Au Squash hôtel à Fort-de-France, jeudi, la santé mentale était au cœur d’un séminaire organisé par l’association Allô héberge-moi, plus particulièrement dans les dispositifs de pension de famille. L’objectif de la journée était de réunir partenaires et acteurs pour engager une discussion autour de cette thématique rencontrée dans les logements accompagnés qui sont financés par la Deets.
Les pensions de familles permettent de loger des personnes fragiles en situation de précarité qui ont parfois connu des parcours d’errance. Au-delà du financement, la Deets (Direction de l’emploi, de l’économie, du travail et des solidarités) apporte son expertise. « Il y a un contrôle et un accompagnement de ses associations pour veiller à ce qu’il soit bien réalisé auprès des résidents et que toute la qualité et la sécurité de la prise en charge soit effective », , explique Jolya Chenneberg, adjointe au pôle solidarité de la Deets. Les enjeux de santé mentale sont réels dans le territoire. Selon une enquête de Santé publique France, en Martinique, plus de 12% des adultes déclarent avoir connu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois.

Les demandes d’hébergement d’urgence s’empilent. « On a plus de 1300 demandes qui sont adressées chaque année au SIAO (Service intégré d’accueil et d’orientation). Une étude montre que 30% des personnes accueillies dans les dispositifs d’hébergement présentent des troubles psychiatriques ou une forte souffrance psychique », complète Jolya Chenneberg.
Un séminaire pour éclairer les travailleurs sociaux
Lucien Eloidin, le directeur de l’association Allô héberge-moi, confirme le rugueux parcours de vie des personnes qui parviennent à bénéficier d’un hébergement en pension de famille. « C’est un dispositif destiné à accueillir les personnes en fragilité sociale mais aussi fragilité en santé mentale qui rend difficile le maintien dans un logement autonome. » L’objectif est d’accompagner socialement avec des travailleurs sociaux qui sont à leurs côtés dans ces structures. Ce séminaire sur la santé mentale servira d’éclairage à ces professionnels qui sont des travailleurs sociaux et non pas des soignants. « Certes, nous travaillons dans un réseau où il y a des infirmiers, des médecins, l’hôpital psychiatrique mais nous sommes la première ligne. Il était donc tout à fait légitime que ces personnes qui travaillent en première ligne puissent être outillées pour accompagner ce public complexe. » Le directeur insiste sur l’aspect partenarial des structures : « Une association ne peut faire seule. Nous devons tous trouver une cohérence dans nos actions pour accompagner un public extrêmement difficile. La Martinique est peut-être l’un des départements où les problèmes liés aux addictions et à la santé mentale ne sont pas à minimiser. Quand on ne s’occupe pas de cette problématique, ce sont autant de personnes que nous retrouvons dans la rue en rupture de prise en charge. »

Dans la lutte contre la santé mentale, l’hôpital est en première ligne Rémy Slama, psychiatre adulte, président de la commission médicale d’établissement du centre hospitalier Maurice-Despinoy explique orienter des patients vers le logement accompagné des personnes qui sont en situation de handicap psychique « généralement cela touche des gens qui souffrent de pathologies sévères, dans une très grande majorité, il s’agit de patients qui sont atteints de schizophrénie ». Le psychiatre est intervenu dans le but d’éclairer les professionnels des pensions de familles. Il insiste sur la primordialité du tissu relationnel. « Elle nécessaire si l’on veut obtenir une inscription qui s’étale dans le temps et qui permet au patient de retrouver une vie ordinaire. » Rémy Slama prône l’espoir et la stabilité pour poser un autre regard sur la maladie. « Longtemps, les schizophrénies ont été considérées comme une maladie très péjorative marquée du sceau de la chronicité, de l’incurabilité. Aujourd’hui, on obtient des situations où les gens sont en rémission. » Selon le psychiatre, le logement est la première pierre à mettre à l’édifice.
En projet, la création d’une centaine de places supplémentaires dans les pensions de familles dans le territoire martiniquais.
Laurianne Nomel





