Confrontée à une hausse des homicides et de la violence armée, la sénatrice de la Martinique, Catherine Conconne, secrétaire générale du mouvement La Martinique Ensemble, a présenté un document regroupant 21 propositions destinées à enrayer ce phénomène qui inquiète la société martiniquaise.
Pour l’élue, la lutte contre la violence ne peut reposer uniquement sur l’action de l’État. « Chaque Martiniquais doit être en initiative », affirme-t-elle, appelant les citoyens, les associations et les acteurs de terrain à s’impliquer collectivement dans la recherche de solutions. Selon elle, les partis politiques doivent également jouer leur rôle de « laboratoire d’idées » au service du territoire.
Si la Martinique a déjà connu des faits criminels par le passé, Catherine Conconne estime que la situation actuelle présente un caractère nouveau par son intensité et par l’évolution des comportements. Elle souligne notamment la multiplication de violences liées à des motifs parfois dérisoires, mais aussi la révélation de phénomènes longtemps passés sous silence, comme les violences intrafamiliales, l’inceste ou les maltraitances envers les mineurs et les personnes âgées.
Fruit de plusieurs mois de réflexion, le document présenté par La Martinique Ensemble se veut avant tout une contribution au débat public. Initialement élaborées à partir d’une cinquantaine d’idées, les propositions ont été regroupées autour de quatre grands axes : l’école, la famille, la justice et la police, ainsi que la prévention des conduites addictives et des troubles de santé mentale.
« Ce document n’est ni exhaustif ni parfait », reconnaît Catherine Conconne, qui souhaite ouvrir une réflexion collective et constructive afin de répondre à ce qu’elle qualifie de véritable défi de société pour la Martinique.
- Amplifier le dispositif « élèves pairs »
- Les scènes citoyennes
- Dans la classe avec mon enfant
- L’écolier à la rencontre des réalités du monde
- Systématiser, amplifier et valoriser l’EMC (Enseignement moral et civique)
- Organiser le prix du civisme
- Internat « Cap avenir »
- After school
- Savoir-faire, savoir-être
- Grandes vacances: zéro oisiveté
- Étendre le réseau de maisons de la parentalité sur tout le territoire
- Renforcer l’action de l’association pour le logement social
- Inclure dans l’organisation des CCAS un référent médiation familial
- Brigade de médiateurs dans chaque commune
- Dispositif carcéral hors les murs
- Programme scolaire de prévention et de lutte contre la toxicomanie
- Un plan santé mentale massif
- Conditionner le versement de subventions publiques à l’accueil des TIG et des stages de citoyenneté
- Sanctuariser les subventions des associations de lutte contre les violences faites aux femmes
- Localiser le 39 19 et généraliser les formations de détection aux signaux d’alerte
- Optimiser les moyens de l’ASE (Aide sociale à l’enfance)
Trois questions à Catherine Conconne : « La violence en Martinique exige une mobilisation XXL »
Après avoir présenté 21 propositions destinées à lutter contre la montée de la violence en Martinique, la sénatrice Catherine Conconne détaille les leviers qui pourraient permettre de transformer ces idées en actions concrètes.
Parmi les 21 propositions formulées par votre mouvement, quels sont selon vous les leviers qui permettront de passer des intentions à l’action ?
Le principal levier est, selon moi, une volonté collective « XXL ». Aujourd’hui, beaucoup d’initiatives existent déjà, mais elles restent trop souvent isolées les unes des autres. Chacun agit dans son secteur, avec ses moyens, sans véritable coordination. Face à un phénomène aussi grave que la violence, cette approche ne suffit plus. Nous devons sortir des logiques de silo et travailler de manière beaucoup plus transversale. Il faut mutualiser les moyens humains, financiers et associatifs déjà présents sur le territoire. La Martinique dispose de ressources, de compétences et d’acteurs engagés. Le problème n’est pas forcément leur absence, mais leur dispersion. La situation a atteint un niveau tel qu’il ne sera pas possible d’y répondre par des actions ponctuelles ou symboliques. Il faut amplifier considérablement ce qui existe déjà, multiplier les efforts et les inscrire dans la durée. C’est un combat collectif qui nécessite de la détermination, de l’humilité et une réelle capacité à travailler ensemble.
Maintenant que ces propositions sont rédigées, quelle sera la prochaine étape ?
Nous allons d’abord les transmettre aux 34 communes de Martinique afin qu’elles puissent s’en saisir. Nous souhaitons également les verser au débat organisé par la Collectivité Territoriale de Martinique autour des questions de délinquance et de violence. Notre objectif est d’apporter une contribution concrète à la réflexion collective. Le document sera également adressé au préfet, à la CAF, aux acteurs des politiques familiales, aux services en charge de la lutte contre les addictions, ainsi qu’aux représentants de la police et de la justice. Nous ne prétendons pas détenir la solution parfaite. Certaines propositions pourront être améliorées, d’autres adaptées ou complétées. Mais elles ont le mérite d’exister et de nourrir le débat. Nous voulons que ces idées puissent être examinées, discutées et, lorsque cela est pertinent, mises en œuvre par les institutions qui disposent des leviers nécessaires.
Certains pourraient considérer ce document comme un manifeste de plus contre la violence. Que leur répondez-vous ?
Je comprends cette interrogation, mais nous ferons tout pour que ce ne soit pas un document supplémentaire destiné à prendre la poussière sur une étagère. D’ailleurs, nous sommes prêts à mettre nous-mêmes en œuvre certaines initiatives, avec nos moyens bénévoles. C’est déjà ce que nous faisons à travers des rencontres citoyennes et des échanges avec des spécialistes pour mieux comprendre les phénomènes de violence, déconstruire certaines idées reçues et favoriser le dialogue. Ces actions resteront modestes à l’échelle du problème, mais elles ont le mérite d’exister et nous comptons les amplifier. Un mouvement politique ne peut pas se contenter de publier des communiqués après chaque drame. Il doit aussi être force de proposition et participer activement à la recherche de solutions. Nous ne pouvons pas attendre l’arrivée d’un ministre providentiel, d’un maire providentiel ou d’un président providentiel qui réglerait seul la situation. La violence est l’affaire de tous. Chaque citoyen, chaque association, chaque institution a une part de responsabilité dans la construction des réponses. Notre ambition est simplement de contribuer à cette mobilisation collective et d’alimenter un débat qui doit déboucher sur des actions concrètes pour la Martinique.
Propos recueillis par Laurianne Nomel





