le manque de solutions concrètes d’hébergement enferme trop souvent les victimes dans des situations de violence. À cela s’ajoutent des moyens trop limités : un manque de personnels formés, des carences dans le suivi des ordonnances de protection, des inégalités d’accès aux téléphones grave danger. Lutter efficacement contre les violences implique aussi de disposer de données fiables, territorialisées, et régulièrement mises à jour. Or, cette connaissance des réalités fait encore défaut sur plusieurs territoires. L’initiative récente de la Polynésie française, avec le lancement d’un Observatoire des violences faites aux femmes, constitue un signal encourageant. Elle doit être suivie et reproduite dans l’ensemble des Outre-mer avec un soutien renforcé des pouvoirs publics.

Nous voulons passer des constats aux solutions. La résolution du CESE offre une feuille de route claire aux pouvoirs publics :
- renforcer les dispositifs de protection en garantissant l’effectivité des ordonnances de protection et en améliorant l’accès aux outils sécurisants ;
- développer les capacités d’hébergement d’urgence, y compris via des solutions délocalisées et mobiles, adaptées aux contraintes géographiques ;
- soutenir durablement les associations locales, qui sont souvent en première ligne mais fonctionnent avec des moyens encore très précaires ;
- former l’ensemble des professionnels, du policier au travailleur social, en passant par les magistrats et les médecins, afin de mieux intégrer les réalités culturelles et sociales des violences sur ces territoires ;
- renforcer la prévention et la sensibilisation, notamment dans les écoles, auprès des jeunes et dans les lieux de vie collectifs.
Ces actions ne sont pas seulement symboliques, elles peuvent sauver des vies. Ce qui manque encore trop souvent, c’est une volonté politique locale forte de faire changer les mentalités, alors que les mobilisations citoyennes et de la société civile existent, et de s’en donner les moyens par des financements adaptés. Protéger les femmes, c’est protéger la société tout entière, dans les Outre-mer comme ailleurs, il est temps d’être à la hauteur. C’est notre devoir républicain.




