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    Home » Chlordécone : ce que changent vraiment les recommandations de la Haute Autorité de santé
    Santé

    Chlordécone : ce que changent vraiment les recommandations de la Haute Autorité de santé

    juillet 7, 2026Aucun commentaire
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    Le 26 juin 2026, la Haute Autorité de santé a rendu ses recommandations sur la pertinence du dosage de la chlordéconémie et la prise en charge des personnes contaminées. Un rapport attendu, tant les seuils dits « tolérables » fixés au fil des ans avaient nourri la controverse. Dans cette tribune, la Dr Josiane Jos-Pelage, présidente de l’AMSES, retrace l’histoire de ce combat, décrypte les 26 recommandations de la HAS et explique pourquoi elles confortent un principe défendu de longue date par les médecins engagés : viser le zéro chlordécone, dans l’alimentation comme dans l’organisme. Alors que l’enquête KANNARI 2 ne révèle qu’une baisse marginale de l’imprégnation de la population entre 2013 et 2026, elle y voit une feuille de route pour sortir la Martinique de l’impasse sanitaire.


    PERTINENCE DU DOSAGE DE CHORDECONEMIE

    INTRODUCTION.  HISTORIQUE

    La Haute Autorité de Santé a publié le 26 juin 2026 ses recommandations  sur la Pertinence du dosage de chlordéconémie et  les modalités de prise en charge des patients contaminés par la chlordécone,  rapport qui avait été demandé par le Ministère de la santé.

    POURQUOI CES RECOMMANDATIONS ?

    Le plan chlordécone 2 ( 2011-2013) prévoyait dans sa fiche d’action 5S la possibilité pour toute personne « d’avoir une visibilité sur sa propre situation de contamination  corporelle par la chlordécone dans une démarche de précaution » Des associations bénévoles ont alors contacté des laboratoires de bio-monitoring dans l’hexagone pour faire tester leurs membres volontaires. L’Union régionale des médecins libéraux a permis en 2015 aux médecins qui le  souhaitaient de faire le test dans les cheveux.

    Constatant effectivement un pourcentage non négligeable de taux positifs des associations comme l’AMSES ou encore « ZERO POISON » ont contacté un laboratoire privé local pour acheminer les prélèvements sanguins des personnes volontaires vers des laboratoires de l’hexagone qui faisaient cette recherche. Ces test étaient payants.

    Après les résultats de l’enquête KANNARI 1 en 2018 , sur l’état d’imprégnation par la chlordécone de la population,  beaucoup de  martiniquais ont cherché à savoir s’ils faisaient partie des 92% de la population intoxiquée par la molécule chlordécone.

    A partir de janvier  2021  l’ARS Martinique a pris la décision de rembourser ces tests et de permettre à tout martiniquais qui le désire avec ou sans prescription de connaitre  son statut vis-à-vis de la chlordécone et de suivre ou non les recommandations officielles en fonction des résultats. Il est important de rappeler cet historique car jusqu’alors la gestion de l’intoxication de la population par la chlordécone relevait de l’Agence régionale de santé. C’est encore le cas en Guadeloupe  où il n’y a pas eu cette mobilisation des associations. Le Ministère de la Santé s’interrogeait dès lors sur l’opportunité d’informer ou non chaque personne de son statut chlordécone. Est-ce qu’une gestion de masse grâce à des indices élaborés par l’ANSES  n’était pas suffisante ? L’AFFSA puis l’ANSES ont formulé des indices de gestion appelées « Limites maximales de résidus LMR » ou encore «  Valeur toxicologique de référence externe et interne VTRe, VTRi  »  Ces LMR  ont été fixés en 2005 par l’AFFSA à la demande de  Mme Roselyne BACHELOT Ministre de la Santé à 50µg/kg pour certains aliments  à 100 µg/kg pour d’autres et à 200µg/kg pour d’autres. En utilisant ces LMR aussi élevées, il est apparu à l’ARS que 20% des enfants de 3 à 10 ans dépassaient les valeurs toxicologiques de référence  c’est à dire la limite toxique admissible ! Il a fallu attendre  juin 2008 donc trois ans pour que la  Commission européenne, s’inquiétant du niveau de ces taux alors que selon la réglementation européenne les résidus de pesticides non utilisés ne devaient pas dépasser 10µg/kg , obtienne du gouvernement de la France une réduction de ces LMR à 20µg/kg  pour les départements d’Outre- Mer ; la norme pour les autres pays européens  demeurant 10µg/kg .

    Les Limites de résidus et les VTR qui sont la dose quotidienne de chlordécone que chaque martiniquais pouvait consommer « sans risque ». ont toujours été contestées par l’AMSES. Ceci pour plusieurs raisons . En effet la chlordécone étant reconnue  polluant organique persistant ne devrait pas se retrouver dans les aliments à quelque taux que ce soit. On sait par ailleurs depuis 1991 qu’un perturbateur endocrinien comme l’est la chlordécone n’agit pas en fonction de la dose ; les petites doses provoquent des pathologiques endocriniennes notamment et les fortes doses en provoquent d’autres comme les pathologies neurologiques. Par ailleurs on sait depuis toujours que LMR et VTR sont pertinents lorsque l’intoxication est récente et survient sur une population vierge de toute imprégnation. Ce qui n’était pas le cas aux Antilles en 2005 puis que l’utilisation de la chlordécone remontait à 1972 donc trente années avant .

    Il semblait inimaginable que l’on tolère une dose de toxique  quotidienne dans  une population tous âges confondus et toutes pathologies confondues ; un poison qui ne s’élimine qu’au  bout de trois voire quatre ans.

    Malgré les contestations que l’Association martiniquaise  a fait remonter à l’Agence nationale de sécurité ANSES , elle a maintenu ses  valeurs de gestion .

    Le Professeur MULTIGNER pour Santé Publique France a fait des simulations de consommation avec ces indices de gestion et ces simulations révélaient leur incohérence entre elles ( LMR et VTRe ) et le fait qu’en les appliquant à une ration alimentaire quotidienne de 150 g elles aboutissaient à une imprégnation sanguine de la population au- dessus de l’acceptable.

    Les associations comme l’AMSES ont alors milité fermement pour la suppression de ces LMR et VTR et la décision immédiate de mettre la population à l’abri de l’empoisonnement en instaurant le ZERO CHLORDECONE  dans les denrées alimentaires et en fixant l’objectif à atteindre auprès des populations à ZERO soit inférieur à la limite de détection et non 0,4µg/l de sang de chlordéconémie comme le préconisait l’ANSES.

    Mais aussi que chaque citoyen soit informé à sa demande de sa contamination par la chlordécone et prenne les décisions sanitaires qu’il souhaite à la remise des résultats. Tout en insistant auprès d’eux pour viser le zéro chlordécone dans l’alimentation comme dans l’organisme. C’est dans ce contexte de contestation lors des COPILS chlordécone que le Préfet et l’ARS ont décidé de saisir la Haute Autorité de Santé. Cette saisine est importante pour toutes les parties parce qu’elle lève des malentendus  en faisant un point sur les pathologies qui après études sérieuses publiées pourraient être liées à la chlordécone et donne dans ses recommandations des orientations pour la prise en charge des populations .

    PROCEDURE MISE EN PLACE PAR LA HAS

    Les Recommandations de bonne pratique RBP sont des synthèses rigoureuses de l’état de l’art et des données de la science à un temps donné décrites dans l’argumentaire scientifique. Elles sont  élaborées selon une  méthode rigoureuse grâce au travail d’un groupe de travail pluridisciplinaire  et une relecture d’un groupe de lecteurs également pluridisciplinaire  le tout étant validé par l’institution après lecture rigoureuse

    Le groupe de travail sur la chlordécone a réuni non seulement des experts scientifiques           ( toxicologues, épidémiologistes, pharmaciens, médecins de santé publique, urologues, neuropédiatre ),  mais la société civile représentée par des associations martiniquaises (AMSES ASSAUPAMAR LLYANAJ ZERO POISON) , guadeloupéennes (ENVIE SANTE ) et hexagonales ( AMLP et ASEF ) spécialisées dans la défense de la santé et de l’environnement , des sociologues. Ce groupe de travail a travaillé deux  ans.

    La restitution comprend les recommandations  et un argumentaire qui explique les raisons de ces recommandations .

    ARGUMENTAIRE

    L’argumentaire fait le point sur l’impact sanitaire. Quelles sont les maladies qui ont un rapport avec l’intoxication par la chlordécone ? Cette mise au point qui se fonde sur une base documentaire solide peut être considérée comme fiable. La chlordécone est toxique pour le système nerveux ; elle cause des  tremblements , des troubles moteurs   dont le mécanisme est bien établi. Elle est toxique pour le foie et l’excrétion biliaire. Elle est toxique pour le cœur et entraine chez l’animal des  troubles du rythme cardiaque par des mécanismes identifiés. Elle est toxique pour la reproduction et entraine une baisse de la fertilité féminine. Une chlordéconémie positive pendant la grossesse s’accompagne d’ une augmentation d’environ 60 % du risque de prématurité. L’exposition prénatale ou durant l’enfance à la chlordécone, se manifeste par une altération précoce de la motricité fine, une augmentation des tremblements des mains, une baisse du quotient intellectuel, une augmentation des difficultés comportementales et des troubles visuels. Les effets observés suggèrent que le système nerveux en développement constitue une cible sensible à la chlordécone.                                                                                                                                                                                Chez l’humain, selon la HAS «  la chlordécone est classée comme perturbateur endocrinien avéré (catégorie 1 UE, 2000) » Cette atteinte endocrinienne touche l’hormone thyroïdienne qui est diminuée lors des intoxications par la chlordécone in utero ainsi que les hormones sexuelles. Aucune atteinte rénale chez l’homme n’a été trouvée dans les différentes études analysées. On ne peut pas affirmer au vu des données actuelles que la chlordécone perturbe le système immunitaire chez l’homme. La chlordécone n’entraine pas de modification de l’ADN ce qui explique que son action cancérigène ne soit pas affirmée de façon certaine chez l’homme .Toutefois elle peut être cancérigène par d’autres mécanismes liés à son caractère perturbateur endocrinien ce qui l’a fait classer 2B Cancérigène probable .Toutefois chez le rat elle entraine un cancer du foie de manière non contestable. Toutes ces indications produites par la Haute Autorité de Santé ont comme objectif d’attirer la vigilance des professionnels de santé sur les risques encourus par l’imprégnation de l’organisme humain  par la chlordécone Avoir de la chlordécone dans l’organisme objectivée par la chlordéconémie donc le taux dans le sang est un facteur de risque de très nombreuses pathologies qu’il faut savoir rechercher chez des patients. Hypothyroïdie , troubles du rythme cardiaque, dégénérescence graisseuse du foie , baisse de la fertilité féminine et masculine et chez l’enfant baisse du quotient intellectuel troubles neurodéveloppementaux,  dyslexie, dyspraxie, hyperactivité, troubles de l’attention, prématurité , petit poids de naissance   peuvent être améliorés par un sevrage total de chlordécone .

    LES RECOMMANDATIONS DE LA HAUTE AUTORITE DE SANTE

     Ces 26 recommandations ont trois objectifs :

    1. de préciser l’intérêt et les modalités du dosage de la chlordéconémie, pour les populations exposées ou susceptibles d’être exposées à cette substance ;
    2. de proposer aux professionnels de santé des modalités de prise en charge et de suivi de ces populations ;
    3. d’informer la population concernée sur les modalités de la prise en charge

    Ces recommandations sont au nombre de 26

    Le dosage de la chlordéconémie permet d’évaluer l’exposition de la population et le dosage au cordon ombilical l’exposition du fœtus .

    Dans sa recommandation numéro 5 la HAS  rappelle que l’objectif à atteindre est une chlordéconémie inférieure à la limite de détection soit environ 0,01µg/litre de sang .Il faut réduire l’exposition dès que la chlordéconémie est détectable. Cette recommandation est bien plus stricte que ce qui était proposée jusqu’ici par les autorités sanitaires  qui situaient la limite d’intervention à 0,4µg/l . On entendait même certains affirmer que le taux « normalisé » de chlordécone dans le sang était de 0,4µg/l . Comme si il pouvait être normal d’avoir un poison dans le sang ! En soutien de sa recommandation la HAS rappelle toutes les pathologies pouvant être attribuées à la chlordécone sans qu’un lien puisse être établi entre un taux et une pathologie. La chlordéconémie est un facteur de risque. Il convient que chacun diminue ce risque en devenant négatif  soit inférieur à la limite de détection.

    Les recommandations numéro 6 et 7 rappellent  les populations pour lesquelles il faut doser la chlordécone car elles sont à risque de pathologie : les enfants y compris ceux qui ont moins de 7 ans qui vivent dans des zones contaminées  les ouvriers agricoles les nouveaux nés, les femmes enceintes et les couples en âge de procréer.

    Les recommandations 8 et 9 demandent aux autorités de prendre en charge intégralement financièrement ces dosages, sans reste à charge,  y compris quand ils sont renouvelés une fois par an.

    La recommandation numéro 10 s’adresse à la population qui doit éviter de se contaminer ni par les aliments ni par l’eau.

    Les recommandations 15 et 16 s’adressent aux pouvoirs publics à qui il est conseillé de labelliser les produits zéro chlordécone afin qu’ils soient mieux identifiés par la population :

    « R15 – En complément des mesures visant à réduire l’exposition, il est recommandé de soutenir les initiatives en faveur d’une alimentation locale non contaminée par la chlordécone (accord d’experts).

    R16 – Il est recommandé de labelliser et de signifier de manière précise pour la population les produits dont la teneur en chlordécone est inférieure à la limite de détection et de soutenir les producteurs engagés dans des démarches de sécurisation de leurs produits (accord d’experts). Il s’agit de remettre en vigueur le label zéro chlordécone .

    La recommandation 23 concerne le dosage de chlordécone au cordon qui s’il est positif doit s’accompagner d’un suivi pour détecter précocement les troubles neurodéveloppementaux et ce jusqu’à l’âge de 18 ans

    En présence d’une chlordéconémie positive supérieure à la limite de détection il est important d’être vigilant si on présente un signe d’alerte comme un Parkinson un trouble du rythme cardiaque une pathologie du foie .

    Face à toutes les allégations souvent contradictoires concernant cette particularité des deux départements de Guadeloupe et de Martinique exposées à une intoxication chronique à fable dose de la quasi-totalité de la population il était important qu’une  autorité sanitaire fasse un point  à partir de données scientifiques . C’est le bien fondé de ces recommandations .Elles ne sont pas inutiles et devront être suivis scrupuleusement si on veut vraiment décontaminer la population. Les mesures adoptés à ce jour ont montré leur insuffisance car l’enquête KANNARI 2 révèle entre 2013 et 2026 une baisse insignifiante de l’intoxication de la population de 92% à 85,5% après 10 années .Alors que l’élimination de la chlordécone après sevrage total se fait en trois ans . La simple diminution de l’exposition  par le biais des limites de résidus est largement insuffisante.

    Les recommandations de la HAS à la population aux professionnels et aux autorités publiques si elles sont analysée et suivies permettront de sortir la Martinique de cette impasse sanitaire dans laquelle elle est engouffrée.

    Docteur Josiane JOSPELAGE

    Présidente de l’AMSES

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