Fin mai 2026, des gouvernements caribéens se sont réunis à Bridgetown pour poser les bases d’une révolution énergétique régionale. Ensemble, ils visent à briser le cercle vicieux des prix de l’électricité parmi les plus élevés au monde.
Le 26 mai 2026, une conférence commence à Bridgetown, en Barbade. En apparence, ressemble à tous les autres rendez-vous : salles de conférence, délégations, présentations. Pourtant, celui-ci pourrait marquer un tournant historique pour la Caraïbe.
Pendant trois jours, des responsables gouvernementaux, des régulateurs de l’énergie et des partenaires financiers ont planché sur un programme inédit. Son nom : le Caribbean Aggregation Procurement Programme, ou CAPP. Ce programme vise à transformer les énergies renouvelables Caraïbe en unissant quinze marchés isolés.
Une dépendance aux hydrocarbures qui vide les caisses
Pour comprendre l’urgence, observons les chiffres. Aujourd’hui, 80 % de l’électricité caribéenne provient de combustibles fossiles importés. Les prix dépassent de 50 % la moyenne latino-américaine.
Grenade, Sainte-Lucie et Saint-Vincent-et-les-Grenadines affichent les tarifs d’électricité les plus élevés de la planète. En moyenne régionale, le kilowattheure s’échange autour de 0,25 dollar américain – soit plus du double du tarif américain. Dans certains pays, il dépasse 0,40 dollar.
De plus, entre 2016 et 2021, les importations de combustibles fossiles en Caraïbe orientale ont atteint 444 millions de dollars par an. Cela représente 15,4 % du total des importations. C’est donc une saignée économique structurelle que la région cherche enfin à colmater.
En outre, les énergies renouvelables ne généraient que 11,6 % de l’électricité régionale en 2022. De nombreux obstacles restent : petite taille des projets, réseaux inadaptés, réglementations fragmentées et capacités institutionnelles limitées.
Par conséquent, les investisseurs boudent la Caraïbe. Ils la jugent trop risquée et trop morcelée pour y engager des capitaux massifs.
Le CAPP : mutualiser la demande pour énergies renouvelables Caraïbe
Le programme CAPP entend faire sauter ce verrou. Le principe est simple mais puissant. Il s’agit de regrouper la demande de plusieurs États insulaires. Ensuite, lancent des appels d’offres communs à grande échelle.
Ces appels couvrent à la fois les énergies renouvelables et les systèmes de stockage par batteries. En mutualisant leurs besoins, les pays transforment quinze petits marchés isolés en un seul pipeline régional. C’est donc infiniment plus attractif pour les grands développeurs internationaux.
Ramiro Gómez Barinaga dirige RELP – l’organisation à but non lucratif co-pilote du programme. Il a posé la question avec concision : « Quand quinze ministères caribéens passent commande conjointement pour plusieurs gigawatts, avec des contrats standardisés et des garanties financières intégrées, c’est un appel auquel l’industrie mondiale du renouvelable voudra répondre. »
Kevin Hunte, Secrétaire permanent du Ministère de l’Énergie de la Barbade, a mis les mots sur l’absurdité du statu quo. Selon lui, chaque kilowattheure consommé constitue une transaction sur un marché mondial. La région n’exerce aucun contrôle sur ce marché et les prix sont libellés dans une monnaie étrangère.
Continuer à approvisionner les projets pays par pays condamne la Caraïbe à payer une prime systématique. C’est le même équipement, mais acheté séparément. Donc, bien plus cher.
Des milliards à débloquer : les modèles existent déjà
L’atelier de Bridgetown ne part pas de zéro. Des mécanismes similaires ont déjà fait leurs preuves. En Afrique subsaharienne notamment, des programmes d’agrégation régionale ont réduit significativement le coût des appels d’offres solaires.
La Caraïbe dispose donc d’une feuille de route éprouvée. Il suffit de l’adapter à sa réalité insulaire. Sur le plan financier, plusieurs partenaires de développement se sont d’ores et déjà positionnés pour accompagner le CAPP.
L’enjeu consiste à structurer des garanties suffisantes pour les investisseurs privés. Il faut aussi préserver la souveraineté tarifaire des États participants. Les régulateurs présents à Bridgetown ont par conséquent travaillé à harmoniser les cadres réglementaires nationaux.
Cette harmonisation est une condition sine qua non. En effet, un contrat régional doit être juridiquement exécutoire dans chaque pays signataire.
La vraie révolution : la volonté politique pour énergies renouvelables Caraïbe
C’est peut-être là que réside la véritable révolution du CAPP. Non pas dans la technique, mais dans la volonté politique des États. Pour la première fois, des gouvernements caribéens acceptent de céder une part de leur autonomie énergétique.
Ils le font au profit d’un intérêt régional partagé. En Martinique, où le coût de l’électricité pèse lourd, cette dynamique mérite une attention soutenue. Voir aussi : financement climatique accélère l’accès aux fonds dans les petites économies insulaires.
Ce qui se construit à Bridgetown pourrait demain influencer les négociations tarifaires. Cela s’étendrait bien au-delà des frontières des petits États indépendants.





