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    Home » Décolonisation : l’histoire inachevée des derniers peuples sous tutelle
    Repère

    Décolonisation : l’histoire inachevée des derniers peuples sous tutelle

    février 22, 2026Aucun commentaire
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    M. Guterres
    Nations Unies
    ONU Info

    L‘actualité mondiale Un regard humain

     

    © Alexis Rosenfeld

    16 février 2026 Droits de l’homme

    Officiellement, ils sont moins d’une vingtaine, pour la plupart situés dans le Pacifique et les Caraïbes. Les territoires toujours sous le joug colonial – ou, selon la formule onusienne, « dont les populations ne s’administrent pas encore complètement elles-mêmes » – concernent surtout trois puissances dites « administrantes » : le Royaume-Uni, les États-Unis et la France. Depuis sa création, l’ONU s’emploie à négocier leur indépendance.

     

    Si la décolonisation a redessiné le monde au XXᵉ siècle, elle n’a pas effacé les rapports de force économiques, ni les inégalités qu’ils ont façonnées. C’est ce rappel qu’a formulé lundi le Secrétaire général, dans une allocution prononcée en son nom à New York lors d’une réunion du comité spécial onusien chargé du dossier.

    « La décolonisation est un objectif des Nations Unies depuis leurs tout premiers jours », a rappelé António Guterres, soulignant que l’organisation avait été conçue « comme un lieu où les nations pourraient se rencontrer d’égales à égales, et non comme gouvernants et gouvernés ».

    Le bilan global est significatif. Plus d’une centaine d’États ont accédé à l’indépendance depuis la création de l’ONU 1945. « Notre monde a parcouru un long chemin », a insisté M. Guterres, notant que davantage d’êtres humains jouissent aujourd’hui « du droit et de la dignité de l’autodétermination ».

    L’indépendance ne met pas fin à l’histoire

    Mais l’histoire ne se referme pas aussi facilement. « L’héritage du colonialisme a laissé des cicatrices profondes », a-t-il averti, évoquant des mécanismes d’exploitation économique durable, mais aussi « le racisme, les inégalités et une exclusion persistante des instances de décision ». Autrement dit, l’émancipation juridique ne garantit ni l’égalité réelle ni la souveraineté économique.

    Concrètement, ces territoires couvrent une mosaïque de situations. Le Royaume-Uni administre notamment Anguilla, les Bermudes, les îles Vierges britanniques, les îles Caïmans ou encore les Falkland (Malvinas). Les États-Unis demeurent responsables de Guam, des Samoa et des îles Vierges américaines, tandis que la France conserve la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie sur la liste onusienne. À cet ensemble s’ajoute Tokélaou, sous administration de la Nouvelle-Zélande, ainsi que le Sahara occidental, territoire anciennement occupé par l’Espagne  dont le processus de décolonisation demeure inachevé et dont le statut fait l’objet d’un contentieux international ancien impliquant notamment le Maroc.

    Dans plusieurs de ces territoires – souvent de petites îles dépendantes de l’extérieur pour l’énergie, l’alimentation ou la sécurité – la question coloniale se mêle aujourd’hui aux vulnérabilités contemporaines : endettement, dépendance touristique, exposition aiguë aux chocs climatiques. Le débat sur l’autodétermination ne relève plus seulement du droit international, il touche désormais aux modèles économiques et à la capacité concrète de décider de son avenir.

    17 territoires, un test politique

    « Aujourd’hui, 17 territoires non autonomes subsistent », a rappelé António Guterres. Leur diversité complique toute approche uniforme. Certains revendiquent davantage d’autonomie, d’autres l’indépendance, d’autres encore privilégient le maintien du statu quo pour des raisons économiques ou sécuritaires.

    Face à cette mosaïque, le Secrétaire général plaide pour une méthode pragmatique. « Trois priorités doivent guider leur destin », a-t-il déclaré, en insistant d’abord sur « un dialogue inclusif » associant territoires concernés, puissances administrantes et États membres, « au cas par cas », conformément à la Charte des Nations Unies et aux résolutions pertinentes adoptées par les États membres.

    Ce langage diplomatique exprime une réalité sensible. La décolonisation, loin d’être un processus mécanique, reste un terrain de tensions politiques, parfois de rivalités stratégiques, où se croisent intérêts nationaux, identités locales et calculs économiques.

    La génération suivante en première ligne

    Deuxième priorité évoquée par le chef de l’ONU, la jeunesse. « La vision et le leadership de la prochaine génération sont essentiels pour construire un avenir productif et inclusif », a-t-il souligné.

    Dans plusieurs territoires non autonomes, la démographie accentue ce défi. Les jeunes, souvent confrontés à des économies étroites ou dépendantes, oscillent entre attachement local et tentation de l’exil. Leur place dans les processus politiques devient dès lors déterminante. Sans perspectives tangibles, l’autodétermination peut apparaître abstraite, voire secondaire face aux urgences sociales.

    Le climat, nouveau front de la décolonisation

    La troisième priorité définie par le Secrétaire général introduit une dimension plus récente, celle de l’urgence climatique. « La majorité des territoires sont de petites îles », a rappelé António Guterres, où montée des eaux, érosion côtière et événements météorologiques extrêmes « imposent un lourd tribut ». Son appel est sans détour : « Je vous exhorte à placer la résilience et l’adaptation au cœur de vos discussions ».

    Cette insistance traduit une évolution majeure. Pour nombre de ces territoires, la question n’est plus seulement politique mais existentielle : la capacité à survivre physiquement pourrait conditionner toute trajectoire d’autodétermination. La décolonisation se trouve ainsi rattrapée par l’Anthropocène.

    Une histoire inachevée

    En décembre dernier, l’ONU a célébré pour la première fois la Journée internationale contre le colonialisme sous toutes ses formes. Un symbole, certes, mais qui souligne aussi l’écart entre mémoire officielle et réalités contemporaines. « Si beaucoup de choses ont changé en mieux, le travail reste à accomplir », a reconnu le Secrétaire général, appelant à poursuivre « sans relâche » les efforts pour « faire progresser la décolonisation pour tous ».

    Huit décennies après les premières vagues d’indépendance, les empires coloniaux ont disparu des cartes, mais leurs lignes de fracture continuent de structurer le monde.

     

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