Mardi 14 Avril 2026
À la suite de la tribune publiée le 13 avril par Monsieur Fernand ODONNAT, Conseiller Exécutif de la CTM, il me paraît nécessaire d’apporter des précisions afin d’éclairer les Martiniquais sur un sujet aussi essentiel que la gouvernance de l’eau.
Personne ne conteste aujourd’hui la possibilité d’une meilleure gouvernance. Les inégalités d’accès à l’eau, les coupures récurrentes, les pertes importantes sur les réseaux et les difficultés structurelles du service sont une réalité que nous connaissons tous. Sur ce constat, nous sommes pleinement d’accord.
Mais la réponse proposée appelle un débat de fond.
Contrairement à ce que laisse entendre la tribune de Monsieur Odonnat, je ne suis pas opposé au principe d’une autorité unique de l’eau. Bien au contraire, je partage l’objectif d’une meilleure coordination, d’une plus grande efficacité et d’une solidarité renforcée entre les territoires.
En revanche, je ne peux souscrire à l’idée selon laquelle cette autorité devrait être mise en œuvre et organisée sous la seule volonté de la CTM, au détriment des intercommunalités.
Ce point est essentiel. Il n’est pas admissible, selon moi, que l’on dessaisisse les maires et les EPCI de la compétence qui leur est dévolue par la loi dans le cadre de l’organisation nationale de la gestion de l’eau.
Aujourd’hui, les trois EPCI de Martinique – Cap Nord, la CACEM et Espace Sud – exercent cette compétence au plus près des territoires, en lien direct avec les maires et les populations. Cette proximité garantit une connaissance fine des réalités locales, des réseaux, des contraintes techniques et des besoins spécifiques de chaque commune.
Il ne s’agit pas de défendre un statu quo. En tout premier lieu, la CTM n’a pas, à ce jour, démontré sa capacité à gérer des problématiques du même ordre (transports, énergie…). Affirmer que la seule réponse réside dans une centralisation à l’échelle de la CTM constitue donc une vision réductrice.
D’autres voies existent.
Ce qu’il convient de faire, de manière pratique, c’est de mettre en place une autorité unique de production, avec en perspective la possibilité de transférer ultérieurement les compétences en matière d’investissement et de distribution.
Ce transfert, dans une phase initiale limitée à la production, permettra d’assurer une solidarité indispensable entre les trois EPCI et garantira un prix d’achat de l’eau unique. Chaque EPCI conservant, durant cette étape, la maîtrise de ses investissements et de la distribution de l’eau sur son territoire.
C’est le sens de la position exprimée conjointement par les trois EPCI de Martinique : construire une autorité unique de l’eau fondée sur la coopération entre les intercommunalités, sous la forme d’un syndicat mixte, proposition issue du vote des trois assemblées respectives.
Il ne s’agit donc pas d’opposer, mais de construire autrement.
Par ailleurs, si l’unanimité évoquée lors du vote du 5 janvier à la CTM mérite d’être soulignée, il convient de constater que de nombreux élus étaient absents lors de cette séance, en particulier plusieurs maires siégeant à la CTM. Cette unanimité ne saurait donc, à elle seule, clore le débat.
La gouvernance de l’eau engage durablement notre territoire. Elle mérite une concertation approfondie avec l’ensemble des acteurs concernés. Il convient d’ailleurs de préciser que ce débat n’a pas été soumis aux élus des EPCI, notamment à ceux de la CACEM dont je fais partie. La CTM n’a donc pas sollicité l’avis de l’ensemble des élus des intercommunalites.
Je tiens également à souligner que les trois EPCI, détenteurs de la compétence eau, se sont prononcés contre le projet de loi d’habilitation du gouvernement présenté à la demande de la CTM.
Enfin, je partage pleinement l’exigence d’efficacité, de justice et de résilience face aux défis climatiques. Mais ces objectifs ne seront atteints ni par des décisions précipitées, ni par une recentralisation qui ignorerait les équilibres territoriaux.
Ce que nous devons construire, c’est une organisation efficace, cohérente et partagée par tous les acteurs concernés, au service de tous les Martiniquais.
C’est dans cet esprit de responsabilité et de dialogue que je réaffirme notre disponibilité à travailler collectivement à une solution durable.
Yan MONPLAISIR
Maire de Saint-Joseph
2eme Vice-président de la CACEM





