Les 21 et 22 mai 2026 à Belize City, les gouverneurs des banques centrales de la CARICOM ont tenu leur 66e réunion. L’intégration financière caribéenne franchit deux étapes majeures : paiements instantanés transfrontaliers et taxonomie verte régionale. La Martinique, nouvelle membre associée, observe ces évolutions de très près.
Photo : Photo de famille des gouverneurs et hauts responsables des banques centrales de la CARICOM lors de la 66e réunion biannuelle du Comité des gouverneurs, tenue les 21 et 22 mai 2026 à Belize, sous la présidence du gouverneur Kareem Michael. © Central Bank of Belize / Presslakay
La 66e réunion semestrielle des gouverneurs des banques centrales de la CARICOM s’est tenue sous la présidence de Kareem Michael, gouverneur de la Banque centrale du Belize. Gouverneurs, vice-gouverneurs et représentants régionaux ont convergé à Belize City pendant deux jours. Leur objectif : faire avancer les grands chantiers de l’intégration financière.
Le contexte international pèse sur les débats. Incertitudes géopolitiques, prix de l’énergie élevés, conditions financières resserrées. Néanmoins, les économies régionales affichent une résilience notable. Les gouverneurs ont réaffirmé leur volonté de coordonner davantage leurs politiques pour protéger cet équilibre fragile.
CAPSS : le système de paiements instantanés en phase pilote
S’affranchir du dollar américain pour les transactions régionales
L’avancée majeure concerne le CARICOM Payment and Settlement System (CAPSS). Ce système d’infrastructure financière numérique permet les paiements transfrontaliers en temps réel. Les monnaies locales remplacent le dollar américain dans les transactions commerciales intra-régionales. Un commerçant de Port-of-Spain peut désormais régler un fournisseur barbadien dans sa propre devise. Les banques centrales assurent la compensation en arrière-plan.
L’intégration financière s’appuie d’abord sur un succès technique. En février 2025, un « proof of concept » a validé le système. Les banques centrales des Bahamas, de la Barbade, du Suriname et de Trinité-et-Tobago ont confirmé la capacité du CAPSS à traiter les paiements instantanés. Aucun intermédiaire extérieur n’était nécessaire.
Ensuite, en novembre 2025, la 65e réunion a acté le lancement du pilote. Il implique les Bahamas, la Barbade, Trinité-et-Tobago et l’Union monétaire des Caraïbes orientales (ECCU).
Entrée officielle en phase pilote opérationnelle
À Belize City, les gouverneurs ont entériné l’entrée de CAPSS dans sa phase pilote opérationnelle pour l’intégration financière. Les échanges ont porté sur la gouvernance du système, son déploiement technique et l’objectif central : bâtir une infrastructure plus rapide, plus sûre et moins coûteuse.
L’enjeu est structurel. Actuellement, les transactions transfrontalières intègrent une « taxe invisible » – frais de conversion en dollars, commissions de banques correspondantes extérieures à la région. Par conséquent, CAPSS vise à réduire sensiblement ce coût. Il élargit aussi l’inclusion financière. Les réserves en devises se libèrent pour des usages productifs. La Banque centrale de la Barbade et l’ECCU voient dans ce levier la promesse de nouveaux flux commerciaux régionaux.
La taxonomie verte caribéenne pour la résilience climatique
Un référentiel commun pour orienter les capitaux privés
En parallèle, les gouverneurs ont avancé sur la Caribbean Regional Green Taxonomy. Elle a été élaborée avec l’appui de partenaires techniques internationaux. Cet outil définit des critères communs pour qualifier les activités économiques « vertes ». La transition énergétique, l’adaptation climatique et la préservation marine sont prioritaires. Il permet aux investisseurs privés d’orienter leurs capitaux. Les projets doivent être alignés sur la résilience régionale.
La démarche revêt une dimension politique forte. En se dotant d’une taxonomie propre, les pays de la CARICOM cessent d’être de simples récepteurs de standards définis ailleurs – en Europe ou aux États-Unis. Ils affirment une souveraineté normative dans le financement climatique. C’est crucial pour des États insulaires frappés de plein fouet par les dérèglements climatiques.
La Martinique et l’intégration financière régionale
Un statut récent qui ouvre des portes concrètes
La Martinique occupe une position inédite. L’île vient d’accéder au statut de membre associée de la CARICOM. Cette reconnaissance ouvre des droits de participation aux instances et aux chantiers régionaux. Toutefois, ce statut ne confère pas encore une intégration pleine et entière dans les mécanismes financiers en construction.
Cependant, les chantiers CAPSS et taxonomie verte représentent des leviers concrets pour l’intégration financière. D’abord, une connexion progressive au système de paiements régionaux fluidifierait les échanges commerciaux. La Martinique pourrait mieux interagir avec ses voisins anglophones – Sainte-Lucie, Trinité-et-Tobago, la Barbade. Des frictions bancaires réelles freinent ces échanges actuellement. De plus, l’adoption de la taxonomie verte caribéenne renforcerait la crédibilité des projets martiniquais auprès des bailleurs régionaux et internationaux.
Traduire l’adhésion en actes économiques concrets
La Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) et les acteurs économiques locaux suivent attentivement ces dossiers. L’intégration financière ne se joue plus seulement dans les discours de sommet. Elle se construit désormais dans les infrastructures numériques de paiement et les référentiels verts. Pour la Martinique, c’est là que l’intégration financière via la CARICOM prend tout son sens.





