Il est des classements qui ne racontent qu’une partie de la course. Hier, vendredi 31 juillet, au terme de la sixième étape du Tour de Martinique des Yoles Rondes 2026, Mr Bricolage a terminé à la quinzième place, à 1 h 09 min 08 s du vainqueur, UFR, Chanflor. Mais derrière ce résultat se cache une histoire de courage, de solidarité et de persévérance. Pour l’équipage robertin, la première victoire de la journée a tout simplement été de pouvoir prendre le départ.

Un départ longtemps incertain
Dès le matin, la situation était préoccupante. L’équipe ne disposait que de quatorze coursiers et d’aucun remplaçant. Une configuration qui faisait planer le doute sur sa capacité à rejoindre la flottille.
« Ce matin, c’était difficile parce qu’on avait quatorze coursiers et aucun remplaçant. Je n’étais pas sûr que nous puissions repartir. La Fédération elle-même n’était pas certaine de nous autoriser à rejoindre la flottille »,
explique Ismaël Cellamen, patron de la yole Mr Bricolage.

Face à cette incertitude, le jeune patron a néanmoins pris ses responsabilités.
« J’ai décidé de faire le choix de partir. Nous avons mis 32 mètres carrés de voile et, au final, nous avons fait la course. C’est extraordinaire…nous étions fatigués mais fiers ! »
Un choix prudent, alors que les prétendants à la victoire avaient opté pour des voilures beaucoup plus importantes. UFR, Chanflor s’était notamment élancée avec 70 mètres carrés, tandis que Cottrell, Leader Mat avait choisi 50 mètres carrés. Pour Mr Bricolage, l’objectif n’était pas de jouer la tête de course, mais de préserver l’équipage et de rallier l’arrivée.
Une étape particulièrement exigeante
La sixième étape devait initialement conduire les yoles autour du Rocher du Diamant. À l’approche de deux ondes tropicales, les organisateurs ont finalement retenu un parcours alternatif. Les équipages ont notamment dû affronter une longue descente en vent arrière, particulièrement délicate pour les yoles rondes, avant de tirer plusieurs bords pour rejoindre l’arrivée.
La yole Mr Bricolage n’a pas été épargnée. Après un début de course encourageant et un passage maîtrisé à la première bouée, la yole a embarqué de l’eau à plusieurs reprises.
« À la première bouée, cela s’est bien passé. Ensuite, nous avons repris de l’eau une première fois, puis une deuxième fois. Il a fallu remobiliser les troupes et dire aux gars : allons-y, il faut terminer »
À mesure que la fatigue s’installait, le défi devenait autant mental que physique. Autour d’eux, d’autres équipages connaissaient également des incidents. GFA Caraïbes, L’Univers du Pneu a notamment coulé au niveau de l’îlet à Ramiers, tandis que Rosette, L’Appaloosa a été victime d’une nouvelle avarie à l’approche de Petite Anse. Mais à bord de Mr Bricolage, personne n’a voulu renoncer.
« Le mot d’ordre, c’est de rentrer »
À bord, la stratégie était simple. Il fallait rester solidaire, garder la yole sous contrôle et avancer jusqu’à la ligne.
« Il fallait les motiver à 100 %. Leur dire que ce n’était pas grave, que nous n’avions pas de remplaçant, mais qu’il fallait tenir. Le mot d’ordre, c’est de rentrer, de bien rentrer avec ce que nous avons. »
Cette détermination a finalement permis à l’équipage de terminer l’étape. Une dernière place, certes, mais aussi une arrivée vécue comme une récompense après les incertitudes du matin, les embarquements d’eau, la fatigue et les difficultés de navigation.
« Nous sommes peut-être derniers au classement, mais nous avons la fierté d’être là et de vouloir boucler ce 40e Tour. »
Dans une compétition où les regards se concentrent naturellement sur le maillot rouge et les victoires d’étape, la performance de Mr Bricolage rappelle qu’un Tour des Yoles se construit aussi loin du podium. Terminer une étape exigeante, sans remplaçant et avec un équipage encore en apprentissage, constitue déjà un accomplissement.
Un nouvel équipage en construction
Le projet actuel n’a véritablement débuté qu’en novembre. Ismaël Cellamen vit sa première année comme patron et plusieurs membres de son équipage découvrent eux aussi les exigences du Tour.
« C’est entre jeunes et anciens, mais pour beaucoup, c’est leur première année. Le but, c’est de boucler le Tour, de ne pas abandonner. C’est le plus important pour nous. »
Cette association entre les générations s’inscrit dans l’histoire de Las Palmas, association du Robert qui utilise depuis plusieurs décennies la yole comme support de formation, de transmission et d’intégration. La section réunit des jeunes et des marins plus expérimentés autour de la construction, de l’entretien et de la navigation de la yole.
Mr Bricolage accompagne Las Palmas depuis plus de vingt ans. L’enseigne, Mr Bricolage, exploitée en Martinique par GBH, a choisi de soutenir ce projet pour les valeurs qu’il porte : le sérieux, le courage, la persévérance, l’esprit d’équipe et la transmission entre générations. La présence du RSMA aux côtés de l’équipage renforce encore cette dimension éducative et humaine.
Des partenaires présents jusqu’au bout
Sur le départ comme à l’arrivée, plusieurs représentants de Mr Bricolage, de GBH et du RSMA étaient présents pour encourager les coursiers. Damien de Longueville, directeur de l’enseigne Mr Bricolage, Stéphane Hayot, PDG de GBH et le commandant du RSMA, ont notamment tenu à féliciter l’équipage après la course.
Un soutien important pour un équipage qui ne s’attendait pas, dès cette première année, à rivaliser avec les formations les plus expérimentées.
« Ils sont venus nous voir, nous féliciter et nous encourager. Le groupe qui constitue une bonne partie de l’équipage a commencé en novembre. Ils n’attendent pas de résultats particuliers de nous cette année parce que c’est un nouveau projet et que c’est ma première année en tant que patron. »
Le classement passe ainsi au second plan. L’enjeu est de construire une équipe, d’acquérir de l’expérience et de préparer l’avenir.
La fierté d’aller au bout
Il restait, après cette arrivée aux Anses-d’Arlet, deux journées pour achever le 40e Tour. À ses équipiers, Ismaël Cellamen ne demandait qu’une chose : continuer à tenir.
« Pour demain, le message est de tenir. Il reste deux jours. Nous allons le faire et surtout prouver que nous pouvons boucler ce Tour. Même si nous sommes loin au classement général, il y aura la fierté, pour certains, d’avoir réalisé leur premier Tour et, pour nous tous, d’avoir terminé cette 40e édition. »
Mr Bricolage n’a pas remporté l’étape. Elle n’a pas décroché de maillot. Mais elle a démontré qu’une yole peut aussi faire honneur à ses couleurs en refusant d’abandonner.
Sur la mer comme dans la vie, il ne suffit pas toujours d’être le plus rapide. Il faut parfois savoir rester ensemble, relever la tête après chaque difficulté et continuer jusqu’au bout.
…Et hier, entre Fort-de-France et les Anses-d’Arlet, l’équipage Mr Bricolage, GBH, RSMA en a apporté une belle illustration.
Philippe Pied & Roland Dorival






