La situation des agriculteurs du Maine ( aux États-Unis) confrontés à la pollution aux PFAS ( les fameux “polluants éternels” ) éclaire, par contraste, la gestion du scandale du chlordécone en Martinique. Deux pollutions durables, deux responsabilités étatiques, mais des réponses publiques profondément divergentes.
Dans l’État du Maine, des dizaines de fermes ont été contaminées par les PFAS à la suite de l’épandage de boues de stations d’épuration, une pratique autorisée par les pouvoirs publics. En Martinique, le chlordécone, insecticide reconnu toxique, a été maintenu par dérogation jusqu’en 1993 pour préserver les intérêts de la filière banane. Dans les deux cas, la pollution est le résultat de décisions administratives prises en connaissance de cause.
Mais les réponses apportées après la révélation du désastre divergent fortement. Dans le Maine, l’épandage a été interdit dès 2022, un fonds public de 60 millions de dollars a été créé pour indemniser les agriculteurs, financer les analyses de sols, compenser les pertes de revenus et, si nécessaire, racheter des terres contaminées. Les universités publiques ont été mobilisées pour accompagner les exploitants, tester de nouvelles cultures et expérimenter des solutions de dépollution.
En Martinique, la pollution au chlordécone continue de structurer durablement l’agriculture et la vie quotidienne, sans politique de réparation à la hauteur. Les indemnisations restent limitées, les responsabilités diluées et la charge de la preuve largement reportée sur les victimes. L’adaptation repose avant tout sur les individus, non sur une stratégie collective assumée.
La comparaison révèle deux visions de la justice environnementale. Dans le Maine, l’État reconnaît sa part de responsabilité et agit pour maintenir une activité agricole viable. En Martinique, le chlordécone demeure un traumatisme sanitaire, social et politique, encore insuffisamment reconnu. La pollution est durable ; l’inaction, elle, ne devrait pas l’être.
Alors que les coûts liés aux «polluants éternels» pourraient exploser dans les prochaines années, plusieurs ONG ont appelé le 29 janvier à faire appliquer strictement le principe du «pollueur-payeur». Leur objectif : que les industriels contribuent au financement de la dépollution et à l’indemnisation des victimes. Selon les scénarios retenus par la Commission européenne, les coûts engendrés pourraient atteindre entre 330 milliards et 1 700 milliards d’euros d’ici à 2050 pour le seul continent européen. JPB. ç




