Dans ce “Repère” au ton volontairement incisif, Maurice Laouchez s’interroge sur la notion de responsabilité dans le secteur public français. À partir de deux affaires successives ayant touché le musée du Louvre – un cambriolage spectaculaire et un système de fraude interne révélé par une enquête judiciaire – il met en lumière ce qu’il considère comme une singularité française : une conception de la responsabilité administrative qui ne conduit ni à sanction, ni à mise à l’écart, mais parfois à une promotion. Derrière l’ironie et la formule provocatrice, l’auteur invite à une réflexion plus large sur l’exemplarité de l’État et la cohérence entre fautes commises et suites données aux carrières publiques.
Le 19 octobre 2025, en plein jour et en présence de visiteurs, le musée du Louvre était cambriolé et perdait quelques-unes de ses pièces les plus précieuses, les bijoux de la Couronne, d’une valeur estimée à 88 millions d’Euros.
En février 2026, une enquête judiciaire révélait un système de fraude aux billets d’entrée qui existerait dans ce même musée depuis une dizaine d’années, et qui aurait coûté au contribuable plus de 10 millions d’Euros.
Il s’agit de deux évènements majeurs, concernant le même établissement et la même direction.
On aurait pu s’attendre à ce que l’Etat employeur demande des comptes à cette direction.
Auditionnée au Sénat, la présidente a estimé qu’elle n’était en rien responsable du cambriolage.
Elle a été entendue.
En octobre sa démission avait été refusée, mais pas pour longtemps.
Le 25 février 2026, le Conseil des Ministres prend acte de sa démission et nomme son successeur.
Le problème était de savoir quelle suite allait être donnée à sa carrière après les deux évènements survenus au Louvre sous sa responsabilité.
Allait-elle être licenciée, rétrogradée, mise au placard dans l’une des innombrables sinécures de la République?
Rien de tout cela: tout au contraire, elle bénéficie d’ une promotion, en étant appelée auprès du chef de l’Etat dans un fonction internationale de haut niveau, à conduire avec les pays membres du G7, c’est-à-dire des partenaires parmi les plus importants de la France.
L’histoire ne dit pas encore si ses interlocuteurs solliciteront ses compétences en termes de sécurisation des grands musées, ou de cathédrales telles que Notre-Dame, voire de tenue des comptes de l’Etat.
Mais ce qui est acquis, c’est que la notion de responsabilité ne sera pas celle sur laquelle ses compétences seront sollicitées: le secteur public français en a une conception trop particulière pour être exportée.
MANMAY, AN NOU GADÉ DOUVAN!
Maurice Laouchez




