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    Home » Pour une Martinique d’excellence, tout de suite ! 2/5
    Tribunes

    Pour une Martinique d’excellence, tout de suite ! 2/5

    juillet 25, 2026Aucun commentaire
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    Produire plus de richesse : maîtriser les chaînes de valeur

    Dans la tribune précédente, Mikaël Glondu- Monnerville aproposé de faire de l’excellence le fil conducteur d’un nouveau modèle de développement pour la Martinique. Encore faut-il traduire cette ambition en création de richesse. Car un territoire ne se développe durablement que lorsqu’il maîtrise davantage les activités qui produisent de la valeur. Le tourisme, le transport aérien, les filières agricoles ou les services ne doivent plus être envisagés séparément, mais comme les maillons d’une même chaîne économique. C’est à cette condition que la richesse créée en Martinique profitera davantage aux Martiniquais.

    Produire davantage de richesse

    L’avenir économique de la Martinique ne dépendra pas uniquement de sa capacité à accueillir davantage d’activités. Il dépendra surtout de sa capacité à conserver sur son territoire une part plus importante de la richesse qu’elles génèrent.

    Aujourd’hui encore, de nombreux secteurs fonctionnent selon une logique où une partie significative de la valeur produite s’échappe vers des centres de décision, des plateformes logistiques, des opérateurs ou des investisseurs situés hors du territoire. Cette réalité limite les effets de la croissance sur l’emploi, l’investissement et les revenus locaux.

    L’enjeu est donc moins d’augmenter mécaniquement la production que de mieux maîtriser les chaînes de valeur qui l’organisent.

    Le tourisme, moteur d’une économie intégrée

    Le tourisme illustre parfaitement cette problématique. Il ne constitue pas une activité isolée ; il irrigue une multitude de secteurs — transport aérien, hébergement, restauration, agriculture, pêche, artisanat, commerce, culture, loisirs, transports terrestres et services numériques.

    Chaque visiteur génère une succession de dépenses qui bénéficient à des entreprises différentes. Plus ces entreprises sont implantées localement, plus la richesse demeure sur le territoire. À l’inverse, lorsque les principaux opérateurs, fournisseurs ou centres de décision sont extérieurs, une part importante de cette valeur quitte rapidement l’économie martiniquaise.

    L’objectif ne consiste donc pas uniquement à accueillir davantage de touristes. Il s’agit aussi d’accroître la valeur produite par chaque séjour, d’allonger la durée moyenne des visites, de diversifier les expériences proposées et de renforcer les liens entre le tourisme et les autres activités économiques.

    La montée en gamme participe pleinement de cette stratégie. Elle ne vise pas à sélectionner les visiteurs selon leur pouvoir d’achat, mais à améliorer la qualité globale de l’expérience proposée — qualité des hébergements, de la restauration, des espaces publics, de la mobilité, de l’offre culturelle et de l’accueil. Une destination reconnue pour son exigence attire une clientèle fidèle, améliore son image et crée davantage de valeur.

    Le transport aérien, une infrastructure stratégique

    Pour une île, le transport aérien n’est pas un simple service commercial. Il constitue une infrastructure essentielle au développement économique, au même titre qu’un réseau ferroviaire ou autoroutier pour un territoire continental.

    Le coût des billets demeure l’un des principaux freins au développement touristique, aux échanges économiques et à la mobilité des Martiniquais. La question de la desserte aérienne dépasse donc largement celle du transport. Elle conditionne l’attractivité du territoire, les investissements, les exportations et la compétitivité de nombreuses filières.

    La Martinique ne peut durablement rester spectatrice de décisions prises ailleurs. Sans nécessairement recréer une compagnie aérienne locale, elle gagnerait à renforcer son influence dans la gouvernance des opérateurs qui assurent l’essentiel de ses liaisons. Les choix relatifs aux fréquences, aux destinations, aux partenariats ou aux politiques tarifaires ont des conséquences directes sur le développement du territoire.

    L’hypothèse d’une participation au capital ou à la gouvernance d’un opérateur comme Corsair mérite donc d’être étudiée avec rigueur. Une telle démarche ne devrait répondre ni à une logique politique ni à une logique symbolique. Elle devrait s’inscrire dans une stratégie économique clairement définie, fondée sur une analyse des risques, des coûts, des bénéfices attendus et des expériences menées dans d’autres territoires insulaires.

    L’objectif ne serait pas de contrôler un transporteur, mais de disposer d’une capacité réelle d’influence sur des décisions qui engagent l’avenir de la Martinique.

    Reprendre la maîtrise des chaînes de valeur

    Cette réflexion dépasse largement le seul secteur du tourisme. Elle concerne l’ensemble des filières stratégiques.

    Dans l’agriculture, il s’agit de développer davantage la transformation locale afin d’augmenter la valeur ajoutée des productions martiniquaises.

    Dans l’économie bleue, l’objectif est de mieux valoriser les ressources maritimes par la transformation, la recherche et les services.

    Dans la culture, il convient de renforcer les industries créatives, la diffusion des œuvres et leur commercialisation.

    Dans le numérique, la valeur réside autant dans la conception des solutions que dans leur utilisation.

    Chaque fois que la Martinique progresse dans la maîtrise d’une filière, elle renforce sa capacité à créer des emplois, à attirer des investissements et à développer son tissu entrepreneurial.

    Le capital local, un levier de développement

    La maîtrise des chaînes de valeur passe également par une présence accrue du capital martiniquais dans les entreprises et les projets structurants.

    Une économie est d’autant plus solide que ses entrepreneurs, ses investisseurs et ses institutions participent au financement et à la gouvernance des activités stratégiques. Cette présence favorise un ancrage durable des décisions, une meilleure connaissance des réalités locales et une répartition plus équilibrée des richesses créées.

    Le développement de fonds d’investissement territoriaux, le renforcement de l’actionnariat local, les partenariats entre acteurs publics et privés ou encore les mécanismes facilitant la participation des entreprises martiniquaises aux grands projets constituent autant de leviers susceptibles de consolider cette dynamique.

    Une économie qui décide davantage de son avenir

    Créer davantage de richesse ne signifie pas seulement produire plus. Cela signifie produire mieux, transformer davantage, innover plus rapidement et participer aux décisions qui orientent l’économie.

    Une Martinique capable de mieux maîtriser ses chaînes de valeur sera également plus résiliente face aux crises, plus attractive pour les investisseurs et mieux préparée aux transitions économiques, énergétiques et technologiques.

    C’est à cette condition que l’excellence, évoquée dans notre première tribune, cessera d’être une ambition théorique pour devenir un véritable moteur de développement.

    À suivre : Former pour réussir : l’intelligence artificielle et la révolution des compétences. Nous verrons pourquoi la première richesse de la Martinique n’est ni son sol ni son climat, mais les compétences de ses femmes et de ses hommes, et comment la révolution numérique peut devenir un puissant levier de développement plutôt qu’un facteur supplémentaire de dépendance.

    Mikaël Glondu- Monnerville

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