Fort-de-France, le 25 janvier 2026
Tandis que les idéologies politiques ont disparu et que l’électeur martiniquais boudent les urnes, la fonction de maire attire de plus en plus de candidats. En effet, on assiste à une avalanche de promesses de candidatures aux élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Malheureusement, il manquera le maire du François, subitement disparu, dont la première mandature augurait d’un avenir prometteur pour sa commune. Samuel Tavernier est regretté, il mérite l’hommagequi lui est rendu, au-delà de la Martinique.
C’est connu, le maire est généralement considéré comme l’élu le plus puissant de France et la fonction, le plus gratifiant des mandats électifs. En même temps, au vu de l’ampleur et la variété des problèmes que ce magistrat est appelé à résoudre,cette fonction est d’une grande exigence et se révèle parfois sacrificielle. Cependant, on peut s’étonner de la grande attractivité pour la fonction, en Martinique, alors qu’en Hexagone on a du mal à trouver des candidats pour les communes équivalentes aux nôtres. Plusieurs raisons paraissent justifier cet engouement.
D’abord, l’usage exotique de la législation permet au maire d’accéder d’un coup à plusieurs mandats. Le jour de sa désignation le maire martiniquais devient de façon quasi automatique vice-président de l’EPCI dont dépend sa commune. C’est comme s’il récupérait, sans vote supplémentaire, le second mandat que la plupart des mairespossédaient au bon vieux temps du conseil général. Par ailleurs, avec la disparition de cette institution, il n’est plus dérangé au cours de son mandat de 6 ans par une consultationintermédiaire qui pourrait le déstabiliser. Enfin, lors du renouvellement de la CTM, le maire est sollicité pour figurer en bonne place sur les listes électorales. Ainsi donc, renforcée par la pratique des combinaisons entre les indépendantistes, autonomistes et départementalistes, qui ont fait disparaître le débat partisan, le phénomène a donné vie à la seule véritable force politique martiniquaise, la corporation des élus. Aussi, les réflexions sur les alliances “contre nature” n’ont plus de sens. N’exprimant que les mésalliances des autres, elles ne durent pas au-delà des périodes électorales, où l’entre soicorporatiste retrouve ses droits.
Cette situation d’apaisement et de confort a un coûtinsoupçonné, financier et démocratique : un coût financier en raison de la multiplication des indemnités versées, notamment à plus d’une trentaine de vice-présidents d’EPCI ; un coût démocratique, parce que préjudiciable à la vie politique des communes et à l’intérêt pour le militantisme, ainsi qu’au fonctionnement de la CTM où l’opposition est de pure forme.
Il en résulte une Martinique en régression accélérée que tous les statistiques indiquent. Peu portés à l’autocritique, les élus estiment que ces maux émaneraient d’une nébuleuse où l’on retrouverait pêle-mêle l’État, l’Europe, les Békés, l’histoire, le patrimoine mémoriel, le manque de pouvoirs. Au nom d’o n ne sait quel interdit, certains d’entre eux se plaignent que les chroniqueurs s’en mêlent. Alors que seuls deux ou trois chroniqueurs osent éveiller un lectorat échantillonnaire, on ignore de quels dangers ces élu(e)s s’en sentiraient menacés.
Fort-de-France, le 25 janvier 2026




