En Martinique, les inégalités économiques posent de nombreux défis au bien-être de sa société. Avec une nature double, ces disparités affectent non seulement la position de la région dans le contexte national, mais se manifestent également sur son territoire. En mettant en lumière ces problèmes, le CESECEM (Conseil économique, social et environnemental de la Martinique) souligne la nécessité urgente d’efforts concertés pour remédier à cette question pressante.


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Les inégalités économiques présentes en Martinique ont une nature double, comme le révèle une étude menée par le CESECEM. Tout d’abord, ces inégalités englobent la position de la région au sein de l’espace national. Une comparaison des courbes de revenus entre la Martinique et la France métropolitaine montre une disparité significative. En 2020, le revenu médian en Martinique était inférieur de 16,7 % à celui de la France métropolitaine. De plus, l’écart de revenus se creuse à mesure que les niveaux de revenus diminuent, les 30 % les plus bas de la population en France métropolitaine disposant d’un revenu disponible supérieur de plus d’un quart à celui de leurs homologues martiniquais. Cette divergence diminue à 6 % pour les 20 % les plus riches.

Cependant, il est crucial de reconnaître que cette comparaison ne prend en compte que les revenus monétaires. En tenant compte du coût de la vie plus élevé en Martinique (13,8 % de prix plus élevés selon l’INSEE), la disparité du pouvoir d’achat augmente à environ 30 % pour les revenus médians et 35 % pour les revenus les plus bas. Ce manque d’égalité souhaitée, promise par la loi de départementalisation de 1946 et réitérée dans la loi d’égalité réelle pour l’outre-mer en 2017, contribue à un profond sentiment d’injustice ressenti par la population.

Sur le territoire martiniquais, les inégalités économiques revêtent deux formes distinctes. En termes de mesures monétaires, les 20 % les plus riches de la population détiennent 41 % du revenu total de la population, soit près de six fois plus que les 20 % les moins favorisés. Cela suggère une stratification claire de la société martiniquaise basée sur les niveaux de revenus. Une autre approche pour mesurer l’inégalité est l’indicateur de privation matérielle et sociale. Il révèle que plus de 37 % de la population martiniquaise vivait dans la pauvreté en 2018, dont 10,49 % étaient en situation de pauvreté sévère. De plus, certains groupes tels que les chômeurs, les moins de 30 ans et les familles monoparentales sont particulièrement touchés par la pauvreté, avec des taux de pauvreté respectifs de 53 %, 45 % et 41 %.

Il est important de noter que des disparités territoriales exacerbent encore ces inégalités. La région nord, Cap Nord, abrite les communautés les plus pauvres de l’île, avec plus d’un tiers de ses habitants vivant sous le seuil de pauvreté. Dans la région sud, Vauclin, Rivière-Pilote, Le Marin, Sainte-Anne et Les Anses d’Arlets ont des taux de pauvreté de 30 %. En revanche, Case-Pilote et Schoelcher affichent les revenus médians les plus élevés et les taux de pauvreté les plus bas (respectivement 19 % et 18 %). Ces disparités régionales soulignent la nécessité urgente d’interventions ciblées dans les zones les plus vulnérables.

Les conséquences de ces inégalités économiques se répercutent dans divers aspects de la société martiniquaise. Tout d’abord, ces disparités se perpétuent de génération en génération, renforçant le cycle de la pauvreté. Une statistique frappante révèle qu’environ 29 % des enfants de moins de 18 ans en Martinique vivent dans des familles où aucun parent n’est employé, en formation ou en apprentissage. De plus, 85,5 % de ces enfants vivent dans des familles monoparentales. Cette situation précaire prédispose à des difficultés scolaires, à des taux d’illettrisme élevés et à des opportunités limitées, piégeant une partie importante de la jeunesse martiniquaise dans un cycle d’inégalités perpétuelles.

Deuxièmement, les inégalités économiques ont un impact direct sur le fonctionnement de l’économie. L’accès à l’éducation et l’accumulation du capital humain sont des moteurs essentiels du développement économique. Le système éducatif médiocre de la Martinique, combiné à une crise démographique et à une émigration importante, entrave la capacité du marché du travail à répondre aux besoins des entreprises. En conséquence, des taux de chômage élevés coexistent avec des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs spécifiques.

Enfin, les inégalités économiques restreignent le pouvoir d’achat d’une part importante de la population, entravant à la fois la croissance économique et la production locale. Les entreprises locales, principalement dépendantes de la consommation intérieure, sont confrontées à des défis en raison de la diminution de la demande du marché due à deux facteurs : la saturation de la consommation de produits locaux parmi les groupes à revenu plus élevé et le pouvoir d’achat insuffisant parmi les moins favorisés.

Les inégalités économiques posent de nombreux défis à la société martiniquaise et ont un impact sur sa position dans le paysage national en générant des disparités sur son territoire. Répondre à ces disparités est crucial pour établir une société plus équitable et cohésive. L’appel à l’action du CESECEM suscite l’espoir de créer un avenir où les promesses d’égalité et de justice sociale pourront se réaliser. Avec un effort concerté de tous les acteurs concernés, la Martinique peut tracer la voie vers une société plus économiquement inclusive et prospère.

Philippe Pied

LE DOSSIER DU CÉSECÉM

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