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    Home » Filières économiques d’avenir outre-mer : le Sénat trace la feuille de route des vingt prochaines années
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    Filières économiques d’avenir outre-mer : le Sénat trace la feuille de route des vingt prochaines années

    juillet 7, 2026Aucun commentaire
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    Un « océan d’opportunités ». C’est ainsi que la délégation sénatoriale aux outre-mer qualifie le potentiel économique des territoires ultramarins dans son rapport d’information n° 850, publié en juillet 2026. Après avoir auditionné plus de 60 acteurs économiques et institutionnels, les rapporteures formulent 21 recommandations pour faire émerger de véritables filières d’avenir. Le constat de départ est sévère : les outre-mer représentent 4,18 % de la population française mais seulement 2,45 % du PIB national, et l’Agence française de développement anticipe une croissance « molle, déséquilibrée et insuffisante » à l’horizon 2050. Alors, comment passer du foisonnement d’initiatives locales à des filières structurées, créatrices d’emplois ? Quels leviers l’État est-il prêt à actionner, lui dont le président de la FEDOM, Hervé Mariton, souligne qu’il n’a « pas aujourd’hui de politique industrielle pour les outre-mer » ? Et quelle place la Martinique et les Antilles peuvent-elles prendre dans cette recomposition annoncée ?

    Des filières historiques à bout de souffle

    Le rapport dresse d’abord l’état des lieux de filières historiques en difficulté ou arrivées à maturité. La pêche, dont 98 % des navires mesurent moins de 12 mètres, est jugée « en danger » si son renouvellement n’est pas accéléré. Olivier Le Nézet, président du Comité national des pêches maritimes, a résumé l’enjeu devant la délégation : le renouvellement de la flotte « n’est plus une urgence, c’est vital », avec des navires dont la moyenne d’âge atteint 60 ans.

    La banane, incontournable en Martinique et en Guadeloupe, domine une agriculture peu diversifiée mais ne soutient plus ni la croissance ni l’emploi, fragilisée par les maladies fongiques, les coûts de production et la concurrence internationale. La canne à sucre a vu sa production chuter entre 2010 et 2024, passant de 1 877 197 à 1 137 720 tonnes à La Réunion et de 738 100 à 410 146 tonnes en Guadeloupe. Le nickel calédonien, déficitaire depuis plusieurs années, et l’ylang-ylang mahorais complètent ce tableau. Pour ces filières, la délégation préconise une réorientation vers des produits mieux valorisés (labels, transformation, gammes premium) et l’innovation à partir des sous-produits : production d’électricité, compost, cosmétiques.

    Produire local : nourrir, loger, alimenter en énergie

    Le deuxième axe du rapport porte sur l’autonomie des territoires. Les filières agricoles doivent se diversifier (fruits et légumes, viande, œufs) et la transformation agroalimentaire sur place se développer : selon l’ODEADOM, les industries agroalimentaires les plus dynamiques pourraient créer 300 à 600 équivalents temps plein dans les DROM à l’horizon 2030. La souveraineté énergétique passerait par les énergies renouvelables à fort potentiel local, comme la climatisation par eau de mer profonde, la géothermie ou la valorisation de la biomasse.

    Le rapport insiste également sur les biomatériaux de construction, résilients face au climat tropical mais inadaptés aux normes européennes conçues pour le bâti continental. La filière bambou à Mayotte, dont 80 % de la valeur reste injectée dans l’économie locale, est citée en exemple, de même que les perspectives d’une filière brique à Mayotte et en Guyane. Le recyclage des déchets, valorisables en combustibles solides de récupération, est présenté comme un vecteur d’autonomie supplémentaire.

    Exporter et miser sur l’économie de l’intelligence

    Plusieurs filières présentent un fort potentiel à l’export, en s’appuyant sur l’« image France » dans les bassins régionaux : aquaculture (perles de Tahiti, cosmétiques à base d’holothuries brevetés), cosmétique et valorisation de la pharmacopée locale, artisanat traditionnel structuré par des « marques ombrelle », tourisme durable et industries créatives et culturelles. Les minerais critiques, dont la cartographie est en cours d’actualisation par le BRGM, contribueraient à sécuriser les approvisionnements stratégiques de la France et de l’Union européenne.

    Le rapport consacre enfin un développement à l’« économie de l’intelligence ». La souveraineté numérique des territoires suppose une connectivité renforcée par les câbles sous-marins et des bases de relais spatiaux. Dans le Pacifique, le projet Humboldt porté par Google pourrait augmenter la production économique de la Polynésie française de 493 millions de dollars cumulés sur cinq ans. Dans le bassin Atlantique, un câble reliant l’Hexagone à Saint-Pierre-et-Miquelon, passant par les Antilles avant de rejoindre la Guyane, créerait une boucle souveraine connectée au câble hispano-portugais Hella Link. L’agritech et la bluetech ultramarines, déjà exportatrices pour certaines solutions, complètent ce panorama.

    21 recommandations pour une politique industrielle ultramarine

    Pour créer « le terreau favorable » à la croissance de ces filières, la délégation articule sa stratégie autour de quatre chantiers. Le premier consiste à sécuriser un socle souverain : ports et aéroports reconnus comme infrastructures de souveraineté économique avec une programmation pluriannuelle d’investissement par bassin, plan ultramarin de souveraineté numérique, infrastructures énergétiques décarbonées. Le rapport propose aussi d’étudier la création d’un établissement financier public dédié aux entreprises ultramarines, regroupant les activités du groupe Caisse des dépôts, de l’AFD et les financements de France 2030.

    Le deuxième chantier vise à adapter et protéger les marchés locaux. Les rapporteures ont identifié au moins sept normes bloquantes à adapter rapidement, du principe européen d’équilibre des flottes de pêche au MACF, dans le cadre du futur « omnibus RUP ». Quatre instruments de protection sont mis en avant : l’octroi de mer, dont le différentiel serait piloté finement par filières, le Bouclier Qualité Prix intégrant systématiquement des produits locaux, la commande publique avec l’étude d’une préférence ultramarine dans les marchés publics, et la politique commerciale valorisant la marque « outre-mer » à l’export.

    Troisième chantier : financer des filières « en soif de capitaux ». Le rapport recommande de réorienter les outils de défiscalisation vers les secteurs prioritaires définis avec chaque territoire, de créer un fonds d’investissement pan-ultramarin pour les entreprises innovantes en phase d’amorçage et d’accélération, de faire du Poséi et du Feader des outils d’incitation à l’organisation en filières et de capter les financements des programmes horizontaux européens.

    Le dernier chantier associe innovation et formation : recherche orientée pour les outre-mer avec une enveloppe territorialisée de l’Agence nationale de la recherche, inscription systématique à la pharmacopée des plantes endémiques terrestres et marines, gestion prévisionnelle des emplois et des compétences territoriale, et expérimentation d’un « Compagnonnage ultramarin » labellisant des « Maîtres de transmission » locaux. La formation professionnelle est présentée comme « le maillon manquant » entre le potentiel économique des territoires et sa concrétisation en emplois locaux.

    Les principales mesures du rapport sénatorial

    Dix recommandations phares parmi les 21 adoptées par la délégation sénatoriale aux outre-mer (rapport d’information n° 850, juillet 2026)

    DomaineMesureRec.
    InfrastructuresReconnaître les ports et aéroports ultramarins comme infrastructures de souveraineté économique et établir dans chaque bassin une programmation pluriannuelle d’investissement associant l’État, les collectivités et les acteurs économiquesn° 1
    NumériqueLancer un plan ultramarin de souveraineté numérique : diversification des routes de câbles sous-marins, bases de maintenance, capacités de détection sur les câbles, pôles locaux d’hébergement, de cybersécurité et de formation, infrastructures spatiales de relaisn° 2
    FinancementÉtudier la création d’un établissement financier public dédié aux entreprises outre-mer, regroupant les activités du groupe Caisse des dépôts, de l’AFD, d’autres agences de l’État et les financements de France 2030n° 4
    Normes européennesDans le cadre du futur « omnibus RUP », adapter les normes européennes concernant la pêche, le recyclage des déchets, la responsabilité élargie du producteur (REP) et le MACFn° 7
    Consommation localeIntégrer systématiquement des produits locaux dans le Bouclier Qualité Prix (BQP) pour promouvoir les circuits courtsn° 10
    FiscalitéRéorienter et bonifier les instruments d’aide fiscale à l’investissement vers les filières économiques d’avenir, définies de manière différenciée et en concertation avec chaque territoiren° 12
    InvestissementCréer un fonds d’investissement pan-ultramarin pour les entreprises innovantes en phase d’amorçage et d’accélérationn° 13
    RechercheOrienter davantage la recherche en outre-mer pour les outre-mer : liens renforcés entre instituts nationaux et locaux, révision des CPOM, enveloppe territorialisée dédiée de l’Agence nationale de la recherchen° 16
    PharmacopéeSystématiser l’inscription à la pharmacopée des plantes endémiques terrestres et marines des outre-mer et protéger les savoir-faire traditionnels de la contrefaçonn° 17
    FormationExpérimenter un « Compagnonnage ultramarin » : labelliser des « Maîtres de transmission » locaux et financer des parcours de tutorat direct en entreprise ou sur des chantiers écoles traditionnelsn° 21

    Source : Sénat, délégation aux outre-mer, « Les filières économiques d’avenir outre-mer : un océan d’opportunités », L’Essentiel sur le rapport d’information n° 850, juillet 2026.

    Le rapport a été conduit sous la présidence de Micheline Jacques (Saint-Barthélemy), avec pour rapporteures Annick Girardin (Saint-Pierre-et-Miquelon), Vivette Lopez (Gard) et Marie-Laure Phinera-Horth (Guyane). Reste désormais à savoir si l’État transformera ce « réflexe outre-mer » réclamé par les acteurs économiques en engagements budgétaires et normatifs concrets.


    TÉLÉCHARGEZ ICI LE RAPPORT


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