Marine Le Pen est entendue en appel dans l’affaire dite des « assistants parlementaires » du Front national, devenu Rassemblement national. Ce dossier porte sur l’utilisation des crédits du Parlement européen destinés à rémunérer des assistants parlementaires, alors que certains d’entre eux auraient exercé en réalité des fonctions au service du parti ou de dirigeants, sans lien direct avec l’activité parlementaire européenne.
L’appel dans l’affaire des assistants parlementaires du FN/RN est actuellement en cours devant la cour d’appel de Paris : les audiences ont débuté le 13 janvier 2026 et doivent s’achever le 12 février 2026, la décision étant annoncée pour l’été 2026, probablement en juin. Le jugement de première instance du 31 mars 2025, qui a condamné Marine Le Pen à quatre ans de prison dont deux avec sursis et cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics, n’est donc pas définitif tant que l’arrêt d’appel n’a pas été rendu.
Une affaire ancienne aux ramifications étendues
Les faits examinés s’étendent sur plus d’une décennie, entre 2004 et 2016. La justice reproche au FN d’avoir utilisé une partie des fonds européens pour financer indirectement son organisation et ses activités, via des contrats d’assistants parlementaires dont l’objet réel serait resté étranger au travail parlementaire.
Le dossier concerne plusieurs dizaines de contrats et implique de nombreux responsables politiques, assistants et cadres du parti. Le préjudice allégué atteint plusieurs millions d’euros.
Des profils emblématiques au cœur des soupçons
Plusieurs situations sont devenues emblématiques de l’affaire : un garde du corps rémunéré comme assistant parlementaire, une collaboratrice proche de Marine Le Pen travaillant principalement au siège du parti, un graphiste affecté à la communication du FN, ou encore un ancien majordome de Jean-Marie Le Pen, dont l’activité parlementaire n’a pu être établie de manière probante.
Pour l’accusation, ces cas révèlent une confusion persistante entre travail partisan et mission parlementaire, et témoignent de l’existence d’un mode de fonctionnement organisé.
La ligne de défense : bonne foi et erreurs individuelles
À la barre, Marine Le Pen plaide la bonne foi. Elle soutient que le cadre réglementaire applicable aux assistants parlementaires était, à l’époque, insuffisamment précis et contrôlé. Selon elle, l’administration du Parlement européen faisait preuve d’une grande tolérance.
Elle invoque également l’isolement politique des élus FN au Parlement européen, qui auraient exercé une activité essentiellement tribunitienne, conduisant les assistants à travailler davantage pour le parti que dans les commissions parlementaires classiques.
Marine Le Pen reconnaît la possibilité d’erreurs individuelles dans l’affectation des collaborateurs, mais nie catégoriquement l’existence d’un système structuré de détournement de fonds publics.
Remboursements et interprétations opposées
Un point central du débat concerne les remboursements effectués par Marine Le Pen au Parlement européen pour certains emplois contestés. Pour l’accusation, ces restitutions confirment l’irrégularité des pratiques.
Pour la défense, il s’agit d’une démarche de régularisation administrative, sans reconnaissance d’une infraction pénale ni d’un système d’emplois fictifs.
Des enjeux judiciaires et politiques déterminants
L’enjeu de l’appel est majeur. Une condamnation définitive pour détournement de fonds publics pourrait entraîner des peines lourdes, incluant des sanctions pénales, financières et des mesures d’inéligibilité.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, cette procédure judiciaire dépasse le seul cadre pénal et pèse sur l’avenir politique de Marine Le Pen.
Les débats d’appel se concentrent sur deux questions centrales : l’existence ou non d’un système organisé, et la crédibilité de l’argument de la bonne foi face aux éléments matériels examinés par la cour. JPB




