Dans une tribune rédigée en langue espagnole et datée du 20 février 2026, Serge Letchimy, président de la Collectivité Territoriale de Martinique, a pris publiquement position contre la politique de sanctions imposée à Cuba par les États-Unis. Il dénonce une « violence moderne » exercée par des moyens économiques, qu’il associe notamment à la doctrine défendue sous la présidence de Donald Trump.
Choisissant de s’exprimer en espagnol, langue largement partagée dans la Caraïbe et en Amérique latine, Serge Letchimy a souhaité donner à son message une portée régionale et internationale. Il y défend une conception solidaire des relations caribéennes et rappelle la proximité historique, humaine et culturelle entre la Martinique et Cuba.
Dans ce texte, il met en cause les effets concrets de l’embargo et des sanctions renforcées sur la vie quotidienne des Cubains, qu’il juge injustes, inefficaces et contraires aux principes fondamentaux de dignité humaine. Il appelle enfin à une prise de conscience collective et à un sursaut moral face à ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique de la souffrance des peuples.
Texte intégral traduit en français
Par Serge Letchimy,
Président de la Collectivité de Martinique
Violence inacceptable et insupportable contre le peuple cubain
Il existe une forme de barbarie moderne qui ne porte plus d’uniforme, mais qui s’exerce par le biais de sanctions économiques unilatérales. Sous l’impulsion de Donald Trump et d’une doctrine où l’arrogance se fait passer pour de la diplomatie, les États-Unis maintiennent des lignes de fracture historiques, feignant d’ignorer les battements de cœur, les estomacs vides et les vies brisées qu’elles provoquent.
Cuba n’est désormais plus jugée pour son immense contribution culturelle ni pour son rôle dans l’histoire régionale, mais pour sa capacité à résister à l’étranglement financier imposé par Washington.
Cette violence contemporaine ne nécessite plus le fracas des armes ; elle agit par la froideur d’une signature au bas d’un décret. Depuis le 3 février 1962, le nœud gordien de l’embargo étrangle l’île, mais les mesures coercitives renforcées par l’administration Trump fonctionnent comme une tenaille d’une cruauté sans précédent.
Ce n’est pas seulement un système qui est attaqué, mais les moyens de subsistance mêmes de millions de familles. En gelant les avoirs et en paralysant l’importation de biens essentiels, on met en scène un siège médiéval en plein XXIe siècle. Le résultat est sans ambiguïté : ce ne sont pas les structures du pouvoir qui s’affaiblissent, mais les enfants de La Havane privés de lait et les hôpitaux qui luttent contre l’obscurité.
Quel est le véritable « crime » de Cuba ? Son refus historique de s’aligner sur les intérêts hégémoniques de son voisin du nord. Dès lors que ce pays a choisi son propre destin, le prétexte démocratique s’est transformé en arme de sabotage. La liberté promise par l’impérialisme de Donald Trump sent la soumission, non l’émancipation.
Nous, peuple de Martinique, nation caribéenne profondément ancrée dans la région de la CARICOM, ne pouvons rester des spectateurs silencieux de ce naufrage orchestré. La mer qui nous sépare de Cuba n’est pas un abîme, c’est une bouée de sauvetage.
Nos liens ne sont pas nés de l’idéologie, mais de la vie elle-même. Ils s’incarnent dans nos médecins, dans nos étudiants formés ici, et dans nos cultures entremêlées. La solidarité régionale n’est pas une option diplomatique, c’est un devoir civilisateur. Notre pays n’est l’arrière-cour de personne ; il est un espace de responsabilité mutuelle.
Il est temps de dénoncer ce « pillage du potentiel ». Il est temps de rappeler que, si Internet n’oublie jamais, l’histoire finit toujours par juger ceux qui ont utilisé la faim comme outil politique. Le peuple cubain n’est pas un pion dans le jeu de Washington. Il est notre frère, et son cri pour la dignité est indissociablement le nôtre.
Serge Letchimy
Martinique, 20 février 2026
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