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    Tribunes

    liberté d’opinion n’exonère pas de la responsabilité intellectuelle

    mars 15, 2026Aucun commentaire
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    Dans le débat récurrent qui entoure Bernard Hayot, le groupe GBH et, plus largement, les rapports entre pouvoir économique, mémoire sociale et identité martiniquaise, les prises de position se multiplient. Le texte qui suit, adressé par un lecteur, entend apporter une voix différente à cette controverse, en plaidant pour une lecture plus nuancée des réalités historiques, culturelles et économiques de la Martinique. Au nom de la liberté d’expression, mais aussi de l’exigence de rigueur intellectuelle, son auteur appelle à se garder des simplifications, des procès d’intention et des lectures extérieures déconnectées des complexités. Gdc


    Je suis profondément attaché au principe de liberté d’expression : chacun a le droit de s’exprimer. Cependant, la liberté d’opinion n’exonère pas de la responsabilité intellectuelle qu’exige un sujet aussi complexe que celui des dynamiques sociales et historiques martiniquaises. Comme l’écrivait Aimé Césaire,

    « nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre »  c’est-à-dire que nous refusons les simplifications qui obscurcissent la compréhension de notre réalité.

    Il est toujours périlleux, pour qui n’a pas vécu de l’intérieur les héritages d’une société post-esclavagiste, de prétendre en interpréter les subtilités. La Martinique s’est construite « dans un capharnaüm linguistique »,  où un nouveau langage, le créole, est né « dans la douleur et la beauté ». Édouard Glissant nous rappelle que de ce « Tout-Monde » est née une identité en mouvement : « L’identité n’est plus racine unique mais rhizome ». Autrement dit, notre culture s’est inventée dans la complexité, en tirant vers le beau pour sublimer une histoire d’une violence inouïe.

    Cette recherche du raffinement et cette élégance du vivre sont donc le fruit d’un long travail de sublimation collective, et non d’un simple goût du paraître. Y voir de la superficialité, sans comprendre son enracinement anthropologique et symbolique, relève de ce que Fanon dénonçait : le regard colonial qui interprète sans comprendre.

    Concernant le groupe GBH, il faut distinguer son rôle majeur au niveau local en tant qu’opérateur économique d’un amalgame idéologique. Les activités de mécénat, de sponsoring artistique ou de valorisation du patrimoine, qu’on les juge suffisantes ou non, participent à une économie culturelle et touristique essentielle pour un territoire en quête d’attractivité. Patrick Chamoiseau parlait de la « poétique de la relation » : il nous invite à penser les interactions, les tensions, mais aussi les solidarités possibles dans l’espace caribéen. C’est sous cet angle qu’il faut analyser de telles initiatives.

    Enfin, il serait dangereux de laisser des voix extérieures importer un discours de division qui ne tient pas compte de la complexité de notre société. La Martinique vieillit, sa jeunesse s’exile, et notre véritable urgence est de repenser un avenir collectif, non de « nous vautrer dans l’extrémisme ». Le devoir des intellectuels, comme le soulignait Césaire, est de

    « comprendre son peuple, pour mieux le servir ». C’est dans cet esprit qu’il faut mener le débat, avec rigueur et connaissance des réalités locales.
    Michaël GM

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