Par la voix de son leader, un nouveau concept vient donc de faire irruption dans le champ sémantique de la France Insoumise (LFI). Créolisation. Un truc dont seuls quelques intellectuels ont du entendre parler. Quand on fait une recherche sur internet, le concept renvoie tout de suite au philosophe et poète martiniquais Edouard Glissant. Telle que ce dernier la conçoit, « la créolisation est la mise en contact de plusieurs cultures ou au moins de plusieurs éléments de cultures distinctes, dans un endroit du monde, avec pour résultante une donnée nouvelle, totalement imprévisible par rapport à la somme ou à la simple synthèse de ces éléments ». Cette pensée mérite sans doute d’être étudiée, approfondie et discutée. Et Mélenchon pourra toujours nous la jouer « cultivé » en s’appuyant sur les différentes facettes philosophiques que peut posséder ce concept dans les prochaines semaines.


Mais il ne faut pas être dupe.

La dimension philosophique n’est pas l’unique souci du leader de LFI. Elle est certes une base arrière intellectuelle dans laquelle il pourra toujours aller chercher un stock d’arguments. Toutefois ce que retiendront à la fois le Français moyen et le sympathisant LFI c’est une idée beaucoup plus simple : la créolisation, c’est en fait le métissage, le mélange des gens comme des cultures.

Méluche provoque l’extrême droite

Mélenchon nous ressort ainsi une vieille antienne de la gauche, en lui donnant un petit parfum exotico-philosophique: «mélangeons-nous et tout ira mieux ». En dehors des inconditionnels du tribun de la pensée insoumise, on ne voit donc pas en quoi ce nouveau vocabulaire fera avancer d’un iota les causes qu’il veut défendre. Alors, pourquoi ce coup de com’ ? Pourquoi ce terme obscur, mal défini, perdu dans une constellation sémantique où brille d’un éclat plus brûlant la race, la colonisation, l’esclavage ?

 

Il y a en l’occurrence une provocation évidente en direction de ce qu’il estime être l’extrême droite, dont les éléments les plus angoissés verront là sans doute un appel à devenir tous « créoles », c’est-à-dire tous un peu colorés, penseront certains. Il y aussi l’envie de faire un petit coup d’éclat à gauche, de se démarquer, de faire oublier que Charlie Hebdol’attaque, dans un contexte où les revendications identitaires sont de plus en plus fortes. Le lider maximo français n’aurait pas peur d’affirmer sa vocation universaliste, tout compte fait (et on ne dit plus « internationaliste » vieux concept trotskyste qui pourrait faire peur).

Dansons la carioca

Ce nouvel idéal deviendra-t-il un nouveau slogan ? Signe-t-il le lancement de la campagne présidentielle ? Possible.

En tout cas l’argumentation qui donne en exemple de la merveilleuse réussite de cette « créolisation » le Brésil et le Mexique, est fort curieuse. Peut-on dire que ces deux pays, qui figurent en queue de peloton pour les taux d’homicide, et qui souffrent d’une violence endémique, soient des modèles de sociétés harmonieuses ? Si Jean-Luc Mélenchon le pense vraiment, alors il y a du souci à se faire si un jour, par un malencontreux concours de circonstances, il prenait effectivement en main les destinées du pays.