Plénière du 5 mai : Des jeux politiciens hors de saison

Plénière du 5 mai : Des jeux politiciens hors de saison

Politique
La plénière de la CTM qui devait se dérouler le mardi 5 mai a été particulière. Non pas par ce que les médias ont mis en exergue, à savoir la passe d’armes – finalement- récurrente entre le président de l’Assemblée et le président du Conseil exécutif sur la manière de conduire la gestion de la collectivité. Mais sur la façon dont certains élus conçoivent leur rôle face à la crise du Coronavirus.
La loi sur la collectivité territoriale de Martinique prévoit que les dossiers émanant du président du conseil exécutif doivent être inscrits à l’ordre du jour par le président de l’Assemblée « en priorité et dans l’ordre » demandé. C’est le rappel de cette prescription légale qui a provoqué l’incident. En effet les dossiers présentés par le président de l’Assemblée avaient été placés en tête de liste.

Trois rapports émanant de l’Assemblée
Trois rapports émanaient des commissions de l’Assemblée centrés sur des avis et propositions sur le déconfinement et le redémarrage de l’économie. Rien là que de très normal et qui n’a été contesté par personne, quoique l’on en ait dit. Mais le conseil exécutif présentait également d’autres rapports pas moins importants :
– sur l’adaptation de des mesures d’urgence économiques adoptées lors de la plénière du 9 avril pour faire face à la crise économique et sociale ;

  • sur la question épineuse de la pénurie d’eau et des canalisations de Séguineau;

  • sur la commande d’équipements de protection individuelle liés au covid 19 ;

  • sur les aides accordées par le président du conseil exécutif aux associations sociales, sportives et environnementales pour faire face à la crise sanitaire ;

  • sur la programmation de plusieurs dossiers d’investissement par les fonds européens qui sont par définition urgents vu les risques de dégagement d’office ; |

  • sur la participation au plan de développement de la SAFER(société d’aménagement foncier et rural) qui gère la politique foncière pour le compte de la CTM ;

  • sur les ports de pêche d’intérêt territorial ; etc…

Par contre, sur le déconfinement, peu de suggestions de ce qui a été proposé par la commission Louise Telle qui ne soient déjà appliquées ni programmées par le Conseil exécutif et accessoirement par le Préfet : masques, test, exigence de la participation de la CTM à la gestion de la crise sanitaire,etc. Il a été simplement rappelé que le laboratoire territorial d’analyses (LTA) n’était pas opérationnel dans l’immédiat pour faire des tests. Il a été préféré, sur proposition de Francis Carole, l’instauration d’un conseil scientifique pluridisciplinaire pour aider la CTM en matière de gestion de la crise sanitaire à la proposition d’un seul médecin dit référent.
S’agissant du très utile rapport de Nadine Renard sur une nouvelle stratégie du développement agricole et le fait de donner priorité à l’autosuffisance alimentaire, il n’existe aucune réelle divergence puisque ces orientations figurent au programme du Gran Sanblé et sont déjà pour partie mises en œuvre. Les véritables obstacles ne sont pas du ressort de la CTM, mais de l’Europe et de la politique de l’Etat (Odeadom) qui réservent le principal de leurs financements à la banane et à la canne.

Lordinot mène la danse de la surenchère.
Quant au rapport sur le redémarrage de l’économie de Yan Monplaisir, il vient généralement en appui de mesures déjà mises en œuvre, soit par l’Etat français, soit par la CTM. Le vrai problème réside dans leur financement que cette commission paraît sous-estimer en croyant que tout peut être résolu par l’inflation illimitée de l’emprunt (demande de monter l’emprunt de 70 à 200/300 millions d’euros). Hélas on sait où conduit l’emprunt exagéré. Décidément certains n’ont pas tiré les leçons de la banqueroute de la Ville de Fort-de-France ou de Pointe-à-Pître et d’ailleurs ici même.
Car il est clair que Fred Lordinot, adepte de En Marche, et quelques autres instrumentalisés pas certains lobbys actifs veulent quasiment se substituer au conseil exécutif sous couvert de propositions pour faire face à la crise économique. Ils veulent en finir au plus vite avec le confinement et prônent la relance immédiate de l’activité économique. Ils veulent, sous prétexte de demande de transparence et d’information, s’immiscer dans la gestion des fonds européens. Ils veulent des chiffres et des bilans : Pourquoi pas ?
Toutefois, en matière de fonds européens ces données sont fournies régulièrement en séance et sur le site de la CTM. Ils exigent plus : des numéros de mandats, des noms des personnes à qui sont mandatés des aides. Ils veulent même des réponses sur des dossiers particuliers.
Et pourquoi pas désigner les bénéficiaires des aides parmi leurs amis ou affidés ? Il y a là une frontière dangereuse à ne pas franchir.

Aveuglement volontaire sur la baisse des recettes de la Collectivité
Mais surtout ils ne veulent pas que soit mise en cause la politique du gouvernement Macron-Philippe qui, après les avoir étranglées, refuse de donner aux collectivités les moyens financiers en garantissant les recettes en chute libre pour faire face aux urgences et au redémarrage par la commande publique qui repose sur elles pour le principal. Ils préfèrent les enfoncer dans le surrendettement pour gaver les grandes entreprises.
Dans le même temps, on assiste à des dérives de surenchère démagogique dèjà pratiquées lors du débat du 9 avril sur les mesures d’urgence économique et sociale de la CTM : toujours plus.

La conseillère Torpille propose de créer une aide forfaitaire de 1 000 euros pour les petites unités agricoles et les marins-pêcheurs.

Lordinot, toujours à l’affût, propose un amendement pour la faire passer de 1 000 euros à 2 000 euros sans considération de l’incidence budgétaire de cette augmentation.

Le piège fonctionne : Et cela est adopté par 17 voix contre 16. La glissade est amorcée.

Par ailleurs, deux dossiers de programmation de fonds européens présentés par Miguel Laventure portant sur une extension d’une usine agro-alimentaire, l’achat d’un remorqueur moderne et des programmes de formation professionnelle 2019/2021 ont trouvé une majorité pour les repousser à la prochaine plénière à la demande du président de la commission de développement économique au motif qu’il manquait d’informations. Contradictoire de retarder 15 millions d’investissements de la part de ceux qui en même temps poussent à une reprise immédiate de l’activité économique.

En réalité, sur ces rapports on a assisté parfois à des convergences étranges et contre nature déjà observées entre les émules de Péyi-a, de EPNM, mais aussi ponctuellement de certains RDM et même d’une fraction de la droite de la majorité. Pour tenter de mettre en difficulté le conseil exécutif ?

Et cela en tous cas sous la délectation suprême du néo-PPM qui attend son heure. Conconne, malgré sa démission de ce parti, s’est retrouvée souvent an tchè coco avec Lordinot.

Un jeu dangereux à fort parfum électoral à moins d’un an du renouvèlement de la CTM.

Il est, selon nous, hors saison au vu des urgences de la crise sanitaire et de la formidable crise économique et sociale qui en découle pour le pays. Le peuple jugera.

Article publié dans Justice.

Michel Branchi


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