Adopté les 25 et 26 juin 2026 par l’Assemblée de Martinique, le compte administratif 2025 de la Collectivité territoriale de Martinique fait apparaître un résultat global net positif de 3,52 millions d’euros. Si ce chiffre traduit une amélioration de la gestion financière, il ne saurait être interprété comme le signe d’un retour à une aisance budgétaire. L’analyse des principaux indicateurs montre que les fragilités structurelles demeurent.
Le compte administratif, reflet de l’exécution budgétaire
Le compte administratif CA de la Collectivité territoriale de Martinique CTM retrace l’exécution réelle du budget voté. Il permet de comparer les prévisions budgétaires aux recettes et aux dépenses effectivement réalisées au cours de l’exercice.
Pour l’exercice 2025, les principaux enseignements sont clairs.
Le résultat global net s’établit à +3,52 millions d’euros, après reprise des résultats antérieurs.
Cet excédent traduit une amélioration de la situation financière, à la suite du plan d’optimisation des recettes et des dépenses engagé à partir de 2022 en réponse au déficit d’engagements non financés de 213,7 millions d’euros constaté en juillet 2021. Il est donc plus rigoureux de parler d’un plan d’optimisation que d’un « plan de redressement ».
Les dépenses de solidarité \(RSA, APA, PCH, aide sociale à l’enfance, etc\.\) demeurent le premier poste budgétaire et continuent de peser fortement sur les finances de la collectivité.
La capacité d’investissement reste contrainte par le poids des dépenses obligatoires, l’endettement élevé et la dépendance persistante aux concours financiers de l’État.
La majorité met en avant les efforts de maîtrise des dépenses, tandis que l’opposition estime que l’excédent demeure fragile et ne traduit pas encore un retour durable à l’équilibre.
Un excédent à interpréter avec prudence
L’excédent de 3,52 millions d’euros doit être analysé avec précaution. Il correspond à un résultat consolidé qui masque une situation financière encore tendue, notamment pour le budget principal.
Plusieurs indicateurs illustrent cette fragilité :
Un taux d’épargne brute d’environ 3,9 %, inférieur au seuil généralement considéré comme satisfaisant pour une collectivité.
Un encours de dette proche de 1,012 milliard d’euros.
Une capacité de désendettement de 23,7 années, révélatrice de marges de manœuvre particulièrement limitées.
Une trésorerie fortement réduite, passée d’environ 101,6 millions d’euros à 26,3 millions d’euros, ce qui explique les tensions de paiement rencontrées par la collectivité.
Des contraintes structurelles toujours présentes
Ces indicateurs montrent que la CTM demeure confrontée à plusieurs contraintes de fond : une forte dépendance aux dotations et compensations de l’État, des dépenses sociales soutenues par le vieillissement de la population, une démographie en recul qui affecte certaines recettes, ainsi que des besoins d’investissement importants dans les infrastructures, les collèges, les routes et les transports.
Un équilibre retrouvé, mais non une aisance financière
Le compte administratif 2025 marque incontestablement une amélioration de la gestion financière de la Collectivité territoriale de Martinique. Il traduit un retour à un équilibre plus solide, sans pour autant signifier une situation d’aisance budgétaire.
L’excédent constitue davantage le résultat d’une gestion rigoureuse et d’un effort d’optimisation que le signe d’une sortie définitive des fragilités financières de la collectivité.
Pour être rigoureux sur le plan de l’analyse financière, il convient de remplacer la notion de « plan de redressement » par celle de plan d’optimisation, de distinguer le résultat consolidé de la situation propre au budget principal et de s’appuyer sur les principaux ratios financiers pour étayer l’idée d’un équilibre retrouvé, mais encore précaire.
Gérard Dorwling-Carter





