À l’occasion du Mois des fiertés, le centre commercial Le Rond-Point accueille jusqu’au 21 juin l’exposition « An ba fey », une initiative portée par l’association Kap Caraïbe, l’atelier TMDF et Le Rond-Point. Co-commissaire de l’exposition, la photographe martiniquaise Adeline Rapon propose un voyage à travers l’histoire, la mémoire et les réalités contemporaines de la communauté LGBT en Martinique.
L’ambition de cette exposition est simple : rendre visible une histoire souvent méconnue. « On a parfois l’impression que les personnes LGBT sont apparues récemment en Martinique, alors qu’elles ont toujours existé », explique Adeline Rapon. À travers archives, photographies, témoignages et documents historiques, « An ba fey » cherche à démontrer l’importance de préserver cette mémoire collective et de poursuivre un travail d’archivage encore largement insuffisant. Le parcours débute avec l’histoire de Claude et Magdeleine Carbet, deux femmes martiniquaises ayant vécu en couple entre les années 1930 et 1950. Figures intellectuelles et littéraires, elles ont notamment publié l’ouvrage « Féfé et Doudou Martiniquaises », fondé une librairie à Fort-de-France et participé à la création du premier théâtre antillais à Paris. Pour Adeline Rapon, elles constituent l’un des premiers exemples documentés d’un couple lesbien ayant vécu ouvertement son histoire d’amour en Martinique.
Des archives rares entre les années 1950 et 2000
L’exposition met également en lumière les nombreuses zones d’ombre qui subsistent dans l’histoire locale. Entre les années 1950 et le début des années 2000, les archives sont rares. Cette absence est symbolisée par un mur recouvert de feuilles, évoquant les silences, les invisibilisations et les récits encore enfouis. Les visiteurs sont invités à participer à une enquête anonyme destinée à recueillir les témoignages des personnes LGBT vivant ou ayant vécu en Martinique. Une démarche essentielle pour mieux documenter les réalités de la communauté.

Parmi les personnalités mises à l’honneur figure notamment Louis-Georges Tin, fondateur de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie célébrée chaque 17 mai. L’exposition revient également sur la création des premières associations LGBT martiniquaises et sur les mobilisations qui ont marqué les années 2000, notamment la marche du 17 mai 2012 organisée contre les violences homophobes. Fort-de-France occupe une place centrale dans ce récit. Capitale culturelle et espace de sociabilité, la ville a longtemps constitué un point de rencontre pour la communauté LGBT. Des spectacles de drag dans la rue Garnier-Pagès aux soirées organisées discrètement avant l’ère des réseaux sociaux, l’exposition retrace ces lieux et moments qui ont permis à de nombreuses personnes de se retrouver et de construire des liens.
La famille au cœur des préoccupations
La culture occupe d’ailleurs une place majeure dans le parcours. Le drag, le voguing et le ballroom sont présentés comme des espaces d’expression, de création et de résistance face aux normes de genre. Le Ziggy Ball, événement organisé depuis trois ans en Martinique, est notamment mis à l’honneur comme un lieu de rencontre et de valorisation des identités queer caribéennes. L’exposition consacre également plusieurs panneaux aux artistes contemporains qui participent à cette visibilité nouvelle. Parmi eux, l’artiste multidisciplinaire Noam Sinseau, dont les performances mêlent rires, poésie, théâtre, drag et culture martiniquaise. La chanteuse Meryl est également citée pour sa parole publique sur son identité, contribuant à offrir des modèles de représentation à la jeunesse.
Enfin, « An ba fey » aborde la question de la famille, souvent au cœur des parcours LGBT. Rejets, familles choisies, mariages pour tous ou encore parcours de procréation médicalement assistée : autant de réalités évoquées pour montrer que les personnes LGBT participent pleinement à la société martiniquaise. À travers cette exposition inédite, Adeline Rapon souhaite avant tout rappeler une évidence : la communauté LGBT fait partie intégrante de l’histoire, de la culture et du patrimoine de la Martinique.
Laurianne Nomel





