En mobilisant les acteurs économiques autour d’un partenariat renouvelé avec le secteur privé, la Collectivité territoriale de Martinique affiche une ambition claire : accélérer l’investissement et structurer un nouveau cycle de croissance. Reste à savoir si cette inflexion marque un tournant stratégique ou une modernisation du cadre existant.
La séquence organisée le 12 février par la CTM n’avait rien d’anodin. En réunissant l’ensemble des forces économiques du territoire, la collectivité a voulu envoyer un signal de clarté : le développement martiniquais passera par une mobilisation coordonnée du capital public et du capital privé.
Dans un contexte de contraintes budgétaires nationales, de pressions sociales persistantes autour de la vie chère et d’incertitudes géopolitiques, la démarche se veut pragmatique. Elle repose sur un principe simple : sécuriser l’environnement de l’investissement pour déclencher l’action.
La CTM ne se présente plus seulement comme maître d’ouvrage ou financeur direct. Elle se positionne désormais comme facilitateur stratégique. Sécurisation du foncier, accélération des autorisations, mobilisation des dispositifs fiscaux et européens, réduction du risque pour les porteurs de projets : la collectivité entend créer un cadre favorable, laissant à l’investisseur la charge de financer, construire et exploiter.
Ce glissement vers une logique plus partenariale, incluant concessions, délégations de service public, sociétés de projet mixtes et partenariats public-privé, traduit une volonté de dépasser les limites budgétaires traditionnelles.
La question centrale sera celle du contrôle stratégique : comment garantir l’intérêt général dans des montages où la valorisation relève principalement du privé ?
Parmi les annonces structurantes figure la mise en place de zones franches douanières multisites, dans le prolongement des décisions du CIOM de juillet 2023. L’objectif est d’attirer des activités à plus forte valeur ajoutée et repositionner la Martinique comme plateforme économique régionale.
Sur le papier, l’outil est puissant. Il peut favoriser la transformation locale, la logistique régionale et l’intégration caribéenne. Mais son efficacité dépendra de la cohérence sectorielle. Sans stratégie industrielle précise, la zone franche pourrait rester un levier théorique face à la concurrence régionale déjà bien structurée.
L’annonce couvre un spectre large : hôtel logistique de nouvelle génération, liaisons routières structurantes, extensions du TCSP, aérodrome de Basse-Pointe, marché d’intérêt territorial au Lamentin, évolution de la gouvernance du Galion, éolien offshore, équipements culturels et projets hôteliers.
L’ampleur du programme témoigne d’une volonté d’agir sur plusieurs leviers simultanément. Mais la question stratégique demeure celle de l’articulation. Ces projets forment-ils un système cohérent orienté vers un modèle productif renouvelé ou constituent-ils une addition de projets sectoriels ?
La CTM met en avant une enveloppe globale de 65,8 millions d’euros combinant fonds européens, budget territorial et partenariats publics-privés, avec l’objectif de soutenir au moins 550 TPE/PME d’ici 2030. À l’échelle des besoins structurels du territoire, le montant reste mesuré mais la logique est celle de l’effet de levier.
La création annoncée d’un Bureau d’investissement, point d’entrée dédié aux porteurs de projets, marque une volonté de professionnalisation de l’accueil des investisseurs. L’événement « Martinique Invest » prévu en 2026 s’inscrit dans une logique assumée de diplomatie économique.
La réussite dépendra de la cohérence stratégique, de la stabilité institutionnelle et de la capacité à produire des résultats tangibles rapidement. Le véritable test ne sera pas l’annonce, mais la réalisation concrète des premiers projets d’ici deux à trois ans.
La trajectoire est esquissée. Sa crédibilité se construira dans l’exécution.
Une exécution qui sera performée si un climat de confiance s’instaure rapidement entre le Président Letchimy et le monde des affaires. Cela va dans le sens de la Martinique