La préface de Martinique 2050, signée par Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique, donne le ton de ce qui se veut bien davantage qu’un document de planification. L’auteur présente cette stratégie comme un véritable projet de société destiné à préparer l’île aux défis de 2050.
Le point de départ est un constat sans détour
Le modèle économique et social qui a structuré la Martinique depuis plusieurs décennies est arrivé à ses limites. Vieillissement de la population, ralentissement économique, vulnérabilités climatiques et dépendance aux financements publics imposent, selon lui, un changement profond de trajectoire.
Cette transformation s’inscrit dans une continuité politique.
Serge Letchimy rappelle les travaux engagés depuis plusieurs années par la CTM, le rôle du Congrès des élus et le lien symbolique avec 1848, présenté comme le point de départ d’une nouvelle quête d’émancipation. L’ambition affichée est de construire une Martinique davantage capable de « penser, décider et agir » pour son propre développement.
La stratégie repose sur une idée centrale
La création de richesse devra désormais provenir davantage de la production locale, de l’innovation et de l’investissement privé que des seuls transferts publics. Les entreprises, les artisans, les agriculteurs, les commerçants et les investisseurs sont invités à devenir des partenaires à part entière de cette transformation, aux côtés de la puissance publique.
L’auteur insiste également sur le caractère évolutif de la démarche.
Le document est présenté comme une première version ouverte à la concertation, appelée à être enrichie par les contributions des acteurs économiques et de la société martiniquaise. Enfin, Serge Letchimy affirme que Martinique 2050 ne doit pas être le projet d’une mandature mais celui d’un territoire engagé dans une vision de long terme.
Cette préface ouvre toutefois plusieurs questions qui seront déterminantes pour apprécier la crédibilité de la stratégie.
La première concerne les moyens : comment financer une transformation aussi ambitieuse alors que les finances publiques locales demeurent fortement contraintes ?
La deuxième porte sur les leviers institutionnels : la capacité de « décider et agir » sera-t-elle affirmée du pari fait de l’ évolution des compétences envisagée par l’accord-cadre ?
La troisième touche au secteur privé : les entreprises martiniquaises disposent-elles aujourd’hui de la taille, des financements et des ressources humaines nécessaires pour devenir le moteur principal du développement ?
Enfin, une dernière interrogation concerne la gouvernance.
Comment garantir qu’une stratégie conçue pour vingt-cinq ans survivra aux alternances politiques et continuera à mobiliser durablement les acteurs du territoire ?
Cette préface fixe ainsi un cap ambitieux et ouvre un débat majeur. La suite du document devra désormais démontrer que cette vision peut être traduite en choix opérationnels, financés, évaluables et capables de transformer durablement l’économie martiniquaise.
Gérard Dorwling-Carter





