Un article d’Éric Juillot intitulé « Zizanie diplomatique, rupture franco-allemande : l’Europe se fissure de l’intérieur », publié le 16 mars 2026 par Éric Juillot dans la rubrique Politique, met en lumière les tensions croissantes qui traversent aujourd’hui l’Union européenne, en particulier les divergences de plus en plus visibles entre la France et l’Allemagne. Longtemps présenté comme le moteur historique de la construction européenne, le tandem franco‑allemand apparaît désormais fragilisé par des désaccords profonds sur plusieurs dossiers stratégiques. L’analyse proposée par l’auteur souligne que ces frictions ne relèvent pas seulement de divergences conjoncturelles mais révèlent des visions différentes de l’avenir économique, industriel et géopolitique du continent.
Un premier élément central de l’article concerne la question du libre‑échange. Pendant plusieurs décennies, la politique commerciale européenne s’est développée dans un relatif consensus, les accords commerciaux étant présentés comme un levier naturel de croissance et d’intégration économique. Or, selon l’analyse relayée dans l’article, ce consensus commence aujourd’hui à se fissurer. Les effets sociaux de la mondialisation, la désindustrialisation dans certaines régions européennes et la montée des tensions commerciales internationales alimentent désormais un débat plus critique sur les politiques commerciales de l’Union européenne.
L’auteur rappelle que ces politiques ont longtemps été élaborées dans un cadre largement technocratique, éloigné du débat public. Les accords de libre‑échange étaient négociés par la Commission européenne avec un faible niveau de contestation politique. Aujourd’hui, la situation évolue. Les enjeux commerciaux sont désormais perçus comme des questions stratégiques touchant directement à l’emploi, à l’industrie et à la souveraineté économique des États membres.
Un autre aspect majeur évoqué dans l’article concerne l’orientation atlantiste de l’Union européenne. Malgré les transformations profondes de l’ordre international, l’Europe reste fortement inscrite dans l’architecture stratégique occidentale dominée par les États‑Unis. L’OTAN demeure le pilier de la sécurité du continent et les relations économiques transatlantiques continuent de structurer une grande partie des choix politiques européens. Cette situation nourrit cependant un débat croissant sur la capacité de l’Europe à développer une véritable autonomie stratégique.
L’article évoque également les critiques formulées par Jean‑Luc Demarty, ancien directeur général du commerce de la Commission européenne. Dans une tribune publiée dans l’hebdomadaire Le Point, ce dernier exprime une critique particulièrement sévère de certaines orientations commerciales de l’Union européenne. Selon lui, l’Europe aurait fait preuve d’une forme de naïveté face aux dynamiques de la mondialisation, tandis que d’autres puissances, comme les États‑Unis ou la Chine, ont développé des stratégies industrielles beaucoup plus offensives.
Mais le cœur de l’analyse concerne la relation franco‑allemande. Depuis plusieurs années, les divergences entre Paris et Berlin se multiplient. Elles portent sur la politique énergétique, sur les règles budgétaires européennes, sur la stratégie commerciale vis‑à‑vis de la Chine, ainsi que sur les questions de défense et d’industrie. L’Allemagne reste attachée à un modèle économique fortement tourné vers l’exportation et le libre‑échange, tandis que la France défend davantage l’idée d’une Europe capable de protéger ses industries et de développer une souveraineté économique et stratégique.
Ces divergences traduisent des structures économiques différentes mais également des priorités politiques distinctes. L’économie allemande repose largement sur un appareil industriel exportateur intégré aux chaînes de valeur mondiales, tandis que la France plaide plus volontiers pour des politiques industrielles actives et pour un rôle renforcé de l’État dans la protection de certains secteurs stratégiques.
Historiquement, la construction européenne a souvent progressé grâce aux compromis trouvés entre Paris et Berlin. Lorsque les deux capitales parvenaient à s’entendre, l’ensemble du projet européen avançait. L’article souligne que ce mécanisme semble aujourd’hui moins efficace. Les divergences deviennent plus visibles et les compromis plus difficiles à trouver, ce qui fragilise la capacité de l’Union européenne à agir comme une puissance politique cohérente sur la scène internationale.
Dans un contexte mondial marqué par la montée des rivalités géopolitiques, la fragmentation interne de l’Union européenne pourrait réduire son influence. La question posée implicitement par l’analyse est donc celle de la capacité de l’Europe à se réinventer. Entre libre‑échange et protection industrielle, entre alliance atlantique et autonomie stratégique, l’Union européenne se trouve confrontée à des choix politiques majeurs qui détermineront sa place dans le monde au cours des prochaines décennies.