Jeudi soir, Serge Romana, co-président du comité de pilotage du mémorial national des victimes de l’esclavage est venu présenter le projet de ce jardin mémoriel en phase de concrétisation aux acteurs du Medef.
Dans le cadre de sa tournée des présentations, Serge Romana a déposé sa casquette de médecin généticien pour enfiler celle de co-président du comité de pilotage du mémorial national des victimes de l’esclavage. Devant une vingtaine d’acteurs du Medef Martinique, il a déroulé son discours. Au sein même du jardin du Trocadéro, au pied de la tour Eiffel, s’élèvera un autre jardin. Celui dans lequel seront gravés les noms des 216 000 nouveaux libres de la Martinique, de la Réunion, de la Guyane et de la Guadeloupe.
« Ce sont des personnes qui ont vécu l’esclavage jusqu’au bout et qui ont été libérées en 1848. »
Avec cet affranchissement de masse, vient le temps de la nomination pour ceux qui n’avaient qu’un prénom au mieux ou un surnom bien souvent comme seule identité. Ils n’apparaissaient pas sur les registres d’état civil. Serge Romana explique que c’est 73 000 personnes qui ont été nommées en 1848 en Martinique. « Il faut imaginer qu’un maire devait nommer par jour 100 personnes. Et il n’avait pas le droit d’utiliser des noms qui existaient déjà. À la différence des pays anglophones, on n’a pas le nom de maîtres. Ce sont des noms qui ont été inventés. » Le co-président du comité de pilotage tient à faire la différence.
« Ce ne sont pas les noms que l’on honore, ce sont les personnes. »
Les noms des 216 000 nouveaux libres seront gravés sur des plaques de lave disposées le long d’une promenade dans le jardin mémoriel. Ils seront présentés par territoire et par ville. Ce jardin est un moyen de réminiscence. « Nous voulons que les Guadeloupéens, Réunionnais, Martiniquais, Guyanais et Saint-Martinois puissent renouer avec leurs parents puisque nous sommes coupés d’eux. Leur mémoire ne nous a pas été transmise. C’est très mauvais d’être coupé de ses ancêtres. » Ce mémorial est le fruit de trente ans de travail pour permettre à des centaines de milliers issues des territoires ultramarins d’accéder à leurs aïeux. « Un peuple ne peut pas vivre avec des sentiments aussi douloureux sur sa naissance. Il faut sortir de la douleur » Serge Romana explique que ce jardin est un pas vers l’apaisement mais non l’oubli.

Ce travail est le fruit de trente ans de recherches. « Nous avons fait un travail d’archéologie, nous avons été les chercher et on en fait des bases de données, puis un livre et enfin un mémorial national. » Ce lieu de mémoire permettra de donner une visibilité nationale voire internationale. « Cela signifie que la République française reconnaît cette histoire et honore ces personnes. »
Parmi l’audience, Catherine Rodap, présidente du Medef Martinique. « L’évidence est au rendez-vous. Les entreprises sont très engagées dans ce projet car elles sont constituées d’hommes et de femmes qui entrent dans cette démarche de convergence.
Le jardin mémoriel de 4000 m2 devrait voir le jour avant les élections présidentielles, au printemps 2027. « Il va permettre de faire peuple. Nous ne pouvons pas faire l’économie de ce rendez-vous. » Selon Serge Romana, il faut imaginer « un magnifique jardin qui sert d’écrin à nos ancêtres ». Le budget estimé s’élève à 4,8 millions d’euros pris en charge par le ministère de l’Outre mer.
Laurianne Nomel




