La reconnaissance des droits des femmes passe aussi par la reconnaissance de nos capacités créatives et de notre capacité à la beauté. Alors, comment ne pas parler des femmes artisanes ? Laure Joseph, femme forte, artisane et décoratrice, est ancrée dans sa terre et son patrimoine, animée par les matières naturelles du Péyi et guidée par une passion intacte depuis plus de trente ans.
Installée à Sainte-Luce, au quartier L’Épinay, Laure Joseph vit au rythme des fibres, des feuilles et du vent salé. Issue d’une lignée de fanm doubout, elle grandit au sein d’une famille de neuf enfants, et développe toute jeune un goût profond pour le travail manuel. Entre ses mains, la matière devient langage. Elle observe, touche, assemble, apprend. Sa mère lui transmet l’art délicat du tressage du bakoua, geste patient hérité des anciens, qui relie les générations et raconte une histoire silencieuse.
Son parcours la conduit à l’AFPA de Schœlcher, à la pointe de Jaham. Là, elle affine son savoir-faire et confirme sa vocation d’artisane décoratrice. C’est aussi le lieu d’une révélation : la feuille de palmier. Un défi lancé par un formateur – réaliser une yole à partir d’une simple feuille – agit comme un déclic. Laure relève le pari. Elle découvre dans cette matière souple et vivante un potentiel infini. De cette rencontre naît une passion durable.
Méticuleuse et curieuse, elle se rapproche d’un charpentier de marine et se rend à Rivière-Pilote pour suivre la construction d’un gommier. Elle observe les gestes, comprend les lignes, étudie les proportions. De cette immersion naîtront ses fameux canots miniatures : yoles, gommiers de pêche ou de compétition, déclinés en différentes tailles. Chaque embarcation est un hommage au patrimoine maritime martiniquais, une mémoire sculptée dans la fibre.
Parallèlement, Laure continue de tresser le bakoua. Chapeaux, sacs, paniers, masques de carnaval : tout devient possible sous ses doigts patients. La fibre naturelle se plie à son imagination sans jamais perdre son authenticité. A présent, elle transmet son art de la vannerie lors d’ateliers d’initiation au tressage du bakoua, comme récemment aux Anses d’Arlet dans le cadre des rendez-vous organisés par l’Office de Tourisme Sud Martinique, pour valoriser les patrimoines de la Martinique. On peut aussi la croiser sur les différents marchés artisanaux et agricoles ainsi que sur rendez-vous à son atelier.

À travers ses créations, Laure Joseph tisse un lien entre tradition et création, entre héritage féminin et affirmation personnelle. En ce mois de mars dédié aux droits des femmes, son parcours rappelle la force discrète des femmes artisanes, gardiennes de savoir-faire précieux, qui transforment la matière en mémoire vivante.
Nathalie Laulé
Découvrir son travail sur Insagram : palmisdormartinique





