Pour son nouveau roman, Emmanuel de Reynal emmène le lecteur dans une Martinique dystopique dans laquelle les individus sont hyperconnectés coup de lunettes, de montres et d’assistants IA. L’Écho d’avant est l’occasion d’une réflexion sur la part d’humanité cédée au profit des progrès de la technologie.
Il s’agit de sa onzième parution mais c’est sa véritable première insertion dans le roman dystopique. Avec l’Écho d’avant, Emmanuel de Reynal présente un monde futuriste ultra-connecté dans lequel le libre arbitre n’est plus qu’illusion. La Martinique n’échappe pas à cette connectivité à outrance. C’est d’ailleurs le lieu du récit choisi par l’écrivain. L’Écho d’avant, c’est le dialogue de deux personnages. Naomi une jeune et curieuse journaliste et Le Gardien aux habitudes surannées qui se tient à l’écart de cette suractivité numérique. « Ce sont deux temporalités différentes qui se font face », explique l’écrivain. Dans l’univers recréé par Emmanuel de Reynal, le monde a succombé aux sirènes du dataïsme.
« La démocratie est finie. Les repères connus ont été bouleversés. On est dans un monde ultra-connecté. Ce sont les données plus que les Hommes qui gouvernent. »
La jeune journaliste du roman n’a pour seule perspective ce que lui renvoient ses béquilles numériques : ses lunettes connectées, sa montre connectée et ses assistants IA. Elle se retrouve devant Le Gardien, un vieil homme de 103 ans qui a traversé le temps sans jamais se laisser connecter. « Il est porteur des souvenirs de l’époque d’avant l’arrivée des écrans. » Deux personnages qui posent sur le même monde deux regards que tout oppose.

Dès les premières pages de l’intrigue, l’héroïne fait l’expérience d’une lecture à nue. Sans lunettes connectées, inimaginable pour la jeune femme. Dans ce monde, les sens sont inhibés par la technologie à outrance.
« Elle lit sans filtre les carnets du Gardien et redécouvre l’expérience de la lecture primitive. Ses sens sont reliés directement à son imagination sans aucune interface. »
Ici, Emmanuel de Reynal revient sur le lien sensoriel humain. « Je caricature un peu. Mais nous sommes dans un temps où les choses ont beaucoup évolué en profondeur. Aujourd’hui, le rapport à la lecture a profondément changé. Un jeune peut rencontrer des difficultés à lire un livre en entier parce que le rythme de perception a été raccourci. On voit de vraies ruptures sensorielles entre les générations d’aujourd’hui et les générations d’avant. »
Toutefois, l’écrivain se défend d’être un « vieux boomer anti-évolution technologique ». Il explique : « Il s’agit de comprendre ce qu’on perd insensiblement quand on fait le choix de s’abandonner aux plaisirs de la nouvelle technologie. Cela ne paraît pas très grave mais cela ne l’est-il pas au fond ? Ne sont-ce pas des parcelles de notre humanité profonde que l’on abandonne au profit de quelque chose de plus superficiel ? » Paradoxalement, avec son roman d’anticipation, l’écrivain martiniquais joue sur la nostalgie à travers les souvenirs préservés par le gardien.
« L’Écho d’avant est une ode à la déconnexion, à la lenteur. »
Singularité, alors qu’Emmanuel de Reynal évolue professionnellement dans la communication, il s’interroge à travers ses héros sur l’hyper connectivité de la société. Coïncidence ? Le personnage du Gardien a lui aussi connu une carrière de publicitaire. « Il y a une prise de conscience. N’ai-je pas abandonné l’essentiel en allant trop loin dans l’exploitation des ressorts technologiques pour obtenir des résultats de comportement ? » Il l’illustre par la course aux likes pour une publication sur les réseaux sociaux. « Ne sommes-nous pas en train de fabriquer un monde où les relations interpersonnelles sont devenues transactions constantes ? » Selon l’écrivain, on peut profiter des nouvelles technologies en restant en éveil, conscient et lucide afin de préserver la nature humaine.
L’Écho d’avant, 284 pages, éditions L’Harmattan
Laurianne Nomel





