Dans un discours cinglant à l’Assemblée nationale, Johnny Hajjar, député de la Martinique, a dénoncé avec force les carences criantes dans la prise en charge des cancers dans les outre-mer, qualifiant la situation de « véritable scandale d’État » après celui du chlordécone. Évoquant une « catastrophe sanitaire » qui empire « de façon explosive », l’élu a dressé un réquisitoire implacable contre le déni de l’égalité républicaine dans l’accès aux soins pour les patients atteints de cette maladie.
Un système de soins à bout de souffle
« Files d’attente interminables qui augmentent de manière exponentielle, patients et familles livrés à eux-mêmes, délais de prise en charge 7 fois supérieurs à l’Hexagone entre le diagnostic et le début du traitement » : la litanie des manquements énumérés par M. Hajjar témoigne d’un système de soins intégralement à réformer. Outre l’absence criante de « parcours de soins » structurés, le député a également dénoncé la « gouvernance chaotique », les « effectifs chroniquement sous-dotés » et la « grande fragilité » de l’équipe médicale locale, contrainte d’exercer dans des « locaux extrêmement vétustes et sous-dimensionnés ».
Un déni de l’égalité républicaine
Face à cette situation alarmante, le parlementaire n’a pas mâché ses mots : « Les pertes de chance sont colossales, le parcours est jalonné par la mort en Martinique ». Las d’attendre des mesures à la hauteur de « l’urgence et l’ampleur de ce drame », il a fustigé « la timide prise de conscience de l’État » et son immobilisme : « Aucune solution opérationnelle même d’urgence n’est effective » pendant que « les patients meurent chaque jour dans le silence assourdissant ».
Cette négligence de l’État se traduit selon lui par « une grave rupture d’égalité » avec l’Hexagone en matière d’accès aux soins contre le cancer, fil rouge de son réquisitoire : « Alors que l’offre de soins solidaire est largement déployée dans l’Hexagone, elle est inexistante en Martinique et probablement dans les outre-mer ».
« Les contraintes conjoncturelles ne peuvent justifier un tel décalage », a-t-il martelé, appelant le gouvernement à enfin se saisir de ce « scandale sanitaire » et de ce « drame humain » qui « se poursuit » au quotidien pour les malades et leurs proches « terrorisés par ces graves défaillances ».
M. Hajjar a conclu sur une interpellation directe au ministre : « Que comptez-vous faire dans l’urgence et sur le fond pour pallier cette situation ? ». Une injonction à agir pour mettre un terme à ces « graves défaillances » qu’il dénonce comme « un véritable scandale d’État » après celui du chlordécone.
PHILIPPE PIED




