Une initiative historique portée à l’ONU
Le 25 mars 2026, le Ghana soumet à l’Assemblée générale des Nations unies une résolution qualifiant la traite transatlantique de « crime le plus grave de l’histoire de l’humanité ». Portée par le président John Dramani Mahama et le ministre des Affaires étrangères Samuel Okudzeto Ablakwa, cette initiative vise à ouvrir un processus international de réparations à l’encontre des anciennes puissances coloniales et des États-Unis.
Elle s’appuie sur un consensus historique solide : entre 15 et 20 millions d’Africains ont été déportés entre le XVe et le XIXe siècle, selon l’UNESCO. L’objectif est de transformer cette reconnaissance mémorielle en norme juridique internationale.
Un affrontement diplomatique entre Sud global et Occident
La résolution devrait être largement soutenue par les États africains et caribéens, notamment les membres de la CARICOM, engagés depuis plusieurs années dans une stratégie réparatoire structurée.
En revanche, des résistances sont attendues du côté des puissances occidentales, qui redoutent la création d’un précédent juridique, l’ouverture de contentieux internationaux et des implications financières potentiellement considérables.
Ce clivage traduit une recomposition des rapports de force internationaux, dans un contexte d’affaiblissement du multilatéralisme traditionnel et de montée des revendications historiques du Sud global.
Une stratégie juridique assumée
Au-delà du symbole, la démarche ghanéenne vise à produire un effet normatif. En qualifiant la traite de crime suprême, la résolution pourrait nourrir une opinio juris et servir de base à de futures actions devant des juridictions internationales.
Elle s’inscrit dans une stratégie plus large, déjà engagée par la CARICOM, articulant mémoire, droit et diplomatie afin de faire émerger un cadre juridique international des réparations.
Un enjeu direct pour les sociétés caribéennes
Pour les territoires issus de la traite, notamment la Martinique, cette initiative renvoie à des réalités contemporaines : inégalités économiques héritées, concentration foncière, dépendance structurelle et fractures sociales persistantes.
Malgré la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité en droit français (loi Taubira, 2001), la question des réparations demeure largement absente du débat national.
Une tension politique pour la France et les Outre-mer
La résolution place la France dans une position délicate. Un vote négatif ou une abstention entrerait en contradiction avec son discours mémoriel officiel.
Pour la Martinique, la situation est encore plus complexe : partageant l’histoire des États caribéens favorables aux réparations, mais intégrée à la République française, elle se trouve au cœur d’une contradiction politique majeure.
Conclusion
Quelle que soit l’issue du vote, cette résolution marque une étape décisive : elle déplace la question de l’esclavage du registre moral vers celui du droit international. Elle pourrait constituer un point d’appui durable pour les revendications réparatoires et reconfigurer les relations entre anciennes puissances coloniales et sociétés héritières de la traite.





