Jusqu’aux dernières minutes avant le départ, les marins hésitaient sur la garde-robe à dégainer, tant les conditions météorologiques étaient aussi légères qu’instables, ce jeudi 30 novembre au large de Fort-de-France. Preuve de ce climat d’incertitude et d’effervescence, Fabrice Amedeo (Nexans – Art & Fenêtres), lancé un peu trop tôt, a franchi la ligne quelques secondes avant que ne résonne le « Top départ » du Retour à La Base, écopant ainsi immédiatement d’une pénalité de cinq heures, qu’il devra réaliser en mer. Photo © Anne Beaugé / Retour à La Base

Après cette incartade, dans un alizé de 6-9 nœuds, rompu par les lignes de grains qui ont déchiré toute la matinée la majestueuse baie martiniquaise, c’est Sam Goodchild (For the planet) qui s’est finalement extirpé en premier de la flotte, avant d’être rattrapé à la faveur d’une risée par Jérémie Beyou (Charal).

Option au large et rase-moustaches à la côte

Seule de son côté de la ligne, évitant prudemment tout risque de collision, l’expérimentée navigatrice britannique Samantha Davies (Initiatives Cœur) semblait tirer son épingle du jeu, avant de s’arrêter dans la baie, voile battante. Car à la grande loterie du souffle léger, c’est finalement Boris Herrmann (Malizia) qui a remporté la timbale sur une option plus au large, lui évitant les pièges de la côte et de ses nombreux casiers de pêche disséminés.

Le navigateur allemand était néanmoins suivi de très près par Louis Burton (Bureau Vallée 3) et Yoann Richomme (Paprec-Arkéa), bien calés dans son sillage, tandis que derrière, le skipper néo-zélandais Conrad Colman (Mail Boxes etc…) faisait aussi une belle opération, s’amusant même à écraser l’un contre l’autre les deux favoris de la course, Thomas Ruyant (For People) et Jérémie Beyou (Charal). Un rapprochement à rase-moustaches sous tension, pour le plus grand bonheur des spectateurs à proximité, mi-effrayés, mi-fascinés !

Escale technique pour Sébastien Marsset

Seule ombre à ce tableau de carte postale, Sébastien Marsset (Foussier – Mon Courtier Energie) a été contraint à une escale technique suite à des problèmes d’énergie, rencontrés dès le premier bord. Le skipper de Port-La-Forêt, qui avait bien franchi la ligne de départ, a pu cependant repartir en course, moins de deux heures après ses congénères.

Un handicap qui devrait donc s’avérer très léger, en comparaison de celui des deux solitaires toujours attendus sur la ligne de départ : Tanguy Le Turquais (Lazare) et Jean Le Cam (Tout Commence en Finistère – Armor-Lux), encore en approche de la Martinique. Les deux marins devraient toutefois pouvoir défendre leurs chances sur cette transatlantique retour, étape indispensable sur la route du Vendée Globe. Ils ont jusqu’au jeudi 7 décembre 13h heure locale (18h heure de Paris) pour franchir la ligne de départ virtuelle.

« Ce sera une transat’ rapide »

C’est d’ailleurs avec cet objectif en tête que bon nombre des solitaires ont quitté ce jeudi matin les pontons, cherchant encore le bon compromis entre leur ardeur de compétiteur et l’impérieuse nécessité pour beaucoup de boucler la course sans trop causer de dégâts à leur monture. « On sait que ce sera une transat’ rapide, je vais le faire comme je le sens, en regardant aussi comment se comporte la concurrence. Mais s’il y a l’opportunité d’aller la gagner, je la saisirai ! », expliquait ainsi Thomas Ruyant, qui vient de remporter une impressionnante série de trois transatlantiques et qui fera ses premiers bords en solo sur son nouvel IMOCA For People.

Frustré de n’avoir pu défendre ses chances sur l’aller, Damien Seguin (Groupe Apicil), n’avait pour sa part aucun doute sur son envie « d’appuyer un peu sur le champignon » ! « Le schéma météo avec des dépressions qui arrivent de derrière, c’est aussi quelque chose qui se rapproche de ce qu’on peut vivre dans les mers du Sud lors du Vendée Globe. Il y a donc plein d’enseignements à en tirer ! », expliquait le skipper lorientais.

D’autres marins devraient toutefois avoir une approche un peu plus prudente de cette ascension de l’Atlantique par la face Nord, dont les premiers pourraient atteindre le sommet lorientais autour du 9 décembre. « J’irai un peu mollo avec le bateau pour être en sécurité autant lui que moi. C’est une course d’apprentissage, je veux arriver au bout tout en engrangeant de l’expérience », expliquait ainsi Violette Dorange (Devenir), qui s’élançait, à 22 ans, sur sa toute première course en solitaire à bord de son IMOCA. « C’est le plus gros challenge que j’ai jamais réalisé », admettait la benjamine de la course, heureuse de retrouver l’océan, mais aussi de mettre le cap « vers la maison » pour conclure une intense saison 2023 pour toute la flotte IMOCA. Prochain arrêt : La Base de Lorient !

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