Le rideau est tombé sur le Salon des Bâtisseurs de Martinique. Deux jours durant, les 27 et 28 mars 2026, professionnels du BTP, industriels, institutionnels et grand public se sont retrouvés pour célébrer, débattre et construire ensemble les perspectives d’un secteur qui conditionne l’avenir de l’île. Le bilan est éloquent. Mais l’événement laisse aussi un goût d’inachevé, et un signal politique qu’il serait dommage d’ignorer.


Une édition qui s’inscrit dans la durée
Parler de « deuxième édition » serait techniquement exact, mais un peu réducteur. Car le Salon des Bâtisseurs a une histoire. Il y a une quinzaine d’années, sous le nom de Martibat, un événement similaire avait déjà été réalisé pour fédérer les acteurs du secteur autour d’un rendez-vous commun. L’initiative avait ouvert une voie. Celle d’aujourd’hui la prolonge et l’amplifie, avec une ambition renouvelée et des moyens à la hauteur des enjeux.
Les chiffres de cette édition parlent d’eux-mêmes. Près de 4 500 visiteurs se sont déplacés sur les deux jours, malgré une circulation particulièrement compliquée le vendredi. Ce même vendredi, quelque 600 élèves ont été accueillis dans le cadre des visites scolaires, certains revenants le samedi avec leurs parents, portant à environ 800 le nombre de jeunes présents sur ces deux jours. Au total, 65 exposants professionnels et 30 partenaires animaient les allées, tandis que 27 conférences sur les 32 initialement prévues ont pu se tenir. Trois concours, un job et stage dating réunissant plus de 30 entreprises et de nombreux jeunes en quête d’orientation ou d’emploi, une exposition remarquée, du réseautage entre confrères, dans un lieu magnifique qui a donné à l’événement le cadre qu’il méritait. Voilà un salon qui ne ressemble pas à une vitrine figée, mais à un secteur vivant, qui se raconte et qui se projette.
Une mobilisation institutionnelle à saluer
L’État s’est pleinement impliqué. Le préfet de la Martinique, Étienne Desplanques, a honoré le salon de sa présence. La DEAL, Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement, et l’ADEME étaient également représentées, aux côtés d’autres services de l’État engagés au quotidien sur les questions de construction, d’habitat, d’énergie et de transition écologique. Ce déplacement collectif n’est pas anodin : il signifie que l’État considère le BTP martiniquais comme un secteur stratégique. Et il a raison : ce secteur construit, au sens propre comme au sens figuré, le cadre de vie des Martiniquais.
La CTM, Collectivité Territoriale de Martinique, était également présente et a apporté son soutien, notamment financier, à la réussite de l’événement. Son président, Serge Letchimy, a reçu en audience les délégations nationales de la FNTP, Fédération Nationale des Travaux Publics, et de la FFB, Fédération Française du Bâtiment, venues spécialement pour l’occasion. Ces mêmes représentants nationaux ont également été reçus à la préfecture par Étienne Desplanques. Ce que ces rencontres au sommet ont produit, ce qui a été dit, constaté, décidé, fera l’objet d’un prochain article. Nous y reviendrons.
David Zobda, seul maire debout

Parmi les élus locaux, un seul a fait le déplacement : David Zobda, maire du Lamentin, l’une des communes les plus peuplées de Martinique et son poumon économique. Il faut lui rendre cet hommage. Sa présence n’était pas symbolique, elle était cohérente avec les responsabilités qui sont les siennes et avec l’importance que revêt le secteur de la construction pour une commune de cette envergure.
Mais David Zobda était le seul Maire.
Le stand de l’Association des maires : une présence qui aura manqué
L’Association des maires de Martinique disposait d’un stand au Salon des Bâtisseurs. Au fil de la manifestation, cet espace n’a cependant pas connu la présence attendue, ni bénéficié d’une animation réellement visible.
Dans le contexte particulier de l’après-élections municipales et de l’installation des nouvelles équipes, cette situation peut se comprendre en partie. Cette phase de transition a probablement pesé sur les agendas et les priorités immédiates des élus.
Ne l’oublions pas, les maires sont l’un des premiers interlocuteurs des entreprises du BTP. Ce sont eux qui délivrent les permis de construire, qui définissent les plans locaux d’urbanisme, qui portent les projets d’équipements publics, qui arbitrent entre densification et préservation, entre développement et cadre de vie.

Un contraste à relever
Le Salon des Bâtisseurs a vu la présence de nombreux acteurs institutionnels et professionnels, parmi lesquels le préfet Étienne Desplanques, les services de l’État, la CTM, l’ADEME, la DEAL, ainsi que des représentants du secteur venus de l’Hexagone. Dans ce paysage, la présence des communes a semblé plus en retrait.
Sans en tirer de conclusion excessive, ce décalage peut néanmoins inviter à une réflexion sur la place accordée, au niveau communal, aux enjeux du logement, de la rénovation et de l’aménagement du territoire.
Ces questions concernent pourtant directement le quotidien des habitants et l’action locale. En Martinique, entre vieillissement du parc immobilier, adaptation des bâtiments, transition énergétique et besoins nouveaux en matière de logement, les communes sont en première ligne. Leur implication dans ce type de rendez-vous ne peut qu’enrichir le dialogue avec les professionnels et contribuer à faire avancer les réponses attendues sur le terrain.
Pour une prochaine édition encore plus fédératrice

Ce Salon des Bâtisseurs a prouvé, en deux éditions réinventées, sa capacité à rassembler les professionnels, à orienter les jeunes vers les métiers du BTP, à créer du lien, à accueillir le grand public et à ouvrir des débats utiles. Il a démontré cette année qu’il pouvait attirer au plus haut niveau l’attention des institutions nationales comme locales, et mobiliser les fédérations du secteur jusqu’en Martinique. La dynamique est là.
L’ambition pour les prochaines éditions est donc claire : essayer de faire en sorte – peut-être avec des conférences plus intéressantes, des offres plus claires, plus d’exposants… – que les élus locaux, les EPCIs, les directeurs généraux des services, les directeurs des services techniques, soient là, aux côtés des entreprises, des artisans, des architectes, des ingénieurs et des citoyens qui font et défont la Martinique de demain.
Mesdames et Messieurs les Maires, conseillez-nous et aidez-nous en ce sens !
Philippe PIED – Photos Marc Marsillon/Médias Relais





