À l’approche des élections municipales de 2026, les candidats martiniquais présentent des programmes ambitieux : nouveaux équipements publics, revitalisation des centres-bourgs, transition écologique, renforcement de la sécurité, soutien accru au tissu associatif et économique. Mais une question centrale reste trop souvent en marge du débat : ces engagements sont-ils réellement compatibles avec la situation financière des communes ?
Dans un territoire marqué par une forte dépendance aux transferts publics, une base fiscale limitée et une pression sociale élevée, la crédibilité des programmes municipaux doit être appréciée à l’aune des réalités budgétaires.
Une organisation institutionnelle simplifiée, mais pas des finances renforcées
Depuis 2015, la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) a fusionné les compétences régionales et départementales, rationalisant l’architecture institutionnelle. Toutefois, cette réforme n’a pas mécaniquement amélioré la situation financière des communes, qui restent confrontées à des ressources structurellement contraintes.
Des marges budgétaires limitées
Les communes martiniquaises disposent de bases fiscales étroites, liées à un tissu économique fragile et à un chômage élevé. La fiscalité locale repose principalement sur des ménages dont le pouvoir d’achat est lui-même contraint.
Les dépenses incompressibles – entretien des écoles, voirie, bâtiments publics, services techniques, action sociale, prévention des risques naturels – absorbent une part importante des budgets. Dans plusieurs cas, l’endettement réduit encore les capacités d’investissement.
Des communes sous accompagnement financier
Plusieurs communes font l’objet d’un accompagnement budgétaire formalisé par l’État. Les contrats de redressement outre-mer (Corom) concernent notamment Gros-Morne, Le Prêcheur, La Trinité, Saint-Esprit et Saint-Pierre. Ces dispositifs traduisent des situations financières fragiles nécessitant un suivi renforcé et des trajectoires de retour à l’équilibre.
D’autres communes peuvent être soumises à un plan pluriannuel de résorption du déficit, arrêté par le préfet sur proposition de la chambre régionale des comptes, ce qui limite de facto leur liberté budgétaire.
Promesses électorales et exigence de réalisme
Dans ce contexte, promettre des investissements structurants ou des baisses d’impôts sans exposer clairement les sources de financement pose une question de sincérité. Les communes dépendent fortement des dotations de l’État, des subventions de la CTM, des fonds européens et du recours à l’emprunt.
Sans stratégie financière précise, les engagements risquent de se heurter aux contraintes budgétaires dès les premières années du mandat.
Un débat de vérité nécessaire




