Le Premier ministre de Sainte-Lucie, Philip J. Pierre, n’a pas caché son embarras face à la pression américaine : “J’ai un gros problème. Beaucoup de nos médecins ont été formés à Cuba et maintenant les grands États-Unis ont dit que nous ne pouvons plus continuer avec cela.” Un dilemme de taille pour une petite nation dont la souveraineté en matière de politique étrangère est mise à l’épreuve. Pour l’instant, les étudiants déjà engagés dans leur cursus à Cuba sont autorisés à le terminer. Mais l’avenir de la filière est complètement bloqué.
La réinscription de Cuba sur la liste noire américaine, déclencheur de la crise
La pression américaine s’inscrit dans un durcissement politique immédiat : dès le 20 janvier 2025, jour de sa prise de fonctions, le président Donald Trump a réinscrit Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme, annulant ainsi la décision de l’administration Biden qui en avait retiré l’île dans le cadre d’un accord de libération de prisonniers politiques.
La justification avancée par Washington mêle des accusations anciennes et nouvelles. Depuis 1982, les États-Unis invoquent un soutien présumé de Cuba à des groupes armés — successivement désignés selon les époques, des guérillas latino-américaines aux FARC colombiennes. Aujourd’hui, l’administration Trump accuse La Havane de “protéger et financer des organisations terroristes comme le Hamas et le Hezbollah”. Ces accusations, que des étudiants palestiniens en médecine à Cuba ont eux-mêmes démenties — “Il n’y a ni Hezbollah ni Hamas ici” —, sont contestées par une large part de la communauté internationale. À l’ONU, une quarantaine d’États ont demandé aux États-Unis de retirer Cuba de cette liste, qualifiée de “non fondée” par plusieurs regroupements régionaux dont la CELAC. Le gouvernement cubain, lui, les rejette catégoriquement. Son ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a réaffirmé que son pays “ne protège, ni soutient, ni finance les organisations terroristes ou extrémistes”, proposant même de “réactiver la coopération bilatérale avec les États-Unis pour faire face à des menaces transnationales partagées”.
Une coopération médicale emblématique menacée
C’est dans ce contexte de bras de fer géopolitique que Sainte-Lucie se retrouve prise en étau. Depuis 1999, des centaines de jeunes Luciens et d’autres ressortissants caribéens ont pu étudier la médecine gratuitement dans les facultés cubaines, notamment à l’École Latino-Américaine de Médecine (ELAM), pilier de la diplomatie médicale de La Havane. “Cette initiative a permis à Sainte-Lucie de développer le secteur de la santé et de proposer des soins au plus grand nombre”, reconnaît-on dans les cercles gouvernementaux. Grâce à ce programme, l’île a pu pallier en partie une chronique pénurie de médecins et renforcer son système de santé public, une réussite souvent citée en exemple dans la région.
Cet édifice est aujourd’hui menacé. Les autorités américaines ont contacté le gouvernement de Castries pour lui signifier qu’il devait mettre un terme à cette coopération avec Cuba, sous la menace de sanctions économiques. Le mécanisme est bien connu : les lois américaines prévoient des représailles contre les pays tiers entretenant certaines relations avec les États inscrits sur la liste noire, une forme de pression extraterritoriale régulièrement dénoncée par les petits États.
Sainte-Lucie en quête urgente de nouveaux partenaires




