La Martinique remporte le concours national « Le Plus Grand Musée de France » dans la zone Amériques. Grâce à 2 753 votes, une œuvre emblématique de l’artiste martiniquais Khokho René-Corail, conservée au Centre culturel des Trois-Îlets, va bénéficier d’une restauration financée par Allianz France. Une belle victoire citoyenne pour le patrimoine antillais.
Les Martiniquais ont voté, et leur patrimoine a gagné
Du 2 au 22 février 2026, pendant trois semaines, des citoyens de toute la France ont été invités à voter pour sauver des œuvres d’art en danger. Le principe est simple : plusieurs œuvres en mauvais état sont présentées au public, et c’est lui qui décide laquelle mérite d’être restaurée en priorité. Ce concours, appelé « Le Plus Grand Musée de France », est organisé chaque année par la Fondation La Sauvegarde de l’Art Français, avec le soutien de l’assureur Allianz France.
Cette année, la Martinique a remporté le concours dans la zone « Amériques » avec 2 753 votes, soit 44 % des suffrages exprimés. Un résultat rendu possible grâce à la forte mobilisation de la commune des Trois-Îlets et de ses habitants, qui ont su faire connaître cette œuvre et rallier les votes autour d’elle.
À l’échelle nationale, ce sont au total 132 479 votes qui ont été enregistrés partout en France, soit 36 000 de plus que l’année précédente. Un chiffre qui témoigne d’un intérêt grandissant des Français pour la préservation de leur patrimoine local.
Qui était Khokho René-Corail ?
Né en 1932 et décédé en 1998, Khokho René-Corail est l’une des figures majeures de l’art martiniquais. Artiste libre et inventif, il a développé une technique de création qui lui est totalement propre : le brûlage, ou « peinture au feu ». Le principe consiste à enflammer directement des pigments et des solvants sur le support de l’œuvre. Le résultat est saisissant : des textures riches, des couleurs profondes et chaudes, qui évoquent immédiatement les terres volcaniques et les paysages de la Martinique.
Avec cette méthode peu conventionnelle, Khokho s’est affranchi des règles classiques de la peinture pour inventer son propre langage artistique, ancré dans la réalité caribéenne et dans la vie de son peuple.
Une œuvre qui célèbre la vie collective
L’œuvre qui sera restaurée a été réalisée en 1977. Elle est conservée au Centre culturel Khokho, aux Trois-Îlets. Sur ce tableau sur aggloméré, l’artiste représente son thème de prédilection : le rassemblement collectif. On y voit des figures dansantes autour d’un soleil, symboles de joie, d’énergie et de vitalité communautaire. Une image forte, qui dit beaucoup de la philosophie de Khokho : l’art comme espace de vie partagée, de célébration et de liberté.
Malheureusement, avec le temps, l’œuvre s’est dégradée. Le support en aggloméré a besoin d’être consolidé, et les couleurs ainsi que les formes de la couche picturale ont perdu de leur éclat et de leur équilibre. L’œuvre n’est aujourd’hui classée à aucun titre au patrimoine, ce qui la rend d’autant plus vulnérable face aux risques de détérioration.
Que va-t-il se passer concrètement ?
Grâce à sa victoire au concours, l’œuvre va bénéficier d’un financement de 8 000 euros accordé par Allianz France pour couvrir les frais de restauration. Des professionnels interviendront pour stabiliser le support, redonner de la lisibilité aux formes et restituer l’intensité originale des couleurs. L’objectif est de rendre à cette création toute sa force expressive, pour que les générations futures puissent continuer à la voir et à l’apprécier dans les meilleures conditions.
Constance Wiblé, Directrice Marque et Communication d’Allianz France, résume bien l’esprit de l’initiative :
« Ce patrimoine du quotidien, souvent le plus fragile, fait partie de la vie des habitants. Il incarne une mémoire collective. »
Une initiative nationale qui prend de l’ampleur
Lancée en 2013 par la Fondation La Sauvegarde de l’Art Français, la campagne « Le Plus Grand Musée de France » en est cette année à sa 5e édition. Elle a permis jusqu’ici la restauration de près de 400 œuvres dans toute la France, grâce à la mobilisation de 300 000 citoyens et à la collecte de 2,7 millions d’euros.
Chaque année, 16 œuvres lauréates sont sélectionnées, une par grande zone géographique. Cette année, aux côtés de la Martinique, on retrouve notamment un pétroglyphe polynésien en Polynésie française (lauréat avec 78 % des voix), une machinerie d’usine sucrière du XIXe siècle à Mayotte, ou encore un cheval anatomique du Dr. Louis Auzoux conservé à Rennes.





