Aux Etats-Unis, les Noirs semblent plus touchés par le coronavirus

A Chicago, les Noirs représentent 72 % des morts du Covid-19, alors qu’ils représentent moins d’un tiers des habitants. Plusieurs explications pourraient expliquer ce phénomène.

Par L’Obs avec AFP

Dans plusieurs régions des Etats-Unis, le Covid-19 tue de façon disproportionnée la population noire, selon de multiples responsables américains qui réclament la publication de statistiques nationales afin de comprendre l’ampleur du phénomène.
Pour l’instant, les statistiques sont publiées de manière disparate, selon les Etats et les villes, et ne permettent pas de comprendre si une inégalité spécifique au Covid-19 est à l’œuvre, ou si la disproportion ne fait que refléter les inégalités socio-économiques et d’accès aux soins qui affectent historiquement les Noirs dans ce pays.

L’Etat de New York, plus gros foyer américain de l’épidémie, ne publie pas de statistiques par ce que les Américains appellent « race » et ethnicité (Noir, Blanc, Asiatique, Hispanique…), une composante qui fait habituellement partie du paysage statistique aux Etats-Unis pour tous les domaines, de l’économie à l’éducation et la santé, et apparaît sur les formulaires de recensement.

72 % des morts à Chicago

Mais d’autres juridictions ont choisi de publier des chiffres qui sont alarmants : dans l’Illinois, les Noirs représentent 14 % de la population mais 42 % des décès de l’épidémie. A Chicago, c’est 72 % des morts, alors qu’ils représentent moins d’un tiers des habitants : des disparités qui « coupent le souffle », a dit la maire de la ville, Lori Lightfoot.

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A Washington, 13 des 22 morts étaient noirs. « J’ai très peur de l’impact disproportionné que ce virus aura sur les Afro-Américains », a dit mardi la maire de la capitale américaine, Muriel Bowser, sur MSNBC.

En Louisiane, où se trouve La Nouvelle-Orléans, la disproportion est également très importante : 33 % des habitants sont Noirs mais 70 % des morts l’étaient.

« Nous savons que les Noirs sont plus susceptibles d’avoir du diabète, des maladies du cœur et des poumons », a dit mardi, sur CBS, le médecin en chef des Etats-Unis, Jerome Adams, noir lui-même. Or ces pathologies augmentent le risque de complications du Covid-19 ; les expériences chinoise et européenne l’ont montré.

Jerome Adams a parlé de ses propres problèmes de santé pour illustrer le problème qui affecte sa communauté. « Je l’ai déjà dit, je fais moi-même de l’hypertension. J’ai une maladie du cœur et j’ai déjà passé une semaine en réanimation à cause d’un problème cardiaque. Je fais de l’asthme et je suis pré-diabétique. J’illustre ce que c’est de grandir pauvre et noir en Amérique. »

Inégalités sociales et raciales

En pleine épidémie, il manque encore des études rigoureuses et de dimension nationale. Mais il est avéré que les quartiers pauvres et noirs ont moins de médecins et des hôpitaux de moindre qualité. Que les couvertures médicales des emplois de service sont inférieures à d’autres emplois mieux rémunérés. Un autre phénomène a aussi été documenté : les patients noirs se voient prescrire moins d’examens et de consultations avec des spécialistes que les Blancs.

Georges Benjamin, président de l’Association américaine de Santé publique (APHA), explique aussi que les Noirs, aux Etats-Unis, sont plus exposés au coronavirus que des populations plus aisées, dans leur vie quotidienne ou leur travail. « Cette population fait plus face au grand public, dit-il. Ils sont plus souvent chauffeurs de bus, ils prennent plus les transports en commun, ils travaillent plus dans les maisons de retraite, les magasins et les supermarchés. »

La distanciation sociale est plus compliquée lorsqu’on habite des quartiers plus denses, des logements plus petits. Quant au télétravail, il est souvent impossible, en raison des types d’emplois. Et se faire livrer des courses à domicile est souvent un luxe.

La peur d’être pris pour un truand

Sur CNN, le professeur d’économie à l’université d’Ohio Trevon Logan, lui-même noir, a avancé une autre explication : selon lui, de nombreux Afro-Américains rechigneraient à porter des tissus sur le visage pour se protéger, comme cela a été conseillé par les autorités dans certaines villes ou Etats, par peur d’être pris pour cible par la police car perçus comme des voyous. « Nous avons de nombreux exemples de la présomption de culpabilité qui pèse sur les hommes noirs en général, a-t-il expliqué. Et là, nous recevons le conseil de sortir en public avec quelque chose qui pourrait être interprété comme criminel ou néfaste, surtout chez les hommes noirs. »

Une réflexion illustrée par un tweet d’Aaron Thomas, un homme noir éducateur dans l’Ohio, qui a reçu plus de 120 000 « likes » : « Je ne me sens pas en sécurité en portant un foulard ou quoi que ce soit qui n’est pas CLAIREMENT un masque de protection sur le visage, parce que je suis un homme noir. Je veux rester en vie, mais je veux aussi rester en vie », a-t-il écrit.

Ici et là, les témoignages se multiplient sur la moindre accessibilité de sites de dépistage dans les quartiers pauvres que les quartiers riches. Un groupe de médecins et l’organisation de défense des minorités « Lawyers’Committee for Civil Rights Under Laws » ont sommé dans une lettre les autorités sanitaires fédérales de « publier immédiatement des données ethniques et raciales » sur le dépistage et la prévalence du Covid-19, afin de déterminer où des moyens supplémentaires doivent être envoyés.

Les centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC) collectent déjà ces informations, écrit le groupe, mais n’a fait que publier des statistiques par âge.
(Source: L’OBS.)

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