Les ContreChroniques d’Yves-Léopold Monthieux
Fort-de-France, le 20 avril 2026
Une adhésion politique sans ferveur populaire
Après avoir été admise comme observatrice à la CARICOM, la Martinique en devient un membre à part entière. C’était la volonté, irrépressible pour les uns, résignée pour les autres, de la classe politique martiniquaise. Pourtant, en dehors de notre pétulante députée socialiste, la nouvelle n’a pas suscité chez les élus un enthousiasme débordant.
Une ambition portée au sommet, mais peu relayée à la base
L’exception notable demeure le président Serge Letchimy, pour qui cette adhésion constitue « le plus beau combat de toute [sa] vie politique ». Une déclaration qui relègue à un rang secondaire l’émotion suscitée par le récent congrès de rupture, où il évoquait, les larmes aux yeux, la mémoire d’Aimé Césaire.
L’oxymore d’une émancipation dans la République
Désormais, l’adhésion à la CARICOM serait « un message fort adressé à Paris » et « un message d’émancipation… sans quitter la République ». Une ligne de crête politique qui dit toute l’ambiguïté du projet.
Une dynamique régionale encore incertaine
Le chemin du salut est également ouvert à la Guadeloupe et à la Guyane, mais ces territoires hésitent à suivre cette voie d’expérimentation institutionnelle.
La voie législative : gouverner sans consulter
La décision a été prise par la loi, loin du peuple, à l’unanimité d’une trentaine de députés présents, précédée d’une convention signée par un représentant du gouvernement.
Une tradition de réformes sans consultation directe
La voie législative a déjà été empruntée en 1946, 1981 et 2011. Tout porte à croire que l’État ne renouvellera plus l’expérience de la consultation populaire de 2010.
Le précédent de 2010 : le peuple comme obstacle politique
Les résultats espérés n’étant jamais au rendez-vous, la tentation d’écarter le suffrage direct s’installe dans le débat public.
L’évitement du suffrage, une tentation persistante
Cette idée a déjà été évoquée dans plusieurs ContreChroniques, révélant une tendance structurelle à contourner l’expression populaire.
Une évolution institutionnelle hors débat démocratique
Plusieurs analyses soulignent une réforme pensée sans véritable débat citoyen, confirmant une distance croissante entre décision et population.
Du “membre associé” à l’illusion d’un “État-membre”
Le glissement lexical observé dans les discours publics traduit une possible dérive politique dans la perception du statut.
La diplomatie économique : promesse ou écran de fumée ?
La diplomatie économique, avancée comme objectif, reste à définir concrètement et suscite des interrogations.
Une ambition nébuleuse face aux urgences locales
Le risque est grand que cette ambition détourne des ressources nécessaires pour répondre aux urgences structurelles du territoire.





