— La mise en vente de l’ancien hôtel Marouba au Carbet et de l’Hôtel‑Club des Trois‑Îlets révèle une réalité plus profonde : la fragilité persistante du secteur hôtelier martiniquais. Derrière ces établissements fermés se dessine l’enjeu stratégique de la reconversion des friches touristiques et de la modernisation du modèle touristique de l’île.
Un parc hôtelier fragilisé depuis plusieurs décennies
La Martinique a longtemps été considérée comme l’une des principales destinations touristiques de la Caraïbe française. Dans les années 1970 et 1980, l’île a connu un développement hôtelier important avec la construction de nombreux établissements destinés à accueillir une clientèle européenne et nord‑américaine. Cependant, à partir des années 1990, ce modèle s’est progressivement fragilisé sous l’effet de plusieurs transformations économiques et touristiques.
Aujourd’hui, la Martinique dispose d’un parc hôtelier plus réduit qu’auparavant et plusieurs établissements historiques ont fermé ou sont restés inoccupés pendant de longues périodes. Cette évolution témoigne d’un secteur qui peine à se renouveler face aux mutations du tourisme international.
L’émergence des friches touristiques
Au fil des années, la fermeture de plusieurs complexes hôteliers a laissé derrière elle des infrastructures abandonnées ou sous‑exploitées. Ces bâtiments constituent ce que l’on appelle aujourd’hui des friches touristiques. Souvent situés dans des zones littorales stratégiques, ils représentent à la fois un potentiel économique important et un problème d’aménagement du territoire.
L’ancien hôtel Marouba au Carbet et l’Hôtel‑Club de l’Anse à l’Âne aux Trois‑Îlets s’inscrivent dans cette problématique. Fermés depuis plusieurs années, ces sites illustrent les difficultés à mobiliser des investissements capables de relancer des infrastructures touristiques vieillissantes.
Les causes structurelles de la crise
La crise du secteur hôtelier martiniquais s’explique par une combinaison de facteurs économiques et structurels. Le coût d’exploitation élevé constitue l’un des principaux obstacles. Les charges salariales, le coût de l’énergie et les contraintes réglementaires rendent l’activité hôtelière plus coûteuse que dans de nombreuses destinations concurrentes de la Caraïbe.
À cela s’ajoute la concurrence internationale. Des destinations comme la République dominicaine ou certaines îles anglophones ont développé des infrastructures touristiques modernes et compétitives. Parallèlement, l’essor des plateformes de location touristique a modifié les habitudes des voyageurs et réduit la part de marché des hôtels traditionnels.
Le rôle de la Collectivité Territoriale de Martinique
Face à ces difficultés, la Collectivité Territoriale de Martinique tente de relancer certains sites stratégiques. La mise en vente de l’hôtel Marouba et de l’Hôtel‑Club des Trois‑Îlets s’inscrit dans une stratégie visant à attirer des investisseurs capables de redonner vie à ces infrastructures.
Les projets devront présenter une vocation hôtelière ou mixte à dominante hôtelière, avec un classement potentiel trois ou quatre étoiles. Les investisseurs sont également invités à démontrer les retombées économiques attendues pour le territoire et la qualité de l’intégration environnementale des projets.
Repenser le modèle touristique
Au‑delà de la rénovation de certains établissements, plusieurs observateurs estiment que la Martinique doit repenser son modèle touristique. Le tourisme international évolue vers des expériences plus durables, plus authentiques et davantage ancrées dans les territoires.
Dans ce contexte, la reconversion des friches touristiques pourrait constituer une opportunité pour développer de nouveaux projets mêlant hôtellerie, activités culturelles et valorisation du patrimoine naturel.
Un enjeu stratégique pour l’économie martiniquaise
La relance de sites comme l’hôtel Marouba ou l’Hôtel‑Club des Trois‑Îlets représente ainsi bien plus qu’une simple opération immobilière. Elle constitue un test pour l’attractivité touristique de la Martinique et pour sa capacité à moderniser son offre d’hébergement.
Dans une économie insulaire où le tourisme demeure un secteur stratégique, la transformation des friches touristiques pourrait jouer un rôle déterminant dans la dynamique de développement des prochaines années. Gdc