« Plusieurs personnes avaient lu Négresse avant mon arrivée : c’était incroyable. »
À Rabat, capitale mondiale du livre 2026 désignée par l’Unesco, l’Académie du Royaume du Maroc a lancé la Maison des mondes du livre en présence de trois prix Nobel. Parmi les ouvrages réunis pour l’occasion figure un livre d’Aimé Césaire. L’autrice Caroline Chemarin, qui y était, en a rapporté des images et des impressions pour les lecteurs d’Antilla.
Une maison pour les livres d’Afrique et d’ailleurs
La Maison des mondes du livre est l’un des legs que Rabat veut garder de son année de capitale mondiale du livre. Le projet de l’Académie du Royaume du Maroc prévoit des lieux de résidence pour les écrivains, des débats et une bibliothèque africaine, répartis dans la ville.
Son point de départ est une sélection de 54 ouvrages de référence, un par pays africain, récits ou essais en sciences humaines. La liste doit ensuite s’enrichir de littérature contemporaine, de récits fondateurs et de traditions orales.
Le lancement a réuni le Nigérian Wole Soyinka, prix Nobel de littérature 1986 et premier Africain distingué par ce prix, le Français Jean-Marie Gustave Le Clézio, Nobel de littérature 2008, et le Béninois Michel Boko, que Caroline Chemarin présente comme lauréat du prix Nobel de la paix « en même temps qu’Al Gore ». En 2007, le comité Nobel avait récompensé conjointement Al Gore et le Giec, le groupe d’experts de l’ONU sur le climat.
« L’Afrique s’est retrouvée ici, au moins sur le plan littéraire. »
Wole Soyinka, cité par la presse marocaine
Césaire sur la table
La journée concluait un colloque consacré au sentiment de l’histoire. Les auteurs antillais y ont été souvent cités, raconte Caroline Chemarin : Aimé Césaire, Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau.
Césaire fait aussi partie des 54 livres choisis pour accompagner le lancement, dans le coffret de la Maison des mondes du livre. Elle a photographié la table où ils étaient exposés, pour pouvoir l’envoyer en Martinique. On y reconnaît Discours sur le colonialisme, suivi du Discours sur la négritude, aux éditions Présence africaine, à côté de Wole Soyinka, Amadou Hampâté Bâ, Camara Laye ou Ngũgĩ wa Thiong’o.
Sur l’une de ses photos, Wole Soyinka tient son trophée. Michel Boko, raconte-t-elle, se tenait à côté d’Eugène Ébodé, l’écrivain qui administre la Chaire des littératures et des arts africains de l’Académie du Royaume du Maroc depuis sa création en 2022.
« Négresse » déjà lu à Rabat
Pour l’autrice, née à Perpignan et professeure de lettres classiques, dont l’écriture interroge les liens entre langues, histoire et pouvoir aux Antilles, le séjour a réservé une surprise. Plusieurs participants avaient lu Négresse avant son arrivée.
Elle a aussi pris part à une conversation autour de Compagnons indociles, « un ouvrage magnifique », avec le directeur littéraire des éditions Gallimard. « Il ne m’a pas embauchée, malheureusement », glisse-t-elle.
Caroline Chemarin avait promis de donner des nouvelles de la vie de ses livres. Celles de Rabat, écrit-elle, « sont joyeuses ».
Philippe Pied




