Depuis la reprise des actions du Rassemblement pour la Protection des Peuples et des Ressources Afro-Caribéennes (RPPRAC), une rumeur persiste : et si les manifestations servaient moins à défendre des revendications sociales qu’à occuper les forces de l’ordre, permettant ainsi aux réseaux de narcotrafic de faire transiter leurs cargaisons vers l’Europe ?
Une hypothèse sécuritaire
Lorsque plusieurs centaines de gendarmes et de policiers sont mobilisés pour lever des barrages routiers, sécuriser un aéroport ou protéger une raffinerie, la surveillance maritime et portuaire s’en trouve affaiblie.
« Les narcos guettent les moments de chaos pour agir », confie un ancien enquêteur de l’OCRTIS. « Les crises sociales sont des fenêtres d’opportunité. »
Des soupçons sans preuves
Pour autant, aucun élément d’enquête n’atteste d’un lien organique entre le RPPRAC et des réseaux criminels. Le mouvement, qui porte des revendications sociales et politiques – baisse du coût de la vie, reconnaissance de l’empoisonnement au chlordécone, organisation d’un référendum statutaire – se présente avant tout comme une organisation militante. Assimiler ses membres à des complices de trafiquants relèverait davantage de la suspicion que de l’établissement de faits.
Un argument politique
Cette hypothèse trouve surtout un écho dans le discours politique. Pour les autorités, souligner une possible porosité entre agitation sociale et trafic permet de délégitimer des actions parfois violentes. Pour leurs opposants, cela peut apparaître comme une stratégie de diversion visant à disqualifier des revendications sociales, en les associant à la criminalité organisée.
Entre réalité et instrumentalisation
Le risque demeure réel que l’intensité des mobilisations sociales offre, de facto, un répit aux réseaux criminels. Mais en faire un objectif intentionnel du RPPRAC, sans preuves tangibles, revient à franchir un pas que ni les autorités judiciaires ni les chercheurs spécialisés n’ont à ce jour validé.
En Martinique, où les tensions sociales se mêlent aux fragilités sécuritaires, ce débat illustre combien les manifestations locales sont scrutées au prisme d’enjeux dépassant les simples barricades
Gérard Dorwling-Carter




