Ombrières photovoltaïques sur les parkings, batterie de stockage, algorithmes d’optimisation et, à l’horizon 2030, des panneaux flottants en mer : le Grand Port de la Martinique a engagé sa transition énergétique avec méthode et ambition. Kelli Mamadou, chef du service développement durable et innovation, détaille un projet à 10,8 millions d’euros qui vise l’autonomie totale du terminal.
Sur le parking nord de la Pointe des Grives, les ombrières ne servent pas seulement à protéger les véhicules du soleil martiniquais. Elles produisent de l’électricité. Deux parkings ont été équipés de ces structures photovoltaïques, pour une capacité totale de production de 1 200 kW. Résultat : 46 % des besoins énergétiques du terminal portuaire sont désormais couverts par une énergie produite sur place. « L’objectif à terme, c’est d’arriver à 100 % », explique Kelli Mamadou, chef du service développement durable et innovation au Grand Port de la Martinique.
Pour franchir ce cap, le port mise sur une installation ambitieuse : des panneaux solaires flottants, situés en mer, à moins de 100 mètres des côtes, face au terminal. Le système envisagé produirait entre 2 et 2,5 MW supplémentaires. De quoi couvrir la totalité des besoins du terminal. « On est plutôt optimiste », assure Kelli Mamadou, qui précise que des plongées ont déjà été réalisées sur la zone.
Des études d’impact environnemental restent à conduire, mais le calendrier est fixé : une installation à l’horizon 2030. Une technologie encore rare en milieu maritime, plus courante sur des lacs ou des barrages, mais que la configuration de la baie, bien protégée de la houle cyclonique, rend envisageable.
Un système intelligent, pas seulement solaire
Ce qui distingue ce projet d’une simple installation de panneaux, c’est son architecture globale. Le port a mis en place ce qu’il appelle un « smart grid » : un réseau électrique intelligent qui connecte la production photovoltaïque, une batterie de stockage de 2,6 MWh, un groupe électrogène et le réseau EDF. L’ensemble est piloté par des algorithmes d’apprentissage et d’optimisation qui anticipent, sur des pas de temps de dix minutes, à la fois la production solaire, en fonction des prévisions météo satellitaires, et la consommation du port, en fonction des escales de navires, des chargements de conteneurs frigorifiques, des exports de bananes.
« On n’est pas sur de l’automatisme. On est sur des réseaux qui doivent continuellement s’adapter aux consommateurs et aux producteurs », résume Kelli Mamadou. Concrètement, la batterie charge l’énergie produite en journée pour la restituer le soir si l’activité se prolonge. Et en cas de coupure prolongée du réseau, après un cyclone, par exemple, le trio panneaux solaires, batterie et groupe électrogène permet de tenir environ quinze jours en autonomie. La résilience est au cœur du projet, autant que la décarbonation.
Un investissement rentable
Le projet a coûté 10,8 millions d’euros, financés en partie par le plan France Relance — 5 millions d’euros de l’État — et 1 million via les fonds FEDER de la CTM. Le reste a été assumé par le Grand Port. Un investissement conséquent, mais qui se justifie économiquement : la facture annuelle d’électricité du port s’élève à 1 million d’euros. Avec 46 % de production autonome, c’est près de la moitié qui s’évapore de la facture. « C’est un investissement rentable parce qu’il nous permet d’éviter d’acheter de l’électricité auprès d’EDF », confirme Kelli Mamadou. Le port revend par ailleurs une partie de cette énergie à ses propres usagers, générant des recettes complémentaires.

Le projet a démarré en 2019, avec une accélération inattendue grâce au Covid. « La crise a été un accélérateur. Elle a provoqué une prise de conscience sur le changement climatique et la nécessité de s’adapter. »
Un modèle reproductible
Au-delà de ses propres murs, le Grand Port entend démontrer quelque chose. « Ce qu’on est capable de faire ici sur une zone industrielle, c’est des choses qu’on peut reproduire ailleurs », estime Kelli Mamadou. Les activités industrielles se concentrent en journée, exactement quand la production solaire est à son pic. Le match est naturel. Le port de la Martinique veut en faire la preuve et peut-être inspirer d’autres zones industrielles du territoire à emprunter le même chemin. « Les ports de demain seront des gestionnaires de flux logistiques, mais aussi de flux énergétiques. C’est cette convergence qui fera les ports de demain. »
Laurianne Nomel





