Fermer le menu
ANTILLA MARTINIQUE | Avec vous depuis 1981

    Abonnez-vous

    Recevez les dernières actualités créatives de ANTILLA concernant l'art, le design et les affaires

    Les tendances du moment

    Sécheresse : quand les filières agricoles se serrent les coudes face à l’urgence

    août 13, 2026

    André Prosper : « Aujourd’hui, nous sommes dans la sauvegarde de l’élevage bovin martiniquais »

    août 13, 2026

    Sécheresse : quand la banane vient au secours des éleveurs martiniquais

    août 13, 2026
    Facebook X (Twitter) Instagram
    ANTILLA MARTINIQUE | Avec vous depuis 1981ANTILLA MARTINIQUE | Avec vous depuis 1981
    • Rubriques
      • Édito de Henri PIED
      • Ecologie / Environnement
      • Art/Culture
      • Caraïbe
      • Entreprises
      • Le Regard de Gdc
      • Patrimoine
      • Politics
      • Santé
      • Sports
      • Tribunes
    • Nos dossiers
      • Grandes figures
        • Édouard Glissant
        • Aimé Césaire
        • Frantz Fanon
        • Pierre Aliker
        • Camille Darsières
        • Alfred Marie-Jeanne
        • Patrick Chamoiseau
        • Raphaël Confiant
        • Serge Letchimy
      • Grands enjeux
        • Sargasses
        • Rhum
        • Vie chère
        • La presse en Martinique
      • Portrait ou enquête
    • À propos
      • Qui sommes-nous ?
      • Kit média
    • Contact
    • Changer la langue en English
    annonces
    ABONNEMENT
    ANTILLA MARTINIQUE | Avec vous depuis 1981
    Home » ÉCONOMIE/FISCALITÉ. Cyril Comte : « Il faut supprimer l’octroi de mer, pas la ressource des collectivités… »
    Actualité

    ÉCONOMIE/FISCALITÉ. Cyril Comte : « Il faut supprimer l’octroi de mer, pas la ressource des collectivités… »

    août 10, 2026Mise à jouraoût 10, 2026Aucun commentaire
    Facebook LinkedIn WhatsApp

    Président du groupe Citadelle, ancien président du Medef Martinique et co-organisateur du colloque Martinique 2050 au Palais du Luxembourg, Cyril Comte porte un regard sévère sur le modèle économique martiniquais et sur l’octroi de mer. Selon lui, cet impôt ne renchérit pas seulement les produits importés. Il pèse également sur les équipements, les stocks, les intrants et, plus largement, sur la capacité des entreprises à investir et à créer de nouvelles activités.

    Il propose de remplacer l’octroi de mer par une taxe locale sur la consommation, appliquée au moment de la vente et étendue aux biens comme aux services. Une transformation qui, insiste-t-il, ne devrait pas réduire les ressources des communes et de la Collectivité territoriale de Martinique. Elle devrait également s’accompagner d’une nouvelle politique de soutien à la production locale, fondée davantage sur la réduction des coûts que sur le renchérissement des produits importés.

    Au-delà de la fiscalité, Cyril Comte appelle à regarder lucidement les contraintes du territoire, à mieux identifier ses avantages économiques et à organiser un véritable débat entre élus, entreprises, État et population.

    « Il faut supprimer l’octroi de mer, mais pas la ressource. Il est possible de financer les collectivités autrement, avec une fiscalité plus transparente et moins pénalisante pour l’investissement. »

    Antilla : Le colloque Martinique 2050 a été consacré à l’économie, à l’emploi local et à la fidélisation des talents. Quel diagnostic portez-vous aujourd’hui sur la situation martiniquaise ?

    Cyril Comte : En tant que chef d’entreprise, j’essaie toujours de construire des projets cohérents avec la réalité. Lorsqu’un projet ne correspond pas à la réalité, qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’un territoire, il finit généralement par échouer.

    La réalité martiniquaise n’est pas très réjouissante. Cela ne signifie pas que nous n’avons pas d’atouts. Nous avons la chance de compter des entrepreneurs, des femmes et des hommes de grande qualité, qui continuent d’entreprendre malgré un marché qui ne se développe plus et malgré des difficultés nombreuses.

    Mais si nous voulons redresser les courbes et conjurer les dangers, nous devons d’abord les regarder avec lucidité. Je ne suis pas particulièrement optimiste sur la situation actuelle, mais je sais également qu’il existe beaucoup de choses que nous pouvons améliorer.

    C’est la démarche que nous avons engagée avec l’étude réalisée dans le cadre de Martinique 2050 : partir des chiffres, des réalités démographiques, économiques et sociales, puis construire des propositions qui ne soient pas des projets rêvés, mais des solutions ancrées dans la réalité du territoire.

    Pourquoi qualifiez-vous l’octroi de mer d’impôt « indéfendable » ?

    L’octroi de mer est une vieille taxe, conservée parce qu’elle permettait historiquement de collecter facilement une ressource à l’entrée des territoires. Aujourd’hui, nous disposons d’outils fiscaux, informatiques et comptables qui permettent de faire autrement.

    Ce système est extrêmement complexe. Il repose sur des milliers de positions tarifaires et de codes douaniers, avec des taux qui peuvent différer selon les produits et selon les territoires. Même lorsqu’on connaît bien le sujet, il est très difficile de comprendre précisément ce qui est payé et de comparer la Martinique avec la Guadeloupe, la Guyane ou La Réunion.

    Cette complexité constitue également un frein au commerce en ligne. Elle rend difficile l’identification du montant exact des taxes avant la livraison, multiplie les risques d’erreurs de classement douanier et peut créer des différences de traitement entre les opérateurs. Elle pénalise particulièrement les petites entreprises et les nouveaux entrants, qui disposent de moins de moyens pour gérer ces procédures.

    Cette opacité pose aussi un problème démocratique. Un citoyen doit pouvoir comprendre combien il paie, pourquoi il le paie et quelle collectivité a décidé du niveau de prélèvement. Lorsque les choix publics sont opaques, l’électeur ne peut pas comparer les politiques ni juger leur efficacité.

    Il existe également des différences de taxation qui provoquent des comportements économiquement absurdes. Certains produits peuvent être importés dans un territoire où l’octroi de mer est moins élevé, puis être acheminés vers un autre territoire. On ajoute alors du transport, des formalités et des coûts simplement pour contourner une différence fiscale. À la fin, c’est toujours le consommateur qui paie.

    Le remplacement de l’octroi de mer permettrait aussi de réduire une partie des formalités douanières liées aux échanges avec l’Union européenne. Les moyens ainsi dégagés pourraient être davantage consacrés au contrôle des importations provenant de pays tiers, à la fraude et aux trafics illicites.

    Vous estimez que l’octroi de mer ne renchérit pas seulement les produits vendus dans les commerces. Comment agit-il sur l’investissement ?

    L’octroi de mer s’applique aux marchandises importées, mais aussi aux équipements, aux machines, aux pièces détachées, aux intrants nécessaires à la production et aux stocks constitués par les entreprises.

    Or les entreprises ultramarines ont besoin de conserver des stocks plus importants qu’ailleurs en raison de l’éloignement, des délais d’acheminement et des risques de rupture. Elles doivent donc immobiliser davantage de capitaux, auxquels s’ajoute l’octroi de mer.

    Prenons l’exemple d’une pièce de rechange. Elle est importée et taxée. Mais elle peut ne jamais être vendue, parce que le besoin disparaît, parce que le modèle devient obsolète ou parce que l’entreprise s’est trompée dans ses prévisions. Théoriquement, une procédure de remboursement existe. Dans la pratique, elle est extrêmement difficile à mettre en œuvre. L’entreprise a donc payé une taxe sur une marchandise qui n’a généré aucune vente.

    Au-delà du coût directement payé, l’octroi de mer augmente le besoin en fonds de roulement des entreprises. Pour constituer un stock, une entreprise doit financer à la fois la marchandise, son transport et la fiscalité acquittée avant toute vente. Dans les secteurs où les stocks et les équipements sont importants, cela constitue une véritable barrière à l’entrée pour de nouveaux acteurs et peut limiter la concurrence.

    Ces investissements et ces stocks plus coûteux augmentent les capitaux engagés. Or une entreprise exerçant sur un marché étroit et risqué doit obtenir un rendement correspondant aux capitaux qu’elle mobilise. Plus la base d’investissement est élevée, plus le besoin de rentabilité est important. Cela se retrouve nécessairement dans le modèle économique et dans les prix.

    Le remplacement de l’octroi de mer par une taxe prélevée au moment de la consommation permettrait, selon moi, de réduire immédiatement le coût d’une partie des investissements et des stocks.

    « L’octroi de mer taxe les équipements, les machines et les stocks avant même qu’ils aient permis de produire ou de vendre quoi que ce soit. »

    Vous ne demandez donc pas la disparition des recettes fiscales des collectivités ?

    Absolument pas. C’est l’une des principales confusions dans ce débat.

    Personne ne dit qu’il faut supprimer la ressource dont disposent les communes et la Collectivité territoriale de Martinique. Il faut remplacer le mécanisme de l’octroi de mer par une autre ressource fiscale, affectée aux mêmes collectivités et assurant un niveau de recettes comparable.

    La crainte des élus est compréhensible. Les collectivités ont besoin de recettes stables et elles se méfient d’une réforme qui pourrait les rendre davantage dépendantes de l’État. Mais cette crainte ne doit pas empêcher de réfléchir à un meilleur système.

    Aujourd’hui, avec la facturation électronique et les moyens dont dispose l’administration fiscale, il est parfaitement possible de collecter une taxe au moment de la consommation. Nous ne sommes plus dans une situation où la seule manière de prélever une ressource consiste à taxer les marchandises à l’entrée du territoire.

    Comment fonctionnerait cette taxe locale à la consommation ?

    Elle pourrait reposer sur deux ou trois niveaux de taux, comme il existe plusieurs taux de TVA. La fiscalité serait beaucoup plus lisible. Le consommateur saurait ce qu’il paie et pourrait comparer les choix effectués en Martinique avec ceux des autres territoires.

    Cette taxe locale ne serait pas la TVA nationale. Elle viendrait compléter celle-ci et son niveau pourrait être déterminé localement. Une collectivité pourrait décider d’un taux, une autre d’un taux différent, mais ces choix seraient clairement identifiables par la population.

    Le projet étudié en 2023 prévoyait que cette taxe soit collectée par les directions régionales des finances publiques, et non plus par les services douaniers lors de l’entrée des marchandises sur le territoire. Son produit devait être affecté aux collectivités locales pour un montant équivalent à la collecte actuelle de l’octroi de mer. Il ne s’agissait donc pas de réduire les ressources des communes ou de la CTM, mais de modifier le mode de prélèvement.

    La différence fondamentale est que la taxe serait prélevée au moment de la consommation finale. Elle ne pèserait donc plus de la même manière sur les investissements, les équipements, les stocks invendus ou les produits qui doivent finalement être détruits.

    Le principe a déjà été étudié par l’administration. Il ne sort pas de mon imagination. En revanche, le calcul précis des taux, de l’assiette et du rendement doit être réalisé sérieusement. Il faut garantir les recettes des collectivités et mesurer les conséquences pour chaque catégorie de biens et de services.


    La réforme de 2023, une base approuvée mais jugée incomplète par Cyril Comte

    Une piste de réforme issue du Comité interministériel des Outre-mer de 2023 prévoyait de remplacer l’octroi de mer par une taxe locale sur la consommation. Celle-ci aurait été collectée par les directions régionales des finances publiques et affectée aux collectivités locales pour un montant équivalent aux recettes actuelles.

    Cette architecture correspond largement à la solution défendue par Cyril Comte : préserver la ressource des collectivités, mais changer son mode de collecte afin de moins pénaliser les investissements, les stocks et les équipements.

    Cyril Comte émet toutefois une réserve importante. Le projet de 2023 maintenait un différentiel d’octroi de mer destiné à protéger certaines productions locales. Il estime, pour sa part, qu’il faudrait également organiser la sortie progressive de cette protection, en la remplaçant par des réductions de charges, des aides ciblées à l’investissement et un soutien à la productivité.

    La réforme défendue par Cyril Comte est donc plus large que celle envisagée en 2023. Elle ne porte pas seulement sur le remplacement d’un impôt, mais sur une transformation de la politique de soutien à la production locale.


    Cette taxe devrait-elle également s’appliquer aux services ?

    Oui. Aujourd’hui, l’octroi de mer repose principalement sur les marchandises. Les services ne participent pas de la même manière à cette fiscalité locale.

    Cela crée une forme de déséquilibre. Les ménages les plus modestes consacrent une part importante de leur budget aux biens essentiels, notamment à l’alimentation et aux produits de consommation courante. Ils consomment proportionnellement moins de services personnels ou spécialisés.

    Le système actuel conduit donc les produits achetés par l’ensemble de la population à supporter une fiscalité dont une partie pourrait être répartie sur une assiette plus large.

    Une taxe locale à la consommation appliquée aux biens et aux services permettrait d’élargir cette assiette. Cela ne signifie pas que tous les services devraient être taxés de la même manière. Il faudrait nécessairement définir plusieurs taux et protéger certaines dépenses essentielles. Mais le principe serait que chacun contribue au moment où la consommation a réellement lieu.

    Le remplacement de l’octroi de mer garantirait-il une baisse des prix ?

    Il faut être précis. La réforme ne ferait pas baisser uniformément tous les prix.

    Selon les études auxquelles je me réfère, l’effet pourrait atteindre environ 4 % sur certains produits alimentaires ou de grande consommation. Quatre pour cent, ce n’est pas négligeable. C’est même très important pour des ménages dont le pouvoir d’achat est contraint.

    En contrepartie, certains services qui contribuent peu aujourd’hui pourraient être davantage taxés. Il s’agirait donc aussi d’une répartition différente de la fiscalité.

    Mais une réforme de cette ampleur doit évidemment faire l’objet d’une étude d’impact sérieuse. Il faut mesurer ses effets sur les prix, sur les entreprises, sur les collectivités et sur les différentes catégories de ménages.

    Il faut également distinguer la baisse d’un coût fiscal et sa répercussion finale. Les prix sont formés à partir de plusieurs éléments : le prix d’achat, le transport, les stocks, les coûts financiers, les investissements, les charges et les marges. Réformer l’octroi de mer permettrait d’agir sur une partie importante du prix de revient, mais cela ne résoudrait pas à lui seul toutes les causes de la vie chère.


    Octroi de mer : le désaccord avec Mireille Pierre-Louis

    Dans sa contribution publiée par Antilla, Mireille Pierre-Louis met en garde contre un « populisme autophage » qui consisterait à présenter l’octroi de mer comme la cause centrale de la vie chère, au risque de fragiliser les finances des collectivités et la production locale.

    Cyril Comte conteste cette analyse sur trois points.

    La ressource et l’impôt ne doivent pas être confondus. Il ne propose pas de priver les communes et la CTM de leurs recettes, mais de remplacer l’octroi de mer par une taxe locale sur la consommation assurant un rendement comparable.

    La protection de la production locale ne peut pas reposer uniquement sur le renchérissement des importations. Selon lui, cette méthode fait supporter au consommateur le coût de certaines productions locales sans résoudre leurs difficultés structurelles.

    La dépense publique ne peut pas justifier à elle seule le maintien d’un impôt jugé inefficace. Cyril Comte considère que les collectivités doivent démontrer l’utilité de leurs dépenses et rechercher le mode de financement le moins pénalisant pour le pouvoir d’achat et l’activité économique.

    Un point demeure néanmoins central : toute réforme devra apporter des garanties vérifiables sur la stabilité des recettes publiques, la protection des emplois et la répercussion effective des économies fiscales dans les prix. Le désaccord ne porte donc pas seulement sur le maintien ou la suppression de l’octroi de mer. Il porte sur la manière de financer les collectivités et de soutenir l’économie locale sans aggraver la vie chère.


    Vous remettez également en cause le différentiel d’octroi de mer qui protège certaines productions locales. Êtes-vous opposé à la production martiniquaise ?

    Pas du tout. Je dis qu’il faut soutenir ce qui peut et doit être produit en Martinique, mais qu’il faut le faire efficacement.

    Le différentiel d’octroi de mer protège souvent les mêmes productions depuis des décennies. Le système laisse peu de place aux nouvelles initiatives, car l’accès aux exonérations et aux protections est extrêmement complexe. Lorsqu’une activité ne figure pas dans les dispositifs existants, il est très difficile de la faire reconnaître.

    Nous avons construit une économie fondée sur la recherche d’aides, d’exonérations et de traitements particuliers. Ce système peut fonctionner pour certains acteurs déjà installés, mais il est peu dynamique pour les nouveaux projets.

    Nous devons aussi accepter de poser une question difficile : tout peut-il être produit en Martinique ? La réponse est non. Nous n’aurions pas l’idée d’y fabriquer des automobiles, car nous n’avons pas les volumes, les infrastructures ni les avantages nécessaires.

    À l’inverse, certaines activités peuvent être développées parce que nous possédons un savoir-faire, une ressource, une identité ou un avantage particulier. Il faut identifier ces secteurs et concentrer les efforts sur eux.

    Le problème du système actuel est qu’il peut maintenir certaines productions en renchérissant le produit importé, sans faire diminuer le coût réel de la production locale. À mes yeux, une véritable politique industrielle devrait faire l’inverse : réduire les coûts de ce qui doit être produit ici.

    Le projet de réforme travaillé en 2023 conservait pourtant une partie du différentiel d’octroi de mer afin de continuer à protéger certaines productions locales. C’est sur ce point que je vais plus loin que le projet gouvernemental. Je considère qu’il faut organiser progressivement la sortie de ce système de protection, en concertation avec les industriels, et le remplacer par une baisse des charges, un soutien à l’investissement et des mesures permettant d’améliorer réellement la productivité.

    “À mes yeux, une véritable politique industrielle devrait faire l’inverse : réduire les coûts de ce qui doit être produit ici. »

    Comment faudrait-il alors soutenir les entreprises locales ?

    Il faudrait que l’État, la CTM et les industriels travaillent ensemble pour identifier les productions qui ont un avenir et pour réduire concrètement leur prix de revient.

    Cela peut concerner le coût de l’énergie, le fret, les charges, les investissements, les équipements, la formation, la productivité ou encore l’accès aux marchés.

    Les aides et les appels à projets existent déjà, mais ils sont souvent trop complexes, trop lents et trop incertains. Lorsqu’une entreprise doit attendre longtemps une aide ou dépendre de décisions administratives difficiles à anticiper, elle ne peut pas construire sereinement son développement.

    Les fonds européens sont également un sujet majeur. Chaque euro mobilisé peut financer de l’investissement, du patrimoine et de l’emploi local. Mais lorsque les dispositifs sont excessivement normés ou mal programmés, les fonds ne sont pas utilisés, ou ils le sont tardivement sur des projets qui ne correspondent pas toujours aux priorités du territoire.

    La transition devrait aussi accompagner les entreprises et les salariés qui dépendent du système actuel. On ne peut pas changer brutalement les règles après avoir encouragé pendant des décennies certaines activités. Mais cet accompagnement doit conduire vers davantage de compétitivité, et non entretenir indéfiniment des coûts élevés.

    Vous refusez de faire des marges de la grande distribution la cause centrale de la vie chère. Quels sont, selon vous, les autres facteurs déterminants ?

    Le premier sujet est le prix auquel les entreprises ultramarines achètent les marchandises auprès des fournisseurs internationaux.

    Nos marchés sont petits. Les volumes commandés sont faibles par rapport à ceux des grands opérateurs nationaux. Lorsque plusieurs importateurs se partagent un marché déjà limité, chacun dispose de volumes encore plus faibles et accède plus difficilement aux meilleures remises.

    Avant même de parler du fret, de la fiscalité ou des marges, il faut donc se demander si nous achetons les produits au bon prix.

    J’avais proposé, dans le cadre des travaux sur la vie chère, une clause du client le plus favorisé. Elle permettrait de garantir qu’un importateur ultramarin ne paie pas un produit plus cher que le meilleur prix accordé par le même fournisseur à un importateur comparable dans l’Hexagone.

    Le deuxième sujet est l’ensemble du prix de revient. Pour faire baisser les prix, il faut agir sur le prix d’achat, le transport, le stockage, les investissements, les frais financiers, les charges et la fiscalité.

    Le débat public se concentre souvent sur les marges parce qu’il est plus simple de désigner quelques entreprises que d’expliquer l’ensemble de la chaîne de formation des prix. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas examiner les marges. Cela signifie qu’elles ne peuvent pas être considérées comme l’unique explication.

    « Le premier éléphant dans la pièce, c’est le prix auquel nous achetons les produits auprès des fournisseurs internationaux. »

    Les distributeurs ne seraient-ils pas les premiers bénéficiaires de la suppression de l’octroi de mer ?

    Les entreprises acquittent formellement l’octroi de mer, mais il est intégré dans leur prix de revient. Il est donc payé, au bout de la chaîne, par le consommateur.

    Un importateur qui paie davantage pour faire entrer une marchandise doit intégrer ce coût. Un industriel qui paie davantage pour une machine, un intrant ou un équipement doit également intégrer ce surcoût dans son modèle économique.

    L’entreprise ne peut pas durablement vendre à perte. Si ses coûts sont trop élevés et qu’elle ne peut pas les répercuter, elle finit par ne plus investir, par réduire son activité ou par disparaître.

    Réduire la fiscalité pesant sur les investissements et les stocks ne constitue donc pas seulement un avantage accordé aux distributeurs. C’est un moyen de réduire les capitaux nécessaires à l’activité et, par conséquent, le niveau de rentabilité indispensable pour les rémunérer.

    Cela n’interdit évidemment pas la transparence. Une réforme fiscale doit être évaluée. Dans un marché réellement concurrentiel, une baisse du prix de revient commune aux entreprises se répercute généralement assez rapidement sur les prix de vente. Si ce n’est pas le cas, il revient à l’État de vérifier qu’une situation de monopole ou une entente illégale entre acteurs ne permet pas de maintenir artificiellement des prix élevés et de dégager des marges excessives.

    Mais désigner systématiquement les importateurs ou les distributeurs comme des boucs émissaires ne permet pas de résoudre les causes structurelles de la vie chère.

    Vous critiquez également la qualité du dialogue entre les responsables économiques et politiques. Que lui reprochez-vous ?

    Le dialogue est souvent très limité et parfois factice.

    Il arrive que les organisations patronales soient invitées la veille ou l’avant-veille d’une réunion au cours de laquelle un grand projet déjà préparé leur est présenté. On leur demande d’être présentes, mais pas réellement de participer à la conception du projet. Ce n’est pas une concertation authentique.

    Le monde économique doit aussi balayer devant sa porte. Les organisations socioprofessionnelles reposent souvent sur quelques personnes très impliquées, tandis que les autres chefs d’entreprise doivent se consacrer à leurs activités quotidiennes. Nous n’avons pas toujours su organiser entre nous un débat suffisamment profond et contradictoire.

    Il existe en Martinique une culture de l’accord de façade. On considère parfois que le débat affaiblit et qu’il faudrait afficher publiquement une position commune. Mais l’unanimité apparente ne produit pas nécessairement de bonnes décisions.

    Pour trouver de bonnes solutions, il faut accepter les désaccords, confronter les chiffres et discuter ouvertement des conséquences de chaque proposition.

    « Pour trouver de bonnes solutions, il faut du débat. L’unanimité de façade ne remplace pas la confrontation des idées. »

    Est-ce précisément l’objectif de Martinique 2050 ?

    Oui. L’étude que nous avons confiée à BDO doit servir à susciter le débat à partir de diagnostics, de chiffres et de propositions concrètes.

    Tous les chiffres existent, mais l’essentiel est de savoir comment on les interprète, comment on les met en perspective et quelles décisions on en tire.

    La Martinique peut agir. Elle ne peut pas tout faire, mais elle peut améliorer la vie des Martiniquais si elle choisit ses priorités et accepte de travailler sur les sujets difficiles.

    Le premier événement organisé au Sénat devait également permettre d’aller rencontrer les élus là où ils se trouvent et de replacer la Martinique dans le débat national. Les parlementaires ont leurs propres contraintes et leurs propres priorités. S’ils ne viennent pas spontanément vers nous, nous devons aller vers eux, présenter les réalités du territoire et porter des propositions structurées.

    Martinique 2050 ne doit pas être un exercice de communication supplémentaire. Son intérêt réside dans sa capacité à organiser une discussion sérieuse sur notre démographie, notre fiscalité, nos entreprises, nos emplois et les secteurs sur lesquels nous pouvons réellement construire l’avenir.

    « La Martinique peut faire des choses. Elle ne peut pas tout faire, mais elle peut améliorer la vie des Martiniquais en choisissant lucidement ses priorités. »

    Propos recueillis par Philippe PIED

     

     

    ARTICLES SEMBLABLES

    Sécheresse : quand les filières agricoles se serrent les coudes face à l’urgence

    août 13, 2026

    André Prosper : « Aujourd’hui, nous sommes dans la sauvegarde de l’élevage bovin martiniquais »

    août 13, 2026

    Sécheresse : quand la banane vient au secours des éleveurs martiniquais

    août 13, 2026
    Ajouter un commentaire

    Les commentaires sont désactivés.

    Actualités de la Caraïbe
    Caraïbe

    Sainte-Lucie lance officiellement une allocation de 1 000 EC$ pour les nouveau-nés

    Source: St  Lucia times Par Quinn St. Juste Dans le cadre de ce programme, les mères de nouveau-nés éligibles et enregistrés recevront une allocation…

    Les délégués de l’OECO font le point sur les stratégies de gestion des sargasses suite à leur mission dans les territoires français

    août 2, 2026

    Pierre : L’émancipation est inachevée sans liberté économique.

    août 2, 2026

    Les recherches sur les requins menées aux îles Caïmans sont débattues sur la scène internationale.

    août 1, 2026

    Soufrière se classe deuxième parmi les destinations touristiques les plus heureuses au monde

    août 1, 2026
    INSCRIVEZ-VOUS À NOTRE CHAÎNE !
    Publiez vos annonces Légales

    Abonnez-vous

    Recevez les dernières actualités de Antilla Martinique.

    Merci ! Votre demande a bien été prise en compte.

    Consultez les annonces légales
    Consulter nos anciens numéros
    Nos différentes rubriques
    Archives
    © 2026 Copyright ANTILLA. Tous drois réservés. Programmé par ANTILLA.
    • CONTACT
    • MARKETING
    • MENTIONS LÉGALES
    • ANNONCES LÉGALES
    • À PROPOS D’ANTILLA

    Saisissez votre recherche ci-dessus, puis appuyez sur Entrée pour lancer la recherche. Appuyez sur Esc pour annuler.