La Martinique n’est plus seulement une escale : elle est appelée à devenir un point d’appui majeur entre l’Europe, la Caraïbe et l’Amérique latine. »
À l’occasion du lancement du nouveau service PCRF XL, CMA CGM a réuni en Martinique un parterre d’acteurs économiques, portuaires et maritimes, venus mesurer la portée d’un dispositif qui dépasse largement la seule création d’une ligne supplémentaire. Derrière cet acronyme technique, le groupe a présenté une nouvelle organisation des flux maritimes, une montée en puissance de ses capacités portuaires et une ambition clairement assumée : faire des Antilles françaises, et de la Martinique en particulier, un véritable hub logistique régional.
La soirée a également été marquée par la présence de représentants institutionnels et politiques, parmi lesquels la sénatrice Catherine Conconne, le sénateur Buval, la députée Béatrice Bellay … Aux côtés du monde économique et maritime de Martinique.

Une ambition qui dépasse la seule création d’une ligne
Depuis près de trente ans, CMA CGM est implanté en Martinique. Mais à écouter les différents intervenants, le lancement du PCRF XL ne relève pas d’un simple ajustement commercial. Bertrand Bey, directeur des relations institutionnelles du groupe, a donné le ton dès l’ouverture en présentant ce nouveau service comme une nouvelle étape pour CMA CGM aux Antilles, mais aussi comme une marque de confiance envers les territoires ultramarins. Le message est clair : le groupe entend renforcer sa présence dans la zone pour fluidifier le lien entre les Antilles, l’Hexagone et le reste du monde, tout en accompagnant plus étroitement le développement économique local.

Dans cette logique, le PCRF XL s’inscrit dans un projet plus vaste : celui de la structuration d’un hub antillais capable de repositionner la Martinique et la Guadeloupe dans la géographie logistique de la Caraïbe. Philippe Rech, directeur général de CMA CGM Martinique, a insisté sur cette orientation stratégique. Derrière le nom technique du service se dessine en réalité un maillage entre l’Europe, les Antilles, la Caraïbe et l’Amérique latine. L’enjeu est d’adapter les infrastructures, les navires et les dessertes aux nouvelles réalités du transport maritime mondial, à la taille croissante des navires, aux exigences de régularité et aux impératifs de décarbonation.
La Martinique appelée à changer d’échelle
Le projet de hub antillais ne date pas d’hier. Annoncé officiellement fin 2023, il repose sur un investissement global de 336 millions d’euros, dont 80 millions consentis par le groupe CMA CGM, en lien avec l’État et les deux grands ports maritimes de Guadeloupe et de Martinique. L’objectif affiché est ambitieux : faire passer les capacités globales de transbordement des deux îles à 300 000 EVP, contre environ 68 000 aujourd’hui.
Pour la Martinique, cela signifie un véritable changement d’échelle. Non seulement en volume, mais aussi en statut. Il ne s’agit plus simplement de traiter des flux insulaires, mais de s’inscrire dans une logique régionale beaucoup plus large, en devenant une alternative crédible à d’autres hubs caribéens déjà établis.
Le transport maritime ne crée pas le marché, mais il peut lui donner la vitesse, la régularité et l’amplitude dont il a besoin pour grandir.
Des investissements lourds dans les infrastructures portuaires
Cette évolution repose d’abord sur une modernisation portuaire d’ampleur. Philippe Rech a rappelé que le Grand Port maritime de la Martinique travaille au relèvement du quai à 14,50 mètres, contre 13,50 mètres aujourd’hui, afin de permettre l’accueil de navires plus importants et plus chargés. S’ajoutent à cela l’allongement du quai de 150 mètres pour permettre l’escale simultanée de deux grands navires, ainsi qu’une extension du yard arrière de 2 500 mètres carrés destinée à accroître les surfaces de stockage des conteneurs en transbordement.
En parallèle, CMA CGM a renforcé sa propre part de l’effort avec l’arrivée de six cavaliers portuaires hybrides et la construction de nouveaux équipements reefers, qui doivent faire passer les prises disponibles de 200 à 800. Un point important pour les marchandises périssables, fruits, légumes et produits frais appelés à circuler davantage dans la région.

Une réorganisation complète des dessertes régionales
Au-delà de l’infrastructure, c’est la desserte elle-même qui est repensée. Guillaume de Chastellux, directeur central adjoint Antilles-Guyane, a détaillé une véritable réorganisation des services. Le groupe est passé, en janvier 2026, à des navires de 6 000 EVP, après plusieurs étapes successives d’augmentation de capacité au cours des vingt dernières années. Le navire présenté lors de la soirée illustrait concrètement ce saut de gabarit.
Mais l’essentiel ne réside pas seulement dans la taille des bateaux. Il se trouve surtout dans la recomposition des lignes et des connexions. Parmi les nouveautés majeures figure ainsi le service AGEX, pour Antilles-Guyane Express, dédié au lien direct entre les Antilles et la Guyane. Cette liaison répond à une demande forte des acteurs économiques de la zone, avec deux navires opérant en rotation hebdomadaire dans les deux sens et un temps de transit resserré.
Le service Guyana vient également renforcer les connexions vers le plateau des Guyanes, notamment le Guyana, le Suriname et Trinidad. Le service Motagua, mis en service au début de l’année, ouvre quant à lui un axe dédié vers le Guatemala et le Honduras, en particulier pour les flux de marchandises réfrigérées destinées à l’Europe du Nord. À moyen terme, un autre développement important est annoncé avec l’intégration du Brésil dans le dispositif, notamment via Santos, ainsi qu’une connexion projetée avec Cuba.
Un service repensé pour mieux répondre aux besoins des clients
L’autre grand volet des interventions concernait l’amélioration du service vers le nord de l’Europe. Le PCRF XL, mis en avant au cours de la présentation, doit désormais permettre un transit plus rapide depuis Le Havre et Dunkerque. Le Havre est annoncé à neuf jours des Antilles, tandis que Dunkerque gagne quatre jours.
Surtout, CMA CGM a entièrement reconstruit cette rotation autour d’une exigence exprimée par les clients, notamment les importateurs de la grande distribution : arriver en début de semaine aux Antilles plutôt qu’au milieu. Cette modification du calendrier logistique peut paraître technique, mais elle change concrètement l’organisation du groupage, de la distribution et de la mise à disposition des marchandises sur le territoire.
Pour garantir davantage de fiabilité, le groupe a ajouté un navire supplémentaire sur la ligne, passant de six à sept unités, et introduit des marges de sécurité dans le parcours. Cette décision répond aux fortes perturbations météorologiques enregistrées entre décembre et février sur les routes européennes. Dans le même esprit, CMA CGM a décidé de supprimer le transbordement à Trinidad, jugé trop contraignant sur le plan opérationnel, et de le rapatrier vers les Antilles françaises. Là encore, derrière un arbitrage logistique, se dessine une volonté de renforcer le rôle central de la Martinique dans l’architecture régionale des flux.
Un pari logistique, mais aussi territorial
Les discours ont également souligné que cette ambition logistique s’inscrivait dans une vision territoriale plus large. La Martinique est présentée comme une porte d’entrée stratégique de la Caraïbe, à la croisée de l’Amérique latine, de l’Europe et des routes maritimes connectées au canal de Panama. Dans cette lecture, le hub antillais n’est pas seulement un outil au service du groupe. Il est aussi présenté comme un levier potentiel pour les industriels, les importateurs, les producteurs, les logisticiens et, plus largement, pour les acteurs économiques de la Martinique et de la sous-région.
CMA CGM a enfin tenu à rappeler que sa présence locale ne se limite pas à la seule sphère commerciale.
Plusieurs interventions ont évoqué l’action de la fondation du groupe en Martinique, qu’il s’agisse du soutien à la Yole Ronde, de l’accompagnement de jeunes du RSMA, de l’appui à la Banque alimentaire, à la Croix-Rouge ou à des actions environnementales. Une manière, pour le groupe, d’ancrer son développement dans une relation plus large avec le territoire.
Quand les lignes changent, ce ne sont pas seulement des navires qui bougent : ce sont aussi des perspectives nouvelles pour un territoire entier.
Un lancement qui marque une accélération
Le lancement du PCRF XL est bien plus qu’une annonce technique. Il marque une accélération : celle d’un repositionnement de la Martinique dans les échanges maritimes régionaux, celle d’un investissement de long terme dans les infrastructures et la desserte, et celle d’un pari industriel sur la capacité de l’île à jouer un rôle plus central dans la Caraïbe.
En réunissant responsables du groupe, acteurs portuaires, représentants institutionnels, économiques et élus, parmi lesquels la sénatrice Catherine Conconne, le sénateur Frédéric Buval, la députée Béatrice Bellay et plusieurs personnalités du monde politique martiniquais, CMA CGM a voulu donner à voir cette ambition dans toute son ampleur, et donner un sens pluriel à ces six autres lettres : A V E N I R
Philippe PIED






