Dans cette lettre ouverte adressée aux Martiniquaises et aux Martiniquais, un lecteur d’Antilla appelle à dépasser les accusations personnelles et la recherche d’un responsable unique face aux difficultés que traverse le territoire. Sans soustraire Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de Martinique, à l’exigence de transparence, de résultats et de responsabilité qui s’impose à tout dirigeant public, l’auteur estime qu’il ne peut être rendu responsable, à lui seul, de l’ensemble des problèmes économiques, sociaux et institutionnels de la Martinique.
Il invite les élus, les acteurs économiques, les syndicats, les associations, les collectivités et les citoyens à transformer la colère et les critiques en propositions concrètes, réalistes et financées. Nous publions cette contribution afin de nourrir le débat.
Partagez-vous cette analyse ? La critique du président du Conseil exécutif dépasse-t-elle parfois l’examen légitime de son action politique ?
LA MARTINIQUE A BESOIN DE SOLUTIONS, PAS DE BOUCS ÉMISSAIRES
Jean-Luc MARC
*Lettre ouverte aux Martiniquaises et aux Martiniquais*
La Martinique traverse une période difficile. La vie chère, les problèmes d’eau, les difficultés de transport, le chômage, le vieillissement de la population, le départ de notre jeunesse, les inquiétudes économiques et la perte de confiance dans les institutions nourrissent une colère profonde.
Cette colère doit être entendue. Elle est souvent légitime. Mais elle ne doit pas nous conduire à rechercher sans cesse un seul responsable auquel nous ferions porter tous les maux de notre territoire.
Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de Martinique, est un responsable politique. À ce titre, son action doit pouvoir être examinée, discutée et, lorsque cela est nécessaire, critiquée. Aucun élu ne doit être placé au-dessus du débat démocratique.
Mais critiquer ne signifie pas condamner systématiquement. Contrôler l’action publique ne signifie pas dénigrer un homme en permanence. Et demander des résultats ne signifie pas lui imputer chaque difficulté que connaît la Martinique.
Un homme, quelle que soit sa fonction, ne peut pas tout résoudre seul. La CTM ne dispose ni de pouvoirs illimités ni de moyens financiers sans limite. Elle doit agir dans un cadre juridique précis, avec un budget déterminé et des compétences partagées avec l’État, les communes, les intercommunalités et de nombreux autres acteurs.
Cela n’exonère naturellement personne de ses responsabilités. Les choix doivent être expliqués, les priorités assumées, les dépenses justifiées et les résultats évalués. Mais le débat doit rester honnête, respectueux et fondé sur des faits.
Il est trop facile de dénoncer. Il est plus difficile de proposer.
À ceux qui critiquent, posons des questions simples :
- quelle solution proposez-vous ?
- Avec quel financement ?
- Dans quel déla
- Avec quelles compétences juridiques ?
- Et quelles conséquences concrètes pour la population ?
Voilà le débat dont la Martinique a besoin.
Notre pays n’avancera ni dans le culte d’un homme ni dans sa désignation comme bouc émissaire. Il avancera par la confrontation intelligente des idées, par la recherche de solutions réalistes et par la mobilisation de toutes ses forces vives.
Élus, services de l’État, entrepreneurs, syndicats, associations, communes, intercommunalités, monde culturel, jeunesse, diaspora et citoyens : nous avons tous une part de responsabilité dans l’avenir de la Martinique.
Nous pouvons être en désaccord sans nous déchirer.
Nous pouvons demander davantage à nos dirigeants sans nier ce qui est réalisé.
Nous pouvons relever les erreurs sans effacer les efforts.
Nous pouvons défendre nos convictions sans humilier, insulter ou condamner systématiquement ceux qui exercent des responsabilités.
La Martinique est trop petite pour gaspiller ses forces dans des querelles permanentes, mais elle est suffisamment grande par son histoire, sa culture, son intelligence et ses talents pour construire collectivement son avenir.
Transformons notre colère en propositions.
Transformons nos critiques en solutions.
Transformons nos divisions en énergie collective.
Serge Letchimy doit naturellement rendre compte de son action, comme tout responsable public. Mais il ne peut pas être tenu pour seul responsable de décennies de difficultés économiques, sociales, structurelles et institutionnelles.
Cessons de chercher un coupable unique. Cherchons ensemble des réponses.
Car ce n’est pas en abattant symboliquement un homme que nous relèverons la Martinique. C’est en élevant le niveau du débat, en exigeant des projets crédibles et en rassemblant toutes les bonnes volontés.
La Martinique ne se construira pas contre les uns ou sans les autres.
Elle se construira ensemble.
Il est temps de passer de la critique permanente à la responsabilité collective.
Il est temps de bâtir.
Pour la Martinique. Pour notre jeunesse. Pour notre avenir commun.
Jean-Luc MARC.





